Home | RDC | Elections | RDC : Pouvoir et Opposition ont peur des scrutins du 28 novembre 2011 !

RDC : Pouvoir et Opposition ont peur des scrutins du 28 novembre 2011 !

image

Ça sent le parfum d’un bras de fer susceptible de provoquer des dérapages significatifs et porter préjudice au bon déroulement des élections 2011. En cause. Cette escalade verbale émaillée de graves accusations réciproques entre le Pouvoir et l’Opposition. Les deux camps donnent l’impression d’avoir peur des scrutins du 28 novembre. Une trahison des aspirations du peuple congolais.

Le ton est monté d’un cran depuis ces dernières 48 heures entre le Pouvoir et l’Opposition. Ils se sont donné rendez-vous le mardi 27 septembre pour monter sur leurs grands chevaux. Ils ont animé simultanément deux conférences de presse. Un cliché du déjà-vu lorsque les deux camps avaient arrêté la date du 8 septembre pour organiser des marches dites « pacifiques » en vue de réclamer l’organisation des élections apaisées. Un télescopage des caravanes motorisées de deux camps a été évité de justesse. Suite à une mesure interdisant des manifestations publiques jusqu’ à la clôture du dépôt des candidatures.

Voilà que ça bouillonne à nouveau. La trêve a tout l’air d’être rompue. Les conférences de presse de l’UDPS et de la Majorité présidentielle (MP) suscitent à nouveau des inquiétudes. De part et d’autre, l’on n’a pas fait dans la dentelle. Le ton était haut et les accusations portées par l’une contre l’autre de plus en plus graves.

Selon Minaku Aubin, secrétaire général de la MP, l’Opposition serait en train de préparer une insurrection pour empêcher le bon déroulement des élections, citant à l’appui le réarmement des Enyele dans la province de l’Equateur. Bien plus, il accuse l’Opposition d’avoir des visées mercantilistes, en ce qui concerne l’audit du serveur central car, soutient-il, les opposants seraient associés à des officines qui n’avaient pas gagné de marchés auprès de la CENI. Aussi espéraient-ils par cette voie détournée, faire de petites affaires avant le lancement officiel de la campagne.

Ce n’est pas tout. L’Opposition est également taxée par la MP d’avoir l’intention d’introduire des virus destructeurs dans le serveur central de la CENI. La MP considère cela comme des manœuvres dilatoires visant à repousser la tenue d’élections prévues le 28 novembre 2011.

Réponse du berger à la bergère, l’Opposition accuse la MP de semer l’insécurité partout dans le pays en érigeant la violence en mode de gouvernement. Elle met à charge du Pouvoir l’évasion des prisonniers dans les prisons du Katanga, du Kasaï et du Nord-Kivu. L’Opposition soutient qu’il s’agirait de permettre aux grands criminels de recouvrer leur liberté et reconstituer d’anciennes milices. L’objectif visé étant de troubler la campagne électorale.

Des positions radicales

Les observateurs notent qu’au-delà de ces graves accusations réciproques, les deux camps campent sur des positions radicales, juste ce qu’il faudrait pour mettre le feu à la poudre.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne l’ultimatum de la CENI de dix jours accordé aux candidats et partis politiques de retirer toute effigie ou banderole publicitaire sur les voies publiques avant le début de la campagne, la MP, par la voix de son secrétaire général, ne se sent pas concernée. Pour Aubin Minaku, « la MP s’estime n’avoir énervé aucune disposition de la Constitution, en affichant l’image de son candidat et chef de l’Etat en exercice ». Et d’enfoncer le clou : « Si la CENI pense qu’elle peut enlever nos affiches, nous n’en faisons pas un casus belli. Mais nous continuerons à poursuivre nos actions de sensibilisation et de mobilisation… »

De son côté, l’Opposition persiste et signe : elle ne décolère pas. Bien plus, elle appelle la population à une « grande marche de protestation » qu’elle organise ce jeudi 29 septembre, sur toute l’étendue du pays. Marche aux conséquences imprévisibles au regard de ce qui s’est passé le 1er septembre 2011, et dans une certaine mesure le 5 septembre avec les incendies regrettables des sièges du PPRD et de l’UDPS ainsi que les installations de la RLTV.

Bien plus, l’Opposition (l’UDPS et ses alliés) corse ses préalables. Elle exige de la CENI l’audit du fichier électoral en vue de son nettoyage adéquat ; l’accès de ses experts au serveur central en vue de la transparence aussi bien des données que des logiciels de traitement. L’Opposition attend également de la CENI la publication de la liste et de la cartographie des bureaux de vote de même que celle des listes des électeurs par bureau de vote en vue d’une part, de renseigner à temps les électeurs et d’autre part, d’assurer une répartition équitable des électeurs par bureau de vote. L’autre préalable c’est la publication et le monitoring des opérations liées à l’impression des bulletins de vote et à leur dispatching adéquat et équitable ainsi que la vérification et la gestion correcte des stocks excédentaires des cartes d’électeurs vierges et des bulletins de vote. Par ailleurs, l’Opposition ne cesse d’exiger la libération sans condition de tous les combattants de l’UDPS arbitrairement arrêtés et encore en détention.

Pente dangereuse

Plus on se rapproche des élections, plus les esprits se surchauffent. Tel est le constat enregistré depuis le 1er septembre, plaçant ainsi la RDC sur une pente dangereuse. Et pourtant, ce n’est pas le contrat que les politiques ont signé avec le peuple congolais. En effet, tout dérapage significatif aura des conséquences imprévisibles et incalculables pour tout le pays. Un pays encore sous convoitise, au centre des enjeux régionaux et internationaux divergents, caractérisé par la présence des forces négatives toujours actives et à même de servir de tremplin à la matérialisation de certains « plans machiavéliques », en l’occurrence, la balkanisation du pays.

On ne peut pas, de deux côtés, vouloir à la fois des élections apaisées et être incapable de tempérer ses ardeurs en versant dans des accusations graves et un radicalisme sans mesure. Ce serait vouloir chercher une chose et son contraire. Attitude narcissique qui frise la trahison.

[Le Potentiel]