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Elections 2011 en RDC : Le régime « kabila » joue la carte de l’intimidation

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Le secrétaire général de la majorité présidentielle (MP), Aubin Minaku, accuse «une certaine opposition» de «velléités insurrectionnelles». Objectif : empêcher la tenue des élections présidentielle et législatives prévues le 28 novembre prochain.

Dans un communiqué daté du 5 septembre dernier le ministre de l’Intérieur Adolphe Lumanu Mulenda ne disait pas autre chose en reprochant à l’UDPS d’Etienne Tshisekedi une «instrumentalisation de la jeunesse, appelée déjà maintenant, à contester les résultats des élections.» C’est l’histoire de la paille et de la poutre. A preuve, le pouvoir kabiliste recrute actuellement des jeunes chômeurs kinois – les fameux « Pomba » - pour constituer une sorte de milice sous la douce appellation «Ligue des jeunes du PPRD». 

«Velléités insurrectionnelles»

«Une certaine opposition, au lieu de préparer leurs troupes aux élections, est en train de mettre en place une stratégie de contestation qui comporte des velléités insurrectionnelles». C’est la déclaration faite mardi 27 septembre, à Kinshasa, par Aubin Minaku, le tout nouveau secrétaire général de la mouvance kabiliste dite «majorité présidentielle». Minaku stigmatise, en termes subliminaux, l’UDPS d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Sans oublier, l’UNC de Vital Kamerhe et l’UFC de Léon Kengo wa Dondo. Et peut-être aussi le RCD-K/ML d’Antipas Mbusa Nyamuisi. Celui-ci séjournerait en Europe. 

Désigné à ce «poste» en juillet dernier, mal connu du grand public, Minaku est en quête de notoriété. Il cherche à «exister» et surtout à avoir une visibilité médiatique. Il lui faut donc un coup d’éclat. Peu importe qu’il s’agisse d’une déclaration à l’emporte-pièce. L’homme prétend détenir «des informations et des renseignements clairs» qui indiquent que «certains politiciens sont en Europe, d’autres en Ethiopie pour préparer des milices dans le but d’empêcher que les élections se tiennent le 28 novembre 2011 prochain». Le «SG» de la MP n’aligne aucun élément factuel à l’appui de ses allégations. Son intime conviction suffit.

Après avoir «réaffirmé» la «détermination» de la mouvance présidentielle «d’aller aux élections dans un climat apaisé» et dans le respect des délais légaux, Minaku s’est cru en droit de mettre «en garde» ceux qu’il appelle «les apprentis sorciers» qui, selon lui, «persistent à entretenir le doute sur cette échéance électorale». Il s’est, par ailleurs, «insurgé contre les partis politiques qui exigent l’accès au serveur central» et l’audit du fichier électoral de la Ceni. Pour lui, le contrôle du serveur ne serait qu’une manœuvre «dilatoire». Minaku feint d’ignorer que ces exigences traduisent la crise de confiance existant entre les forces de l’opposition et une Ceni dont le président n’est autre que le "conseiller spirituel" du président-candidat "Kabila". 

«Pompier-Pyromane»

En vrai «pompier-pyromane», Minaku d’ironiser en termes à peine voilés sur les divisions au sein l’opposition : «L’opposition congolaise n’a point de perspective alternative. Apparemment, elle n’est pas prête à diriger, à assumer le pouvoir de vouloir et d’agir pour le peuple». Comment peut-on espérer "apaiser" l’ambiance pré-électorale avec ce genre d’élucubrations? 

Ce n’est pas la première fois qu’une personnalité de la mouvance présidentielle se mette à dénoncer une «insurrection en préparation». Le ministre de l’Intérieur, le PPRD Adolphe Lumanu Mulenda, l’a fait le 6 septembre dernier au lendemain des échauffourées entre des militants de l’UDPS et des éléments de la police anti-émeutes. Dans un communiqué publié ce jour là, ce membre du gouvernement, déclarait qu’«il s’observe depuis un certain temps une tendance (…) à une instrumentalisation de la jeunesse, appelée déjà maintenant, à contester les résultats des élections (…)» à venir. «Dans cette stratégie préparatoire à une insurrection souhaitée par certains politiciens, la CENI est devenue le bouc émissaire de prédilection. En lieu et place des stratégies électorales, l’on assiste plutôt chaque jour à des manifestations de rue non encadrées par les organisateurs débouchant régulièrement sur des actes de vandalisme», ajoutait-il. 

Juge et partie, le ministre Lumanu n’a pas osé adresser le même «blâme» aux responsables de la police nationale mais aussi aux dirigeants du PPRD. En cause, la présence des «Pomba», aux côtés des policiers. C’était le 1er et le 5 septembre. Le parti présidentiel a donc recruté des judokas et des karatekas désoeuvrés pour affronter les manifestants exerçant leur liberté constitutionnelle. 

J’y suis, j’y reste"

En fait de velléités insurrectionnelles, les "kabilistes" s’agitent à la lecture de certaines déclarations du candidat à la présidence de la République, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Celui-ci l’a dit à plusieurs reprises que le président sortant "Joseph Kabila" devrait mordre la poussière lors du scrutin présidentiel du 28 novembre. Au motif que l’homme a été «vomi» par la population. Dans un entretien à Congo Indépendant, le 14 juillet dernier, le leader de l’UDPS n’a pas dit autre chose répondant à la question sur une éventuelle victoire de «Joseph» : «C’est impossible ! Il ne pourra pas remporter cette élection. Et ce, même en cas de fraude massive.» Pour «Tatu Etienne», une victoire du président sortant constitue «une hypothèse impossible». 

C’est sans doute cette intransigeance qui est interprétée par les «super faucons» de la Kabilie comme étant la "preuve" de la mise en route d’un «mouvement insurrectionnel». Il faut dire que l’opposition, elle, suspecte le président sortant d’être tenté par un "j’y suis, j’y reste" même en cas de défaite avérée. Ambiance.

Baudouin Amba Wetshi