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RDC : La majorité présidentielle en danger !

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Sans détours, Laurent Batumona parle du processus électoral en cours en RD. Congo. En acteur politique majeur, Laurent Batumona devenu Président National du Mouvement de Solidarité pour le Changement, après un parcours de quelques années au sein du Rassemblement Congolais pour la Démocratie d’Azarias Ruberwa, répond, ici, à toutes les questions sur les enjeux électoraux, les alliances présentes et futures.

Il n’exclut pas la persistance de tensions entre l’Udps, le Pprd et les autres partis politiques autour de résultats des élections tant que l’opacité, longtemps décriée par l’Opposition, sur le contenu du fichier électoral, le serveur central ainsi que certains préalables, n’aura pas été fumigée. 

A tout prendre, Batumona croit en la célérité et la sagacité de tous les partis du centre, pour la création d’une méga plateforme politique non teintée de coloration ‘’Majorité ‘’ ou ‘’Opposition’’. Une plate-forme sans laquelle la patrie ne saurait se soustraire des affres de la bipolarisation de la vie politique congolaise.

D’après lui, Mobutu est d’ailleurs de retour, avec la résurrection de ces clivages pernicieux : deux familles politiques engagées dans un duel aux couteaux alors que le peuple congolais, lui, est appelé, le 28 novembre prochain, à se choisir librement ses vrais dirigeants de demain et à se doter des institutions stables

Laurent Batumona ne voit la Majorité en danger qu’à la seule condition que les candidats Présidents issus de l’Opposition, fassent un bloc compact face à Kabila. Au cas contraire, ce serait la ruine des espoirs pour l’alternance au pouvoir d’Etat, au lendemain des scrutins.

 Au passage, l’homme fort du MSC se dit candidat à la Députation Nationale. Il sera également candidat à la Députation Provinciale. Il sera, enfin, candidat Sénateur. C’est en fin de ce cycle qu’il prendra ses vraies marques. Du reste, le travail interne se poursuit.

 Le MSC s’implante et s’enracine au Bas-Congo, Bandundu et au Katanga. Des cadres récemment recrutés sont soumis à des séances d’endoctrinement idéologique, à la moule d’idées faites d’un écart équidistant vis-à-vis de la Majorité et de l’Opposition. Les candidats du MSC sont en ordre de bataille. Ils n’attendent, selon lui, que le coup d’envoi, pour se lancer dans la campagne électorale. Le moral est au beau fixe, le nombre de 19.000 candidats à la Députation pour 500 sièges, ne les impressionne guère. Le MSC, en dépit de tout, est prêt à se couper en quatre, à se battre jusqu’à la moelle épinière, pour l’emporter. Objectif ? Arracher plus de sièges au Parlement, pour peser lourd sur la scène politique de demain. Le coup de sifflet de Daniel Ngoy, le 28 octobre, l’en déterminera.

 Lisez ! Scrutez ! Découvrez les idées de Laurent Batumona qui, manifestement, a décidé de prendre à bras le corps le destin du Congo ! L’interview, ci-après, en dit long.

La Prospérité : Bonjour Honorable !

Laurent Batumona : Bonjour Ngoyi Marcel !

La Pros : Nous savons que vous avez quitté le RCD et que vous avez créé votre propre parti, le MSC. Aujourd'hui, il se développe au pays, une série d'alliances. Où est-ce qu'on peut situer votre formation politique par rapport au clivage Majorité- Opposition ?

Laurent BATUMONA : Je voulais qu’on puisse débattre cette question à la fin de notre entretien. Mais, je voulais d’abord dire que nous avons effectué notre sortie officielle au mois de juin. Comme vous l’aviez annoncé dans votre journal, j’ai fait des tournées d’implantation et d’exploration. D’implantation, par rapport aux fédérations, c’est- à –dire, les provinces de notre pays ainsi que les sections (villes, communes et territoires). J’avais quitté Kinshasa pour Matadi. Je peux vous dire que nous avons installé les sections à Kasangulu, Madimba, Kisantu, Mbanza-Ngungu, Kimpese, Songololo, Matadi, Kinza-Mvuete, Boma, Muanda et à Seke-Banza, sauf à Tshela.

C’est pour dire qu’à travers ces installations des comités sectionnaires, des comités fédéraux, nous avions eu à recruter des cadres parmi lesquels nous avons présenté un certain nombre de candidats à la députation nationale dans tous les territoires que je viens de citer tout à l’heure. Cette situation permettra d’implanter le parti avec leur apport et de recruter les cadres qui, à leur tour, sont en train de recruter les membres. Nous voulons gagner dans cette province du Bas-Congo. La Province est regroupée en 3 fédérations. Il y a la fédération de Matadi, la fédération du Bas-fleuve et la fédération des Cataractes et Lukaya. Nous avons aligné des candidats pratiquement dans tous les territoires, sauf à Lukula. A Tshela, nous n’avons pas aligné de candidats. Ça c’est l’étape du Bas-Congo. J’ai fait la même tournée dans le Bandundu. J’ai commencé par Mbankana, Mombata, Kwango, Lukangalonzo, Kenge, Masianguna, Masimanimba, Kikwit, Musangu, Idiofa, Bagata. C’est la même tournée avec les mêmes objectifs : Implanter le parti et recruter les cadres et membres.

Là aussi, nous avons 3 fédérations : la fédération de Kwango, la fédération de Kwilu et la fédération de Maï-Ndombe. Ce n’est qu’à Maï-Ndombe où nous n’avons pas aligné de candidats. Mais, dans tout le reste, nous avons des candidats suivant le nombre de sièges sauf, à Popo-Kabaka et à Bulungu. J’ai fait la même tournée dans le Katanga où nous avions proposé 3 fédérations : la ville de Lubumbashi est une fédération, une fédération de Lualaba et une troisième fédération est envisagée. Là aussi, c’était le même exercice. Nous avons implanté le parti, en recrutant les cadres qui, à leur tour, sont en train de recruter les membres et présenter aussi les candidats des différentes juridictions. Là, nous avons aussi aligné des candidats, sauf dans les territoires de Kongolo, Lualaba et de Kolwezi parce je viens de lire le rapport qui m’est parvenu et je n’ai pas fini son analyse. Mais, il est vrai que dans ces 3 provinces où j’ai fait des tournées, nous avons aligné des candidats. Mais, il y a aussi la fédération de l’Equateur. Nous avons aligné des candidats à Boende, Basankusu et à Gemena.

A la fédération de Sud-Kivu, nous avons aligné un candidat à Bukavu parce le Président Fédéral que nous avions choisi est parti en voyage aux Etats-Unis et nous allons nous rattraper en ce qui concerne les députés provinciaux. Ce n’est que dans la Province Orientale et le Maniema qu’on n’a pas aligné de candidats. Mais, dans tout le reste, au Kasaï Oriental, Mbuji-Mayi, Sankuru, Kasaï Occidental, Tshikapa, Kananga, Kamonia, Tshikapa-Ville, c’est chose faite. Voilà, en deux mots, ce que nous avons abattu comme travail sur le plan de la visibilité du parti pour son implantation et enfin, sur le plan de la prospection des candidats. Nous sommes prêts pour la compétition électorale.

La Pros : Avec combien de candidats, au total ?

Laurent BATUMONA : Permettez, je viens de rentrer d’un voyage. Je ne suis pas encore arrivé à cumuler tout ce nombre des candidats. Je crois que d’ici la fin de la journée, je vous donnerai la réponse.

La Pros : Et, si nous regardons de près, ce travail est interne par rapport au parti. Le Mouvement de Solidarité pour le Changement a-t-il des relations avec les autres partis frères. Est-ce que vous avez pris des contacts avec différentes formations politiques ?

Laurent BATUMONA : Monsieur le journaliste, je crois que si vous lisez le dépliant de notre parti, vous constaterez que nous sommes neutres. Ni de l’Opposition, ni de la Majorité. Mais, il est vrai que nous sommes un jeune parti. Nous travaillons chaque jour pour son implantation et sa visibilité. Face aux enjeux, nous sommes là. Etant donné que des consultations sont encore embryonnaires, je ne peux pas dire quelle est notre position. Mais, j’en appelle à certains partis ici, j’ai eu à lire ou regarder à travers la télévision, beaucoup de candidats ou partis qui se déclarent indépendants. J’ai entendu parler de M. Kakese Malela, candidat à la présidentielle, qui se dit, lui aussi, du centre. Nous sommes conscients qu’en politique, les négociations sont toujours utiles, surtout en ce moment précis. Mais, nous sommes en train d’appeler les partis qui veulent nous rejoindre pour que nous puissions créer une plateforme des centristes, où nous serons des juges pour sanctionner la Majorité et l’Opposition.

La Pros : En tant qu'acteur majeur de la politique de notre pays, vous avez assisté dernièrement à une vive tension entre les combattants de l'UDPS et les militants du PPRD. Quelles leçons en avez-vous tirées et quels conseils pouvez-vous donner ?

Laurent BATUMONA : Merci. Les premiers incidents ont eu lieu quand j’étais à Lubumbashi. Il y avait une marche à laquelle j’ai assisté où les militants de l’UDPS/Lubumbashi marchaient vers le bureau de la CENI, pour dénoncer la tricherie et le fait de ne pas afficher la liste électorale. Ils voulaient bousculer la CENI pour que le serveur central soit consulté par tout le monde. C’était un mercredi et je crois qu’à Kinshasa, je me rappelle, il y avait le même mouvement. Par la suite, il y a eu encore d’autres mouvements lors du dépôt de la candidature du Président Etienne Tshisekedi, où il y avait des casses au siège du PPRD et le lendemain ou dans la même soirée, il y a eu un incendie à la RLTV et même, plus tard, au siège de l’Udps, à Limeté. Je sais que le pouvoir s’arrache et c’est pour cela qu’il y a l’organisation des élections. Et, si certains préalables ne sont pas réunis, il est vrai que la pression puisse demeurer parce que le pouvoir estime rester au pouvoir et l’Opposition veut assurer l’alternance.

Voilà pourquoi, il y a des frictions là-dessus. A mon avis, elles seront continuelles jusqu’après les élections. Les turbulences vont demeurer parce que la Majorité estime qu’elle est au pouvoir. Elle a tous les atouts, pour y demeurer par rapport aux ressources financières dont elle dispose, par rapport aux différents cadres qui sont dans la gestion de la chose publique. Ils ont la possibilité d’emmagasiner des ressources financières suffisantes, pour aligner leurs candidats en ordre de bataille. Et, l’Opposition n’a que la parole, l’expression pour pouvoir se déterminer. Voilà pourquoi, en plus de l’expression par la parole, il y aussi l’expression à travers des manifestations. Quand ils n’obtiennent pas gain de cause, ils ont le droit, ils ont raison de pouvoir faire pression.

Il est vrai, selon une certaine opinion que le pouvoir peut se retrouver en ballottage par rapport à des alliances si l’Opposition y va en bloc, contre la Majorité. Certainement que les candidats Présidents de la République issus de l’Opposition vont, au finish, se regrouper. Et, s’ils se regroupaient, ce serait au danger pour la Majorité. Si vous lisez le tableau, l’alliance Kamerhe, Ne Mwanda Nsemi au niveau du Bas-Congo. Kinshasa, c’est pratiquement le fief de l’Opposition, à mon avis. Le Bandundu, le Palu est en ballottage, parce que leurs Députés n’ont rien apporté dans leurs fiefs électoraux. Je vous le confirme parce que j’ai parcouru la province. C’est pour cela que le Palu a estimé bon d’aligner d’autres candidats que ceux qui étaient là, comme Députés d’aujourd’hui. C’est parce qu’ils sont en ballottage. Si je prends l’exemple de Masimanimba qui se trouve être mon fief d’origine, Masimanimba a apporté au Palu 5 Députés sur six. Et, dans les 5 députés, il n’y a aucune réalisation dans le territoire de Masimanimba. Donc, aujourd’hui, Masi a vomi le Palu. C’est pour dire que le Bandundu aujourd’hui, le Palu pourrait disposer de 35 % de chance alors qu’il en avait 95 %. C’est ainsi que je dis que la Majorité est en danger. S’il n’y a pas de tricherie, elle risque de perdre. C’est pour cela que l’Opposition fait pression sur la CENI, sur le serveur central pour qu’il soit partagé ou consulté par tout le monde. Et non seulement ça, la publication du fichier électoral posera problème. Il est vrai que le fichier de 2006 comporte des décès, des gens qui sont en mouvement à travers le pays ou dans le monde. Aujourd’hui, à l’Est, les FDLR se sont accaparées de certains fiefs électoraux. Ce n’est pas un tabou, Marcel, que je suis en train de regarder par rapport à la population concernée. C’est une évidence : la Majorité sera en difficulté, si les candidats de l’Opposition se mettent ensemble.

La Pros : Pour vous, les élections apaisées, c'est un leurre ?

Laurent BATUMONA : les élections apaisées, pour moi, disons que c’est un souci de tous. Tout le monde veut qu’il y ait des élections apaisées. Mais, concrètement, ce ne sera pas possible, par rapport aux signaux que je viens d’énoncer.

La Pros : Quel est l'intérêt aujourd'hui pour les partis politiques de signer le code de bonne conduite ? Je ne sais pas si le MSC l'a signé, comme les autres ?

Laurent BATUMONA : Regardez ! C’est par rapport à la télévision. Les gens veulent prouver qu’ils s’alignent sur un principe. Mais, le fond, l’intérieur est tout le contraire. Le code de bonne conduite, c’est vrai que l’UDPS qui se sent être réellement comme parti autonome, pose des préalables. Aussi longtemps que la CENI ne répondra pas à ces préalables, l’Udps n’y verra aucun d’intérêt. Pourquoi vont-ils signer le code de bonne conduite dans ces conditions là ? Donc, ils n’ont pas de raison. Les autres là, signent par apparence…(Rires).

La Pros : Et, même là, ils ont désigné des politiques au lieu de techniciens pour l'audit du serveur central. N'est-ce pas là, une nouvelle distraction ?

Laurent BATUMONA : A mon avis, les politiques ne seront pas seuls. Ils seront accompagnés de techniciens, pour déceler les différents jeux de cache-cache qui peuvent être enregistrés. Il est vrai que j’ai discuté avec des techniciens…de notre famille politique. Ils me disent que le vrai problème, c’est le serveur central. Donc, l’UDPS ou l’Opposition n’a pas tort de pousser pour que le serveur central soit mis à la disposition de tous. C’est là où les gens croient que le pasteur Daniel Ngoy Mulunda va avoir un peu plus de problèmes.

La Pros : Mais, le Pasteur dit le contraire. Pour lui, s'il y a fraude, c'est plutôt dans le déploiement des témoins. Il y a 62.000 bureaux de vote prévus et que chaque parti doit désigner 2 témoins par bureau de vote. Ce qui fait 124.000 témoins à déployer. Si l'Opposition est incapable de réunir ses témoins, à qui la faute ?

Laurent BATUMONA : L’Opposition pourra se dispatcher les tâches par rapport aux bureaux de vote. Si elle se dispatche les tâches, elle pourra contrôler tout le processus électoral, surtout au niveau du dépouillement. Mais, si elle concentre 100 partis dans quelques bureaux de vote, c’est là où va se poser le problème. Mais, il est vrai que le président de la CENI voudrait que les choses se réalisent d’une manière transparente. C’est le sentiment qu’il me donne. Mais, étant donné qu’il est déjà dans la sphère politique, il a un camp.

La Pros : Tout comme vous avez votre propre camp ? LB : Non. Moi, je n'ai pas un camp. La Pros : Parce que vous recrutez les cadres qui représentent le parti et le destin du pays sera confié demain à qui, s'il vous était donné de lancer un appel à vos militants ?

Laurent BATUMONA : Lancer un appel à nos militants, je le ferai dans l’aboutissement du processus de la campagne électorale. C’est là où je lirai le programme des uns et des autres pour pouvoir donner une consigne. Maintenant, je me réserve. Parce que certains ont déjà commencé à présenter leur bilan. C’est à l’opinion d’apprécier. Les autres n’ont pas encore donné leur programme d’actions. Je crois qu’il est important de donner le temps au parti pour pouvoir se concerter et donner une issue. Je sais que les militants me posent depuis un certain temps ce problème. Et je dis que nous avons deux mois devant nous. Et, en politique une minute compte et une seconde vaut aussi, comme dit la Bible.

La Pros : Hier, Laurent Batumona, Député provincial. Aujourd'hui, Laurent Batumona, candidat à la Députation Nationale. Vos ambitions ont été revues à la hausse ?

Laurent BATUMONA : Non, les ambitions n’ont pas été revues à la hausse. J’avais préféré, à l’issue de mes réflexions d’être Député Provincial. J’avais en ce moment là, l’objectif de gérer la ville de Kinshasa, comme gouverneur. Voilà pourquoi, j’avais choisi d’être Député Provincial. Aujourd’hui, je suis candidat Député National dans le district de la Funa. Je serai aussi candidat député provincial. Et, je serai candidat Sénateur. Il faut dire que je vais viser les trois élections. C’est à la fin que je pourrai me déterminer.

La Pros : Et, après ? Quel message avez-vous, pour vos militants ?

Laurent BATUMONA : C’est de demander à nos militants d’être vigilants, par rapport à ce qui se passe, par rapport à la bipolarisation de la classe politique. Avec deux camps, La majorité et l’opposition…. Mobutu est revenu, nous avons 2 camps, la Majorité et l’Opposition. Qu’ils puissent faire davantage que le parti soit suffisamment implanté. Que les témoins que nous allons choisir travaillent avec abnégation. Pour que nous puissions serrer les rangs afin que nous puissions nous concentrer par rapport à la campagne électorale. Nous sommes un jeune parti qui n’a pas d’obédience face à l’actuelle Majorité, ni à l’Opposition.

Donc, nous sommes en train de puiser dans nos propres ressources, pour pouvoir tenter notre chance et résister face aux pressions que nous avons relevées de la part des uns et autres. C’est comme ça que je suis en train de demander aux militants et cadres d’être vigilants, de travailler sans relâche, pour que ce parti que nous estimons être le grand parti du centre, puisse arriver à drainer les uns et les autres vers l’idéal du changement. Et, je crois que nous y arriverons. J’en appelle à tous les partis du centre pour que nous puissions créer une plateforme qui pourra devenir incontournable, lorsqu’il s’agira de départager la majorité et l’Opposition.

Propos recueillis par Marcel Ngoyi