Home | RDC | Elections | Présidentielle 2011 en RDC : Des signaux qui inquiètent

Présidentielle 2011 en RDC : Des signaux qui inquiètent

image

Joseph Kabila" serait-il tenté de faire perturber le déroulement des opérations de vote au Katanga et dans les provinces du Kivu?

A plus ou moins soixante jours de la tenue des élections présidentielles et législatives, la situation sécuritaire devient de plus en plus délétère au Congo dit démocratique. Des signaux les plus inquiétants viennent en particulier des provinces présentées, à tort ou à raison, comme des «réservoirs de voix» au président sortant «Joseph Kabila». A savoir : le Katanga, le Nord Kivu et le Sud Kivu. L’évasion de l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga dit "Gédéon", la présence signalée des miliciens FDLR au Nord Katanga et des attaques menées tant au Nord Kivu qu’au Sud Kivu inquiètent. 

«Contrer toute tentative de dérive dictatoriale». Telle est une des «préoccupations» exprimées par le législateur dans l’exposé des motifs de la Constitution de la RD Congo promulguée en février 2006. Depuis l’investiture de «Joseph Kabila» le 6 décembre de cette même année, un flou total règne en matière sécuritaire replongeant le Congo démocratique dans un système autocratique. Dictatorial. Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un même individu. L’armée et la police ne sont soumises à aucun contrôle démocratique. Il en est de même de la multitude des «services» qui se comportent en milices du régime : l’Agence nationale de renseignements (ANR), la Demiap (Renseignements militaires), la Direction générale des migrations (DGM), Direction générale des services spéciaux de la police (DRGS), la garde présidentielle. L’appareil judiciaire a perdu son indépendance. Dotés du pouvoir d’arrestation et de détention sans mandat, ces différents services dits de sécurité ne rendent compte qu’à un seul homme : «Joseph Kabila». Celui-ci dispose donc de plusieurs contingents de «petits soldats» prêts à exécuter les basses besognes. En toute impunité.

«Gédéon»

Le 7 septembre dernier, on apprenait l’attaque en plein jour de la prison de haute sécurité de Kasapa, à Lubumbashi (Province du Katanga), suivie de l’évasion d’un millier de détenus dont l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga alias «Gédéon». L’opération aurait été menée par des «Maï Maï». Des renforts de la police mettront pas moins d’une heure pour parcourir les quelques dix kilomètres séparant ce pénitencier du centre ville. Deux semaines après, «Gédéon» court toujours. Inutile de rappeler que Kyungu Mutanga a des «vieux camarades» dans l’appareil d’Etat. C’est le cas notamment du «général» de la police John Numbi Banza et de Daniel Mulunda Ngoy. Le même. Sous l’égide de Kabila père fin 1998, «John», «Daniel» et «Gédéon» ont pris une part active à la mise sur pieds des Forces d’autodéfense populaire (FAP) chargées de contrer l’avancée des combattants du RCD, cet ex-mouvement «rebelle» pro-rwandais. Maire de Lubumbashi, Jean Oscar Sanguza Mutunda, ne manque pas de sens de l’humour. Au cours d’une récente «réunion de sécurité», il a invité la population lushoise «à dénoncer tous les évadés de la prison de la Kasapa et autres malfaiteurs qui sont dans les différents quartiers de Lubumbashi». A qui profite la vraie fausse évasion de "Gédéon"? Poser la question revient à y répondre…

Les FDLR au Nord Katanga

Dans une déclaration faite mercredi 14 septembre à Kinshasa, le lieutenant colonel Mactar Diop, porte-parole de la Mission de l’ONU au Congo a dit la «préoccupation» des responsables onusiens face à l’apparition des combattants des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda dans la chaîne de montagne de Mitumba au Nord Katanga. 

Contrairement aux apparences, le «clan kabiliste» entretient des «relations ambiguës» avec les FDLR. Ces "contacts" ont été amorcés du vivant de Kabila père et poursuivis par le successeur de celui-ci. La preuve a été faite en mai 2010. A la surprise générale, cinquante-quatre combattants FDLR ont été transférés de Goma (Nord Kivu) à Kisenge (province du Katanga) via Lubumbashi. Et ce, à l’initiative de …Daniel Mulunda Ngoy qui n’était à l’époque «que» le président de la très controversée ONG «Parec» (Programme national pour la paix et la reconstruction) et «conseiller spirituel» de "Joseph Kabila". Que sont devenus ces combattants hutus rwandais et leurs familles? «Joseph Kabila» et Mulunda Ngoy doivent dire la vérité aux Congolais. Ils doivent clarifier les circonstances de l’attaque, le 7 mai dernier, du convoi du ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Léonard Mashako Mamba. L’agression a été attribuée à des hommes armés présentés comme étant des miliciens FDLR. Mashako se rendait à Rutshuru dans la province du Nord Kivu. Quatre mois après, l’opinion attend toujours de connaître les conclusions de l’enquête ouverte sur cette tentative d’assassinat d’un membre du gouvernement central. 

En juin de cette même année, on apprenait qu’à la demande du président rwandais Paul Kagame, «Joseph» a fait entamer des pourparlers avec des leaders Hutu des FDLR. But : obtenir le transfert des combattants de ce mouvement des environs de Walikale-Masisi vers la province du Maniema. Un officier belge nommé Jean-Pierre Breyne en est l’intermédiaire. Ancien des services des renseignements militaires (SGR), Breyne a travaillé au «Bureau Afrique» du ministère belge de la Défense à l’époque du PS André Flahaut.. Les dirigeants des FDLR auraient posé des conditions "imbuvables" pour le maître de Kigali dont l’organisation des "négociations directes" entre les deux camps antagonistes. On le voit, "Joseph Kabila" et les "super faucons" de son entourage entretiennent une réelle connivence avec les groupes armés qui opèrent à l’Est. C’est le cas notamment des FDLR.

Les FDLR attaquent au Nord et au Sud Kivu

Selon Louis Boboto, administrateur du territoire de Shabunda (Sud Kivu), cinq localités de cette entité seraient, depuis samedi 17 septembre, «sous le contrôle des rebelles des FDLR. Bilan : deux tués. Les attaques ont entraîné des déplacements de la population vers la localité de Kitutu, en territoire de Mwenga. Le pauvre admiistrateur du territoire s’est limité à lancer un appel de détresse afin que les autorités provinciales dépêchent des militaires des FARDC à Shabunda et Mwenga «pour ne pas perturber le processus électoral dans cette partie du pays.» Les mots sont lâchés : perturber le processus électoral.

Au Sud Kivu toujours, on a appris, mardi 20 septembre, que des combattants FDLR ont volé une soixantaine de vaches. L’attaque aurait eu lieu à Chambombo, dans le territoire de Kalehe. Les miliciens seraient venus du parc de Kahuzi Biega. Selon la formule de style habituelle, les militaires du deuxième bataillon du 103e régiment basé à Kalehe "sont à la poursuite des agresseurs". C’est l’information donnée par des proches du commandement de la très nébuleuse opération «Amani leo».

Dans une correspondance datée du 13 septembre, les activistes de la société civile du Nord Kivu faisaient part au commandant de l’opération Amani Leo, les «multiples cas d’insécurité, notamment les enlèvements et assassinats des citoyens dans de nombreux territoires». Réponse du porte-parole de ce commandant : «La société civile doit s’occuper de ses affaires (…)».

En mars 2009, douze groupes armés du Sud-Kivu ont signé un «acte» aux termes duquel ils s’engagent à mettre fin aux hostilités «sur tous les terrains militaires». Il s’agit de : Zabuloni, Yakutumba, Raia Mutomboki, Mai-mai Simba, Pareco, Mai-mai Nakiriba, Mahoro, Shabunda, Kapopo, Shikito, Mudundu 40 et Mai-mai Kirikicho. Malgré cet «accord de cesser le feu», les groupes armés continuent à terroriser la population dans les deux Kivu. Les pouvoirs publics paraissent impuissants ou complices.

La récente visite d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba au Katanga a quelque peu fragilisé certaines idées reçues selon lesquelles cette Région serait une sorte de «citadelle imprenable» du président sortant «Joseph Kabila». De même, les candidatures d’Antipas Mbusa Nyamuisi et de Vital Kamerhe à l’élection présidentielle pourraient menacer la position de «Kabila» à l’Est. Cette partie orientale du pays présentée comme un «réservoir des voix» pour le "raïs".

En tous cas, aucun observateur sérieux n’est prêt à parier un vote massif – dans le cadre d’une élection libre, transparente et démocratique - en faveur du président sortant face à «Antipas» et «Vital», lesquels passent pour des "leaders" de leurs provinces natales respectives du Nord Kivu et du Sud Kivu. L’échéance du 28 novembre est envisagée non sans une certaine appréhension. Question : "Joseph Kabila" serait-il tenté de faire perturber le déroulement des opérations de vote au Katanga et dans les provinces du Kivu?

B.A.W