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RDC : Le vrai dialogue entre Congolais doit être civique

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Après les consultations que le Président de la République a eues avec l’ensemble de la classe politique et la société civile de son pays, et au regard de l’évolution politique en RDC depuis ce temps, il est presqu’acquis que dans quelques semaines, maintenant, il y aura bien convocation d’un dialogue, un de plus, entre Congolais.

Les dialogues sont plutôt coutumiers en RDC. Cela fait même partie de notre culture. Nos ancêtres se retrouvaient tous sous l’arbre à palabre, où ils réglaient tous leurs éventuels différends. Si aujourd’hui l’annonce de la convocation d’un dialogue provoque toujours des remous en sens divers, c’est suite à la connotation politique qui lui est collée.

Or, ce qui est politique est toujours le prélude d’une opposition. Dans nos démocraties balbutiantes, dans lesquelles l’opposition veut dire s’opposer à tout, il ne faut donc pas s’attendre à voir les gens accepter tout de go un dialogue. Mais l’opposition n’a pas que tort en refusant certaines choses. Car pour qu’il y ait dialogue, il se pose les questions d’opportunité et de raison.

Les dialogues dans ce pays, qu’ils aient pour nom concertations ou conférences, ont toujours eu pour finalité le partage du pouvoir, quel que soit l’habillage qu’on lui donne. Les questions de fond, susceptibles de transformer la société en lui faisant imprimer une nouvelle marche, sont souvent évitées dans ces forums où certains ne vont qu’en pensant aux per-diems.

Il manque par exemple, en RDC, une symbiose entre l’Etat et le citoyen. Comme des enfants abandonnés, les Congolais ne se sentent en rien redevables à l’Etat. Car il manque un contrat social qui lie le citoyen congolais à l’Etat du même nom.

Les Congolais effectuent toutes leurs études avec les moyens de bord, les leurs propres. Lorsqu’ils les achèvent, ils ont un mal fou à trouver de l’emploi. Très peu d’entre eux peuvent d’ailleurs en créer, malgré toutes les idées dont sont bourrées leurs têtes.

Ceux d’entre eux qui réussissent à être embauchés à la Fonction publique deviennent curieusement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la risée de leurs concitoyens qui voient en eux des gens qui ont choisi de ne pas être heureux dans la vie, alors qu’ils devraient, comme aux premières années du Congo postcolonial, constituer un rêve à atteindre pour leurs compatriotes.

Les Congolais ont toujours rechigné à s’acquitter de leurs obligations imposables et taxatives, parce qu’il plane toujours sur eux le spectre de la corruption, à travers les détournements généralisés des deniers publics, d’autant plus que les auteurs de ces détournements n’ont, apparemment, jamais véritablement été sanctionnés. Certains vont en prison pour en sortir alors qu’ils n’ont même pas purgé le quart de leurs peines parce que … malades (sic).

Lorsque, de la maternelle à la fin du cycle universitaire, quelqu’un n’a bénéficié d’aucune bourse de la part de l’Etat, il ne se sent redevable en rien à cet Etat. Cela étant, lorsqu’il lui arrive d’occuper un poste public de responsabilité, son premier réflexe est, non pas de servir, mais plutôt de compenser toutes les dépenses engagées pour sa formation en … s’enrichissant le plus vite que possible, d’autant plus que, dans ces fonctions, l’on sait quand on y arrive, mais jamais quand on en partira.

Les pays structurés organisent le service militaire obligatoire. Tout le monde ne devient pas militaire de carrière, mais le fait d’être passé par là crée une sorte d’osmose entre les citoyens qui en arrivent à s’approprier l’armée, et même la Police.

L’Etat devrait développer une véritable politique d’emploi. Lorsque les citoyens, comme cela se faisait encore sous la 1ère République et aux premières années de la 2ème République, sentent que l’Etat s’occupe réellement d’eux à travers une vraie politique d’emploi, ils en seront inévitablement redevables.

Il en est de même de la politique de logement. Elle n’existe pas en RDC. Depuis quelques années, des cités paradisiaques sont en train de sortir du sol à Kinshasa. Mais à qui sont-elles destinées ? En tout cas pas aux Congolais moyens, à voir les prix qui y sont pratiqués, pour l’achat ou la location.

Univers infernal ?

Un compatriote, qui est revenu au pays après une dizaine d’années passées en Afrique de l’Ouest, s’est retrouvé dernièrement avec un de ses amis dans un minibus où ils étaient confinés, serrés comme des sardines dans une boite.

Tout en félicitant le Gouvernement pour ses efforts en vue d’apporter de l’amélioration dans le transport en commun des personnes à travers  » Transco  » et  » Esprit de vie « , le compatriote regretta que ces modes de transport, comme celui dans lequel il se trouvait, ait encore cours dans ce pays, et surtout dans la capitale.

Car ailleurs, notamment là d’où il vient, ce n’est pas excellent, mais les gens voyagent quand même dans des conditions normales. En bonne kinoise, une dame d’un certain âge, assise juste derrière lui, s’invita de manière insolente à cette conversation entre amis en lui lançant méchamment :  » Et pourquoi es-tu revenu ? Pourquoi n’es-tu pas resté là-bas ? « 

Dans son subconscient, cette femme a donc intériorisé depuis très longtemps la pauvreté et l’asservissement. La souffrance, pour elle, est donc normale, car inhérente à la vie en RDC. Voir les choses autrement, positivement, pour ce pays, ne peut donc que passer difficilement dans sa tête.

C’est malheureusement le cas avec plusieurs, que dis-je, la plupart des compatriotes. Combien de fois n’a-t-on pas entendu des Congolais, et parmi eux certains occupant des postes de hautes responsabilités, affirmer que  » mboka oyo ekobonga lisusu te  » (ce pays ne se remettra plus jamais sur pied) ?

Chaque fois que vous reprochez à un compatriote un mauvais comportement public, vous vous entendez presqu’automatiquement rétorquer :  » yo moto okobongisa mboka yango ?  » (Crois-tu que c’est toi qui arrangeras ce pays ?). Cette phrase est, malheureusement, devenue légendaire dans ce pays.

La plupart des Congolais sont donc convaincus d’un sort fatal pour leur pays. D’ailleurs, lorsqu’un Congolais rentre au pays après un séjour européen ou outre-Atlantique, tous les compatriotes qu’il rencontre lui posent inévitablement la question de savoir quand il va rentrer. Et pourtant il est rentré chez lui. Dans le subconscient collectif du Congolais, donc, leur pays est un enfer. Ainsi, il est incompréhensible que le veinard qui a eu la grâce d’en sortir puisse penser un seul instant y revenir pour … y vivre.

Avec une telle conception, il est difficile d’attendre quelque chose de mieux des Congolais. Voilà pourquoi, dans leur grande majorité, les Congolais qui sont promus pensent d’abord à s’enrichir, en puisant sans retenue sur les deniers publics à leur portée.

Ils sont hantés par ce spectre de vivre dans un enfer et se hâtent donc de s’enrichir absolument et rapidement, quels que soient les moyens qu’il faut employer pour cela, afin de se mettre désormais à l’abri de cet univers infernal. D’où la corruption généralisée dans le pays.

Débout Congolais !

Comme tous les pays du monde, la RDC a son chant national. Composé à l’occasion de la naissance du Congo comme Etat, après s’être affranchi du joug colonial, l’hymne national congolais a pour nom  » Débout Congolais « , composé par Père Simon Boka et Lutumba, les mêmes, sacrés messieurs! qui composeront plus tard  » La Zaïroise « , lorsque le capricieux Mobutu décidera d’imprimer une marque à lui à ce pays.

A lui seul, ce titre est toute une évocation, un appel au Congolais à s’investir totalement afin de faire de son pays un havre de paix, émergent, où il fera bon vivre.

Les Congolais appréhendent-ils vraiment ce message, ou chantent-ils seulement cet hymne comme un vulgaire chant populaire ? Emmanuel Kipolongo, avait sans doute réalisé cette grave inadéquation entre ce chant véritablement patriotique et la réception du message qu’il véhicule par ceux à qui il est destiné.

C’est pourquoi il avait profité de sa position de numéro un de la chaîne de radio et de télévision publique pour lancer une campagne de sensibilisation sur le  » Débout congolais « . Dans la même logique, le Ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel s’est employé, depuis le début de cette année scolaire à la restauration de la culture du chant patriotique.

Car c’est depuis le bas âge que le Congolais doit intérioriser l’appel transcendantal qui lui est lancé d’  » assurer la grandeur  » de son pays. Cette grandeur n’est ni sa superficie, ni sa démographie, mais sa puissance. Puissance économique, militaire, culturelle, la culture englobant tout le reste.

Le vrai dialogue entre Congolais doit être civique. Tant qu’on ne transformera pas radicalement l’homme congolais, abîmé par 32 ans d’inversion de valeurs, tant que, dans les différents dialogues, on ne verra que le repositionnement politique, nous n’avancerons pas beaucoup, malgré la multiplicité des dialogues.

[Jean-Claude Ntuala]