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Dialogue de «KABILA» : Un peu de patience

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Le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), le ministre des Médias Lambert Mende Omalanga, a appelé vendredi 03 juillet 2015 à Kinshasa les Congolais à « un peu de patience » et « attendre » que le président Joseph Kabila les « fixe sur la tenue ou non du dialogue national inclusif ».

« Je nous invite à un peu de patience pour avoir une idée sur la position que prendra le président Joseph Kabila Kabange, président de la République et chef de l’Etat incontestable et incontesté à ce jour et dont il va falloir attendre qu’il nous fixe sur la tenue ou non du dialogue national inclusif », a-t-il déclaré au cours d’un point de presse en son cabinet de la Gombe.

En effet, a-t-il rappelé, « ces derniers jours, l’actualité reste dominée par le dialogue national inclusif soutenu par la grande majorité des composantes de notre société dont les représentants ont été reçus jusqu’à présent par le président de la République ».

« La première chose à dire à ce sujet est que jusqu’au moment où nous parlons, le Président de la République Joseph Kabila n’a pas encore fini avec les consultations des différentes composantes de la vie nationale. De sorte qu’il est quelque peu prématuré d’affirmer, comme d’aucuns n’hésitent pas à le faire, que ce dialogue aura lieu », a-t-il souligné. 

A cet égard, Lambert Mende a dit être « autorisé à recommander une approche nuancée aux uns et aux autres sur la question » et recommandé à tout le monde d’« attendre que le Président ait terminé les consultations qu’il a entreprises pour savoir s’il y aura dialogue national ou non » parce que « c’est Lui seul qui l’annoncera dans ses conclusions desdites consultations ».

« Quelques malentendus et égarements à recadrer »

S’agissant des « réactions enregistrées ici et là avant et après le message à la Nation du chef de l’Etat à la faveur du 55ème anniversaire de l’indépendance », le ministre Mende a reconnu qu’« il y a un fond commun aux différentes acceptions du dialogue national inclusif défendu par ceux qui, dans la Majorité ou l’Opposition, en acceptent le principe ». 

« C’est notamment la conviction que pour résoudre les divergences persistantes autour du cycle électoral déjà engagé, il importe de privilégier une approche consensuelle afin d’éviter la répétition des actes de violences post électorales et électorales qui avaient entaché les consultations de 2006 et 2011. Il y a toutefois quelques malentendus et même quelques égarements qu’il sied de recadrer pour ne pas semer la confusion dans les esprits », a-t-il indiqué. 

En fait, a-t-il précisé, « il s’agit de prendre en compte des défis importants advenus postérieurement auxdites concertations nationales, notamment celui des besoins budgétaires exorbitants pour l’organisation réussie des élections de 2015 et 2016 qui n’étaient pas à l’ordre du jour en 2013 ».

« Pour mémoire, ces besoins ont été évalués à un milliard deux cents millions de dollars américains après le vote et la promulgation du budget 2015, lequel n’a pu dégager que neuf milliards de dollars américains pour l’ensemble des besoins de l’Etat », a insisté le porte-parole du gouvernement congolais. 

POINT DE PRESSE DU PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT DE LA RDC 

Mesdames et Messieurs,

Ces derniers jours, l’actualité reste dominée par le débat sur le dialogue national inclusif soutenu par la grande majorité des composantes de notre société dont les représentants ont été reçus jusqu’à présent pour consultation par le Président de la République. Comme de coutume, quelques éléments du microcosme politique de la capitale se sont bruyamment inscrits en faux contre l’éventualité de ce dialogue. Ainsi va la vie démocratique. 

Etant donné que ce débat, qui suscite à juste titre un grand intérêt dans l’ensemble des forces sociales et politiques de notre pays va dans tous les sens au risque d’égarer beaucoup de nos compatriotes qui, en marge des calculs partisans, souhaitent comme le Président, sauvegarder ce qui nous est cher, à savoir: la paix, la stabilité de notre pays ainsi que l’unité et la cohésion nationales, une remise en perspective s’impose.

La première chose à dire à ce sujet est que jusqu’au moment où nous parlons, le Président de la République Joseph Kabila n’a pas encore fini avec les consultations des différentes composantes de la vie nationale. De sorte qu’il est quelque peu prématuré d’affirmer, comme d’aucuns n’hésitent pas à le faire, que ce dialogue aura lieu. 

À cet égard, je suis autorisé à recommander une approche nuancée aux uns et aux autres sur la question. En d’autres mots, il faut attendre que le Président ait terminé les consultations qu’II a entreprises pour savoir s’il y aura dialogue national ou non. Et c’est Lui seul qui l’annoncera dans Ses conclusions desdites consultations. 

Sur les réactions enregistrées ici et là avant et après le message à la Nation du Chef de l’Etat à la faveur du 55ème anniversaire de l’indépendance, reconnaissons d’entrée de jeu qu’il y a un fond commun aux différentes acceptions du dialogue national inclusif défendu par ceux qui dans la Majorité ou l’Opposition en acceptent le principe. 

C’est notamment la conviction que pour résoudre les divergences persistantes autour du cycle électoral déjà engagé, il importe de privilégier une approche consensuelle afin d’éviter la répétition des actes de violences post électorales et électorales qui avaient entaché les consultations de 2006 et 2011. 

Il y a toutefois quelques malentendus et même quelques égarements qu’il sied de recadrer pour ne pas semer la confusion dans les esprits.

Ainsi que l’a rappelé le Chef de l’Etat dans son discours du 30 juin 2015, les raisons qui militent pour un éventuel dialogue et les objectifs qu’il faut lui assigner ne peuvent pas objectivement conduire à considérer cette initiative en gestation comme un copié - collé des concertations nationales de 2013.

Il s’agit de prendre en compte des défis importants advenus postérieurement auxdites concertations nationales, notamment celui des besoins budgétaires exorbitants pour l’organisation réussie des élections de 2015 et 2016 qui n’étaient pas à l’ordre du jour en 2013.

Pour mémoire, ces besoins ont été évalués à un milliard deux cent millions de dollars américains après le vote et la promulgation du budget 2015, lequel n’a pu dégager que neuf milliards de dollars américains pour l’ensemble des besoins de l’Etat.

Il y a donc des problématiques sérieuses qui dépassent les seules compétences de la Commission Électorale Nationale Indépendante à laquelle une approche à courte vue propose de les abandonner, comme notamment le calendrier électoral global qui aussitôt publié par cette dernière a été chahuté par l’opposition qui le revendiquait auparavant, le financement du processus électoral qui relève du Gouvernement et de l’impératif de la sécurisation du processus électoral que le Gouvernement ne saurait garantir avec efficience que si et seulement si la classe politique dans son ensemble prenait la résolution de changer d’attitude et de comportement pour éviter au pays les dérapages sanglants enregistrés pendant et après les scrutins de 2006 et 2011.

Sur les causes et les objectifs du dialogue, il y a un foisonnement désordonné de positions divergentes les unes des autres. Les uns trouvent le calendrier global, naguère exigé à cor et à cri, trop global et plaident soudainement pour le retour à un calendrier partiel qu’ils avaient véhémentement contesté auparavant.

En récusant la perspective de la tenue des élections locales et provinciales avant l’élection présidentielle apparemment au seul motif qu’une telle perspective accorderait plus d’espace à l’actuelle majorité au pouvoir dont ils reconnaissent la prégnance dans le tissu sociopolitique national. De telles motivations sont pour le moins illégitimes et contraires à l’ordonnancement juridique en vigueur dans notre pays.

Oui, il y a bel et bien des élections qui, au regard de nos lois, auraient dû se tenir les unes en 2006, les autres en 2011 et qui ne se sont pas tenues. Le respect que nous devons à la loi justifie amplement que nous les organisions avant celles qui n’ont souffert d’aucun retard.

C’est ce que la CENI a appelé les arriérés électoraux. Il est pour le moins surprenant qu’une force sociale théoriquement neutre comme la Conférence des Évêques catholiques et certains partenaires de la communauté internationale se soient joints aux défenseurs de cette démarche purement politicienne pour appuyer eux aussi un nouveau renvoi aux calendes grecques de la tenue de tout ou partie de ces élections que nous considérons comme aussi importantes que les législatives et la présidentielle et qui en plus permettent de donner à notre jeune démocratie la chance de se consolider à la base.

C’est le lieu de rappeler que pour le Gouvernement et la Majorité dont il est issu, il n’existe pas d’élections plus importantes que d’autres car elles sont toutes commandées et organisées par la constitution et les lois de la République.

Autant nous sommes d’accord avec ceux qui exigent que l’ordre constitutionnel de notre pays soit respecté, autant nous nous inscrivons en faux contre toute tentative de contourner l’ordre légal qui en découle. Mépriser ou minimiser le prescrit des lois en prétendant défendre le respect de la constitution, c’est vouloir une chose et son contraire.

C’est malheureusement ce que font tous ceux qui voudraient coûte que coûte voir les élections législatives et présidentielle auxquelles eux-mêmes ou leurs affidés vont concourir être organisées aux dépens de celles qui intéressent la majorité des Congolais. Le Gouvernement dont le devoir est de faire respecter les principes définis dans la constitution et d’appliquer les lois de la République sans exception ne peut en aucune manière accepter une pareille approche.

Il en est de même de la mise en œuvre de la loi de programmation de la création des nouvelles provinces en exécution de l’article 2 de la constitution qui a fait passer depuis 2006 le nombre de nos provinces de 11 à 26 dont des voix s’élèvent pour demander une remise en cause ou un moratoire. Il n’en est pas question pour le Gouvernement qui estime de son devoir d’appliquer les prescrits légaux. Le léger retard observé dans cette mise en œuvre n’a pas eu pour conséquence de changer la substance de la loi qui sera appliquée comme prévu. 

Pour d’autres membres de la classe politique, le dialogue, si dialogue il y a, ne devrait servir qu’à légitimer les prétentions de leur leader lors de la procédure de règlement d’un vieux contentieux électoral qui avait déjà été pris en charge en son temps par les instances habilitées par la constitution et les lois de la République pour dire le droit en l’espèce, à savoir les cours et tribunaux de l’ordre judiciaire. Une façon comme une autre de revenir à des pratiques de non droit contre lesquelles le dialogue se veut justement être un remède. 

Certains se sont laissés aller à invoquer la qualité de la personne devant prendre l’initiative du dialogue et du médiateur attitré en s’entremêlant les pinceaux avec la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations Unies dont ils dénaturent délibérément le contenu en prétendant qu’elle prévoit que la convocation du dialogue en question devait être exclusivement le fait d’un médiateur désigné par la Communauté internationale que serait Monsieur Martin Kobler, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’Onu en ROC invité instamment par un parti non représenté au parlement à {( ne pas se dérober à ses obligations définies dans les Résolutions 2147 (point 5 alinéa b), 2211 (point 14 et 15) et 2098 (point 14) ». Toutes ces considérations méritent une mise au point.

Il y a de toute évidence un quiproquo dans la lecture et l’interprétation des Résolutions susmentionnées du Conseil de Sécurité convoquées à l’appui de la thèse selon laquelle le Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en République Démocratique du Congo serait le médiateur désigné par la communauté internationale pour le dialogue entre Congolais. Ces Résolutions stipulent en réalité pour ce fonctionnaire international une {( mission de bons offices» consistant expressis verbis, à encourager et promouvoir le dialogue et non le convoquer et encore moins y jouer un rôle de médiateur. 

Il faut en effet rappeler qu’il existe, du point de vue du droit international coutumier, une différence de nature entre une mission de bons offices et la médiation. Le rôle de la personne chargée de bons offices est de rapprocher les parties en conflit (encore que dans le cas qui nous concerne, il ne s’agit pas de conflit, mais de divergences de vues), d’établir un contact entre elles ou lé rétablir s’il a été rompu.

Le chargé de bons offices ne propose pas de solutions, pas plus qu’il ne prend part aux discussions qui ne concernent que les parties divergentes. Sa tâche s’achève au moment où les parties acceptent de se rencontrer à dessein de négocier.

Le médiateur par contre propose des bases de négociation et intervient dans le déroulement de celle-ci afin de rapprocher « sur la table» les points de vue des parties en litige. Tels sont les classiques du droit et des pratiques diplomatiques en la matière. 

Il ne faut donc pas faire dire aux Résolutions onusiennes 2098, 2147 et 2211 ce qu’elles ne disent pas. La Résolution 2098 est particulièrement mal interprétée, sans doute inconsciemment, sinon il y aurait volonté de falsification.

Dans son point 4 cette Résolution « invite l’Envoyée Spéciale du Secrétaire Général de l’ONU dans la Région des Grands Lacs » (la mention féminine dans le texte désignant ainsi clairement Madame Mary Robinson qui à l’époque de l’adoption de la Résolution exerçait cette fonction avant d’être remplacée aujourd’hui par Monsieur Saïd Djinnit) « à conduire un processus global ouvert à toutes les parties prenantes en vue de remédier aux causes profondes du conflit». 

A l’évidence, le processus global ouvert dont il s’agit en ce point de la Résolution 2098 n’est pas le processus interne à la République Démocratique du Congo, mais bien le •processus régional qui constitue le théâtre des compétences de l’Envoyé Spéciale du Secrétaire Général pour la Région des Grands Lacs, les parties prenantes n’étant autres que les pays de la région (CIRGL) et non les acteurs politiques congolais. 

Dire que ledit processus est celui interne à !a ROC et que celui qui est chargé de le conduire serait Monsieur Kobler, Représentant Spécial du Secrétaire Général pour la ROC, est donc sans équivoque une interprétation erronée. 

Quoi qu’il en soit, du point de vue moral et sociologique, ce serait une grande honte pour des Congolais que n’oppose aucun conflit armé, que 55 ans après l’indépendance de notre pays, ils en soient à recourir à des médiateurs étrangers pour se parler entre eux. 

Aussi est-ce avec sagesse que la majorité des forces politiques et sociales consultées par le Président de la République ont émis le vœu que le dialogue, si dialogue il y aura, « soit mené sans ingérence étrangère, à travers un nombre limité des participants et pour une durée relativement courte ».

Ceci étant dit, je nous invite donc à un peu de patience pour avoir une idée sur la position que prendra le Président Joseph Kabila Kabange, Président de la République et Chef de l’Etat incontestable et incontesté à ce jour et dont il va falloir attendre qu’II nous fixe sur la tenue au non du dialogue national inclusif. 

Je vous remercie. 

Lambert MENDE OMALANGA 

Ministre de la Communication et Médias 

Porte-parole du Gouvernement