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55 ans après, la RDC tourne en rond

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A 55 ans de vie, le Congo-Kinshasa semble tourner en rond. Il n’est nulle part. Il nous donne l’impression d’avoir accumulé plusieurs questions sans réponses définitives. Ne serait-il pas temps qu’il puisse marquer un arrêt collectif ? Faudrait-il que ses filles et fils poursuivent leur marche comme si de rien n’était ? Qu’ils se contentent d’aller aux ‘’élections libres, démocratiques et transparentes ? Pourtant, depuis 2006, le processus politique vicié et vicieux n’a rien produit de satisfaisant collectivement.

Il serait temps de marquer un arrêt. Non pas pour ‘’un dialogue-bidon’’ initié par des pyromanes convertis momentanément en pompiers, mais pour un bilan sans complaisance. Il serait temps de marquer un arrêt. Non pas pour ‘’une justice à double vitesse’’, mais pour une vraie justice ouverte au Pardon et à la Réconciliation.

Qui a tué Patrice-Emery Lumumba ? Pourquoi ? Qu’en est-il du procès initié sur cet assassinat ayant eu lieu le 17 janvier 1961 ? Peut-il y a avoir de véritables lumumbistes au Congo-Kinshasa sans un engagement sérieux pour que le procès sur l’assassinat de leur ‘’Père fondateur’’ aboutisse à l’établissement des responsabilités pénales des personnes physiques et morales impliquées, même à titre posthume ? 

Le 30 juin 1960, Lumumba tint ‘’un discours fondateur’’ décrivant l’humiliation subie de la part du colonialiste. « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous dévions subir le matin, le midi et le soir, parce que nous étions des Nègres. Qui oubliera qu’à un Noir, on disait ‘’tu’’, non certes comme un ami, mais parce que le ‘’vous’’ honorable était réservé aux seuls blancs. » Revenant sur cet extrait du discours de Lumumba pour fustiger la banalisation permanente de l’humiliation sans les relations internationales, Bertrand Badié écrit : « L’humiliation est mémoire, récit collectif et même plus déterminant encore, récit fondateur, celui qui ne s’abroge pas par décret. »[1] A quelle condition ? A condition que les héritiers de ce ‘’récit fondateur’’ se départissent de la mentalité du ‘’dominé-esclave’’ ou que ce ‘’récit’’ ne se dissolve pas tout simplement dans l’impuissance ou dans la seule magie du verbe.

Où en sont les lumumbistes actuellement ? Et les autres héritiers politiques et intellectuels de Lumumba ? Pourquoi donnent-ils l’impression de s’être abandonnés à la magie du verbe ?

Peut-être parce qu’ils n’ont pas su rompre avec le larbinisme et constituer ‘’une petite bourgeoisie nationale’’ capable de soutenir la lutte pour le triomphe de ce ‘’ discours fondateur’’. A ce point nommé, ils ont encore du pain sur la planche.

Qui a tué ‘’ Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001 ? A qui a profité ce crime ? Pourquoi le procès sur ce crime tarde à aboutir à des résultats escomptés ? Pourquoi ‘’les Mzéens’’ ne s’impliquent-ils pas dans ce procès pour qu’il arrive à être clos une fois pour toutes ?

Qui a tué Mgr Munzihiriwa, Bapuwa Muamba, Armand Tungulu, Floribert Chebeya, Fidèle Bazana, Mamadou Ndala, etc.,

On le voit, les 55 années de l’indépendance du Congo-Kinshasa sont faites d’humiliation, de trahisons, d’assassinats, de meurtres, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crimes économiques restés, pour la plupart, non-élucidés jusqu’à ce jour. 

Comment, dans ce contexte, construire un Etat digne de ce nom, fondé sur ‘’une mémoire vivante’’, sans un règlement conséquent de cette question d’impunité perpétuelle ?

N’édulcorons rien. Ces 55 années sont aussi faites de résistance et de luttes pour un Etat de droit au cœur de l’Afrique. Ces luttes n’ont pas encore abouti. Peut-être faudrait-il questionner les tactiques, les méthodes et les stratégies qu’elles ont utilisées en vue de les parfaire. Peut-être faudrait-il aussi questionner ‘’les cœurs et les esprits’’ de ceux qui s’y sont engagés. De quoi sont-ils faits ? De patriotisme, d’abnégation, de courage et de persévérance ?

Un documentaire-fiction intitulé ‘’Tribunal sur le Congo’’ vient d’achever sa deuxième partie à Berlin[2]. Il présente l’avantage de s’être intéressé aux acteurs internes et externes du ‘’génocide congolais’’.Il questionne les Congolais(es). Comment peut-il passer de la fiction à la réalité ? Nous sommes là en face d’une cause pour laquelle une mobilisation générale est souhaitable. (Quand les combattants et les autres résistants congolais ont pris la décision de lutter contre la production de ‘’la musique-distraction’’ en Occident, ils ont réussi. Pourquoi ne pourraient-ils pas se mobiliser, en conscience, pour cette cause : passer d’un ‘’Tribunal sur le Congo’’, documentaire-fiction, à un ‘’Tribunal Pénal pour le Congo-Kinshasa’’, un document-réalité ?) Même si les enjeux sont très sérieux, le ton est déjà donné. Des compatriotes ayant pris part au montage de ce documentaire ont fait certaines suggestions dont celle mettre en pratique l’une des recommandations du rapport Mapping de 2010 sur la création des chambres mixtes composées de magistrats internationaux et congolais. Tout au long du montage, ils ont fait l’expérience d’un jury mixte et en sont contents.

Il serait souhaitable que la question des élections ne puisse pas l’emporter sur celle de la justice si le Congo-Kinshasa doit devenir un Etat de droit demain.

Vouloir avancer dans l’impunité perpétuelle serait une façon de bâtir le pays sur le sable.

Relancer le débat sur la constitution de la Commission Vérité et Réconciliation serait aussi salutaire pour le pays de Lumumba. Le Mali est en train de faire ce choix pour sortir de la crise où il gît depuis tout un temps.

Faire la Vérité sur ce qui arrive au Congo-Kinshasa depuis 55 ans et Réconcilier dans l’Amour et le Pardon plusieurs de ses filles et fils aideraient ce pays à repartir sur des nouvelles bases.

Il serait temps de marquer un arrêt. Non pas pour ‘’un dialogue-bidon’’ initié par des pyromanes convertis momentanément en pompiers, mais pour un bilan sans complaisance. Il serait temps de marquer un arrêt. Non pas pour ‘’une justice à double vitesse’’, mais pour une vraie justice ouverte sur le Pardon et la Réconciliation, là où cela est indispensable.

Certains témoins-clés de cette histoire sont encore en vie. Certains parmi eux ont écrit ‘’leurs mémoires’’. La documentation sur cette histoire existe et est riche. Elle devrait rentrer dans les préoccupations quotidiennes des filles et fils du Congo-Kinshasa afin qu’ils s’aident mutuellement à vaincre l’inculture. Une bonne information, une bonne éducation et une bonne formation peuvent leur éviter une approche approximative de certaines questions sérieuses dont dépend leur devenir collectif. Cela peut les aider à re-créer un imaginaire alternatif.

Les combattants-résistants, des partis politiques épris d’esprit ‘’très peu partisan’’, certaines associations et institutions de la société civile, des chercheurs et des écrivains, certaines personnalités fortes du monde médiatique ou scientifique peuvent prendre l’initiative d’initier cet arrêt.

[Mbelu Babanya Kabudi]