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Les musulmans marginalisés en RDC ?

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Les déclarations faites dernièrement par Moussa Kalema, secrétaire général de la Comico (Communauté islamique du Congo), en faisant accroire à ses coreligionnaires qu’ils sont les parias de la République, sont de nature à distiller des sentiments victimaires dans la conscience de ces derniers. Facteurs propices dont se saisissent les recruteurs jihadistes, les « proies » faciles et idéales à prendre étant les mécontents, les frustrés. « Au niveau des institutions de la République, a-t-il dit, les musulmans déplorent, non seulement leur exclusion, mais aussi l’absence d’une politique de leur intégration dans les espaces de décision du pays. Aujourd’hui, pas un seul musulman ne siège au gouvernement national. Aucun gouverneur de province, aucun chef d’entreprise ou d’un service public de l’Etat n’est musulman. Et la situation n’interpelle ni les autorités publiques ni notre ancienne métropole, ni les défenseurs des droits de l’homme ». Notre ancienne métropole ! Les souverainistes congolais apprécieront. Les musulmans se plaindraient également, selon M. Kalema, du refus leur opposer de disposer des aumôneries islamiques au sein des Fardc, de la Police et des hôpitaux. Et aussi la non reconnaissance par l’Etat de deux grandes fêtes musulmanes, celle qui clôture le ramadan et celle du sacrifice du mouton. « C’est pourquoi la communauté islamique en RDC exige des autorités publiques de faire cesser l’injustice et de rétablir les musulmans dans leurs droits au lieu de nourrir les frustrations par des actes islamophobes injustifiés ». 

Débarrasser le globe terrestre du mode vie « pourri » des sociétés (judéo-chrétiennes) occidentales, islamiser tous les humains et faire appliquer, à la lettre, la charia (la loi islamique). Tel est le combat - l’offre sociétale - des radicaux jihadistes. Sans plus. Selon ces derniers, la démocratie et ses principes (dont ses nombreux droits et libertés accordés aux individus, et particulièrement aux femmes), la modernité et ses mondanités sont islamo-incompatibles. Seule une lecture rigoriste du Coran permet de « désouiller » la Terre, de retrouver la pureté de la belle époque, la vie « merveilleuse » du temps de l’hégire, d’il y a 13 siècles passés.

Pour les fous d’Allah, dont la psychologie n’incorpore pas l’altérité, l’islam est la seule religion qui vaille. Dès lors, toute personne qui refuse de s’y convertir (le non musulman, l’athée) est condamné à la mort. A une mort exemplaire, intimidante. Les cruels supplices, notamment les égorgements publics (en Syrie, en Algérie ou au Nigéria) ignoblement médiatisés, auxquels soumettent les affreux islamistes aux « impies », concourent à cette macabre méthode de recrutement religieux - le prosélytisme par la terreur. La RD Congo est-elle (restera-t-elle) épargnée de ces monstruosités ?

Les musulmans extrémistes (idéologues, stratèges et « bombes humaines » qui se font exploser en fauchant aveuglément la vie aux innocents dans des lieux publics) se manifestent désormais partout et répandent davantage de sang. L’incompréhensible délectation qu’ils prennent à tuer a fini par convaincre de leur inhumanité ceux qui continuaient à leur accorder un minimum de bon sens et les considéraient (en Irak, en Syrie, au Yémen, en Libye, en Somalie, au Nigéria, etc.) comme des personnes avec qui on pouvait négocier la paix et la formation des gouvernements d’union nationale. Un consensus international, auquel (heureusement) plusieurs pays musulmans adhèrent, s’est enfin imposé : le monde des gens épris de paix est appelé à pourchasser, à combattre et à éradiquer, par la force militaire, tous les terroristes islamistes. Sans répit et où qu’ils se trouvent. 

La lutte contre les intégristes musulmans sera longue. Elle exigera, pendant des années, une mobilisation importante des moyens techniques et des hommes. Elle s’engage déjà maintenant, en amont, par le démantèlement des filières de recrutement et d’endoctrinement de futurs candidats au « jihad ». Et aussi par l’éducation, l’instruction et l’encadrement citoyen des jeunes que les autorités publiques - et les parents - doivent armer moralement et intellectuellement (par le développement de leur esprit critique) contre la propagande nocive des islamistes qui ne recommandent, à ceux qui se laissent appâter, nulle autre chose que de tuer tous les mécréants, déclarés ou pas. Quitte à en sacrifier leur vie. Acte de martyr qui « serait » exigé par le prophète Mahomet et « plairait » à Allah, disent-ils. Et pour lequel l’«honorable sacrifié » et « vrai musulman » devrait mériter les plaisirs du paradis où l’attendent en récompense, entre autres délices et pour lui seul, 72 femmes…vierges. Tuer pour une vie post mortem luxurieuse ! Est-ce bien ce que le Saint Coran dit ?

Au moment où se constitue une sorte d’internationale islamiste - Boko Haram vient de déclarer son allégeance à l’Etat islamique de Syrie - qui déploie ses grands et sinistres tentacules dans divers pays, l’heure est à savoir ce que les autorités congolaises développent comme politique et stratégies qui permettent de prémunir les Congolais contre ce qui se présente comme un des grands fléaux et défis de ce 21ème siècle. Sans tomber dans la stigmatisation frustrante, et puisque les terroristes puisent leurs arguments de prétendus prescrits de l’islam, il s’impose – comme s’y emploient aujourd’hui les gouvernements de différents pays, et comme les événements l’exigent – de veiller au fonctionnement des mosquées, aux compétences théologiques des imams du Congo et aux contenus de leurs prêches. Il doit être clairement question de séparer le bon grain de l’ivraie, le bon et pieux musulman de l’extrémiste (potentiellement) nuisible. 

Mais cette tâche incombe d’abord à leurs coreligionnaires – les musulmans - et surtout aux encadreurs spirituels au sein de différents lieux de culte. Car à eux revient prioritairement le devoir de combattre activement ceux qui ternissent l’image de l’islam. La réaction désapprobatrice verbale (« ce que les jihadistes disent et font n’est pas l’islam ») ne suffit plus. La violence étant leur seul langage, l’action contre les agissement de ces barbares personnages est désormais armée. Toute passivité devant cet impératif serait suspecte.

L’islam du Congo, il faut le souligner et s’en réjouir, a toujours été pacifique. Les musulmans (les Congolais comme les expatriés), qui représentent entre 5 à 10% de la population, ont toujours vécu leur foi en bonne fraternité avec les croyants des autres églises du pays, majoritairement chrétiennes. Et nous devons tous veiller à ce que le «fleuve», jusque-là tranquille, ne connaisse pas d’agitation. Ici est l’occasion de déplorer et de dénoncer ceux qui, à l’Est du pays, y jettent des pierres qui soulèvent (déjà) des vagues. « Nous, les musulmans, sommes tracassés par les militaires qui disent que nous sommes des Adf Nalu (rebelles musulmans ougandais opposés au régime de Yoweri Museveni et vivant depuis les années 1995 dans les montagnes aux frontières de la RDC et de l’Ouganda) qui ont assassiné à l’arme blanche quelque 80 civiles en deux semaines dans la région », a regretté Musa Angwandi, le représentant de la communauté musulmane du territoire de Beni. Et qui a prévenu : « De l’autre côté, les Adf nous traquent en nous accusant de les avoir trahis (…) Le musulman n’a pas peur de la mort (…) Si nous continuons d’être pointés du doigt, cela risque de dégénérer ». 

Les assassinats massifs et indistincts déplorés à Beni et ses environs s’apparentent, par leur cruauté, à l’odieuse éthique religieuse et au mode opératoire des jihadistes islamistes. Ces derniers ont-ils infiltré la RD Congo ? Il urge, de la part du gouvernement congolais, d’assurer la sécurité des populations, de restaurer la paix et l’autorité de l’Etat dans ce coin du pays en démantelant toutes les cachettes, tous les sanctuaires et en neutralisant tous les terroristes qui y nichent. A côté de l’armée nationale, l’Anr et tous les autres services de renseignement (civils et militaires) devraient y consacrer tous leurs moyens et leurs savoirs techniques. Filer, ficher, faire chanter et tourmenter à longueur des journées les opposants politiques - qui ne tuent pas des gens - ne doit plus constituer la priorité de leurs activités. Le grand péril pour le pays (et pour le pouvoir) est aujourd’hui ailleurs et bien identifié. Et le refus du gouvernement congolais d’une action militaire conjointe avec les forces de la Monusco pour combattre les terroristes de l’Adf Nalu – au motif de souveraineté nationale bafouée par cette dernière - paraît incompréhensible pour ne pas dire irresponsable. Y aurait-il connivence avec l’ennemi dans les hautes sphères politiques et militaires de l’Etat congolais ?

Au moment où la question religieuse cause morts d’hommes à l’Est du pays, venant ajouter une sale et fétide couche sur l’intolérance politique et sur les haines tribales régulièrement recuites qui enlaidissent les murs du pays et n’arrêtent d’endeuiller la nation depuis 1960, il y a lieu d’en appeler à la responsabilité de tous et d’inviter à une retenue de langage de la part des leaders religieux, particulièrement. Tout discours communautariste est à utiliser avec prudence et sagesse. Mais il est surtout à éviter lorsque, prétendument tenu pour défendre l’intérêt ou les bonnes causes du groupe, l’on vise plutôt un intérêt personnel, matériel ou professionnel. La correction doit être de mise. 

Les déclarations faites dernièrement par Moussa Kalema, secrétaire général de la Comico (Communauté islamique du Congo), en faisant accroire à ses coreligionnaires qu’ils sont les parias de la République, sont de nature à distiller des sentiments victimaires dans la conscience de ces derniers. Facteurs propices dont se saisissent les recruteurs jihadistes, les « proies » faciles et idéales à prendre étant les mécontents, les frustrés. « Au niveau des institutions de la République, a-t-il dit, les musulmans déplorent, non seulement leur exclusion, mais aussi l’absence d’une politique de leur intégration dans les espaces de décision du pays. Aujourd’hui, pas un seul musulman ne siège au gouvernement national. Aucun gouverneur de province, aucun chef d’entreprise ou d’un service public de l’Etat n’est musulman. Et la situation n’interpelle ni les autorités publiques ni notre ancienne métropole, ni les défenseurs des droits de l’homme ». Notre ancienne métropole ! Les souverainistes congolais apprécieront.

Les musulmans se plaindraient également, selon M. Kalema, du refus leur opposer de disposer des aumôneries islamiques au sein des Fardc, de la Police et des hôpitaux. Et aussi la non reconnaissance par l’Etat de deux grandes fêtes musulmanes, celle qui clôture le ramadan et celle du sacrifice du mouton. « C’est pourquoi la communauté islamique en RDC exige des autorités publiques de faire cesser l’injustice et de rétablir les musulmans dans leurs droits au lieu de nourrir les frustrations par des actes islamophobes injustifiés ». 

Les musulmans marginalisés en RDC ? Et depuis quand ? Le Congo serait-il l’Allemagne hitlérienne ou la France de Vichy où des lois et décrets furent votés, ostracisant, sans ambiguïté, des groupes précis de gens, particulièrement les Juifs ? Moussa Kalema est-il sincère en tenant ces propos, quand membre de la Majorité présidentielle, il a lui-même été vice-ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale dans le précédent gouvernement national ? Quand, bien avant lui, plusieurs autres musulmans ont occupé de très hautes fonctions dans le pays ? Quand le secrétaire général adjoint de la Comico, l’imam Ikulu Ibrahim – comme beaucoup d’autres musulmans siégeant à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les Assemblées provinciales - s’est fait élire député national de Tshikapa ? L’actuel sénateur Yerodia Abdoulaye Ndombasi, ancien vice-président de la République et ponte écouté au sein de la Mp, serait-il chrétien ?

Dans un pays laïc, le « croire » relève du domaine privé. Les églises y ont pour mission de s’occuper des « croyants ». L’Etat, lui, forme et s’occupe des « citoyens » à qui il confie des responsabilités publiques sur base de leur formation, de leur compétence et de leur représentativité électorale. La religion – comme la tribu ou l’ethnie – n’est pas et ne doit pas être un critère de choix des gestionnaires publics. La République laïque est un espace public neutre (l’école publique, l’administration publique, etc.) où les gens y entrent débarrassés – momentanément - de leurs autres particularités identitaires. Seule l’identité civile y est admise. 

En ces temps où certaines personnes (les intégristes religieux, et pas seulement musulmans) rêvent d’un gouvernement théocratique et tentent de prendre, violemment ou insidieusement, la prééminence sur la politique, et donc de s’introduire dans la gestion civile de l’Etat, la République n’a contre eux que la laïcité comme seule armure de protection. Ses grands principes (les valeurs communes à tous et valables pour tous – formulées en lois - qui permettent une paisible vie civile commune et auxquelles tous sont appelés à se soumettre) doivent ainsi être réaffirmés, aujourd’hui plus qu’hier, avec force et sans concession. La loi est dure, mais elle doit demeurer la loi. En RDC comme ailleurs. Les moratoires, les accommodements successifs sur les dispositions relatives à la laïcité de l’Etat tuent le vivre-ensemble et disloquent, in fine, la nation. Il y a lieu de le dire et de le redire.

[Wina Lokondo]