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RDC : Fronde à l’UDPS

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Il est des fois qu’une fronde surgit au sein d’une formation politique puisque les voies de dialogue et de communication sont bouchées. Elle peut être due aussi suite à une volonté de ses auteurs de « ramasser le pouvoir  » qu’ils estiment être à leur portée puisqu’il leur revient de droit selon eux.

Ne nous fions pas aux apparences : la politique est parfois à mille lieux des images cathodiques que nous transmettent les journaux télévisés.

Ce qu’est l’univers de la politique

Il n’est pas rare que les sourires « télégéniques » qu’arborent les politiciens en costumes trois-pièces, les accolades et poignées de mains sous une pluie de flashes des photographes ainsi que le langage policé nous masquent la réalité et ne soient que poudre aux yeux des observateurs.

La politique est un  » sport  » qui porte un nom et un seul : le jeu des rôles. Et les politiciens le jouent à la perfection. Cela s’explique : derrière les rideaux, la politique est un monde impitoyable et pourri où les règlements des comptes, les luttes fratricides, la folie de grandeur, le manque d’honnêteté, l’esprit de vengeance et les « ôte-toi-que-je-m’y-mette » sont monnaie courante.

Aussi, sous les dehors débonnaires d’un politicien local peut se cacher une volonté farouche d’écraser quiconque oserait lui faire ombrage ainsi que le rêve d’avoir le monde entier à ses pieds. La recherche de l’intérêt (souvent personnel), voilà ce qui motive la plupart d’actions politiques.

Il n’est donc pas étonnant que, pour emprunter l’expression du cardinal de Kinshasa, Laurent Monsengo, n’y survit pas qui le veut : il vous faut être un « vertébré ». Ames sensibles s’abstenir donc.

Dans son livre « Ainsi sonne le glas, les Derniers jours du Marechal Mobutu » (1998, Ed. Gideppe), Honoré Ngbanda, ancien chef des Services spéciaux sous l’ancien dictateur stigmatise le « manque de reconnaissance » de Yoweri Museveni, actuel chef de l’Etat ougandais… envers Mobutu.

Avant son arrivée au pouvoir, Museveni avait passé dplusieurs années dans le maquis, à la tête de National Resistance Army (NRA), luttant contre les régimes Idi Amin et Milton Obote installés à Kampala. Et Ngbanda se souvient, pour y avoir été associé bien des fois, que des avions partaient du Congo bourrés des uniformes ou des armes et munitions. Destination : le maquis de Museveni. En définitive, on peut dire que l’ancien dictateur congolais a contribué à la prise du pouvoir de Museveni en janvier 1986. Et qu’attendre d’autre d’un tel homme qu’un retour d’ascenceur?

Or, en juin 1996, quand l’AFDL entreprend de « marcher vers Kinshasa, » venant de l’Est du Congo en vue de chasser Mobutu du pouvoir, (ce qu’ils réussirent d’ailleurs le 17 mai 1997), les « sponsors » des rebelles sont bien connus des « services » congolais : un certain Museveni est l’un d’eux…

Autre exemple. Léon Kengo wa Dondo, actuel président du Senat, a été l’une des personnalités les plus choyées par Mobutu. Il fut sous le règne de l’ancien dictateur congolais tour à tour Procureur de la République, Premier ministre (trois fois), ministre et ambassadeur. On se rappellera qu’en RDC, comme autrefois au Zaïre, être au gouvernement c’est d’abord … être près de la mangeoire. Aussi s’est-il servi comme personne, alors que le slogan du parti (MPR) dont il était cadre stipulait : « MPR= Servir. Se servir ? Non ! »

Cependant, après l’annonce du décès du Marechal Mobutu à Rabat le 9 septembre 1997, il fut interrogé par TV5Monde à propos de l’homme d’Etat qui venait de disparaitre et qu’il connaissait bien. Pour répondre, Kengo wa Dondo ne porta pas les gants : « Mobutu était un faible. C’est celui qui entrait chez-lui le dernier qui avait toujours raison », déclarait-il,  alors que famille et amis du défunt avaient à peine commencé leur deuil.

La fronde visait à « tourner la page Tshisekedi »

De Bruxelles où il se trouve en convalescence depuis plusieurs mois déjà, Etienne Tshisekedi, chef de file de l’opposition congolaise, ne peut pas ne pas admettre que l’UDPS, la formation politique qu’il dirige l’a échappé belle: sa propre disparition aurait probablement entrainé son implosion.

Quoiqu’il ne se soit jamais présenté comme tel au grand jour, l’homme à la base de la fronde qui vit le jour à l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social)  n’est nul autre que M. Valentin Mubake, conseiller politique d’Etienne Tshisekedi.

La soixantaine, réputé intelligent et têtu,  » Valentin, » ainsi que l’appellent ses proches, était autrefois tenu pour être « le dauphin naturel » du lider maximo. C’est au lendemain des dernières présidentielles (2011), que l’on a constaté un refroidissement de relations entre les deux hommes, ce qui le rendit rare à Limete, siège du parti et résidence d’Etienne Tshisekedi.

Mubake, qui n’avait pas apprécié de n’avoir pas été désigné vice-président du parti lors du premier congrès en 2010 (poste qui d’ailleurs n’existe  pas dans la nomenclature de l’UDPS), eut une autre  raison d’en vouloir à Tshisekedi lorsque son protégé Jacquemin Shabani fut d’abord suspendu  puis relevé de ses fonctions de Secrétaire général de l’UDPS en 2012.

Depuis, Mubake n’a jamais accepté de reconnaitre la nomination de l’avocat Bruno Mavungu en remplacement de son ami Shabani. Il ne s’est d’ailleurs pas  privé de le faire  » désavouer  » par ses amis bien des fois, comme en juillet et en novembre de l’an passé.

Mais il a fallu attendre en avril dernier qu’un autre parmi ses proches, en l’occurrence Albert Moleka, soit démis de ses fonctions de Directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi par … Bruno Mavungu, pour ouvrir les hostilités. Ce fut un casus belli.

Ainsi, Mubake a cru son heure arrivée – et l’heure de la vengeance sonnée – lorsque la santé de l’opposant historique, âgé à l’époque de 81 ans, se détériora. En effet, celui-ci fut hospitalisé pendant plusieurs jours à Kinshasa avant d’être évacué vers Bruxelles pour des soins appropriés.

Pour Mubake apparemment, il n’était pas question d’attendre le congrès ordinaire de l’UDPS prévu fin 2015 afin de faire valoir ses ambitions de diriger son parti.

Sa stratégie consistait plutôt à bousculer la hiérarchie, la stigmatiser au moyen d’une campagne systématique sur les réseaux sociaux et de journaux kinois afin de la dévaloriser auprès des sympathisants et membres de leur parti. C’était une façon subtile d’attirer l’attention sur ses propres atouts : se présenter comme mieux outillé que d’autres pour diriger son parti, l’UDPS.

L’entreprise était d’autant alléchante que, Etienne Tshisekedi absent et indisponible, il n’y avait pas grand monde face à lui. Ce n’étaient ni Bruno Mavungu, considéré par Mubake et ses amis comme  » mou et incompétent », ni Felix Tshisekedi, le chargé de l’extérieur que les proches de Mubake accusent d’être « dépourvu de diplôme d’université » qui pouvaient tenir le coup. Faudrait-il le souligner, Mubake et ses amis se targuent d’avoir dans leurs rangs non seulelemt de cadres ″compétents,″ mais aussi les « plus instruits. »

Récemment, c’est sur le plateau de France 24 qu’Albert Moleka a avoué l’objectif visé par lui et ses amis : « l’heure est venue de tourner la page Tshisekedi » avait-il déclaré.

Qu’il est loin le temps où, dans sa lettre de démission datée d’avril 2014 et adressée à  » Son Excellence monsieur le président  » [Tshisekedi], Moleka écrivait que  » la note circulaire  » du SG Bruno Mavungu le démettant  » n’a pas réussi à secouer ma loyauté envers vous ni mon attachement aux idéaux que vous défendez « …

Le  » retour  » de Tshisekedi sonnait le glas des frondeurs

Mais force est de constater que plusieurs mois après le déclenchement de la fronde, aucun des objectifs de Valentin Mubake et ses amis n’a été atteint. C’est comme un coup d’épée dans l’eau. En effet, Bruno Mavungu reste toujours le secrétaire général du parti a Kinshasa, et pour sa part Felix Tshisekedi demeure le chargé de l’extérieur à ce jour.

Pire, Etienne Tshisekedi, quoique fatigué et vieilli, est bien vivant. En plus, en date du 28 janvier dernier, il a procédé au remplacement de certains représentants extérieurs de l’UDPS, ce qui ressemble fort à une purge des amis de Mubake.

Par exemple, le Professeur Claude Kiringa, représentant de l’UDPS au Canada, a été remplacé par Marc Kapend, Professeur de son état aussi. En Belgique, Dr André Kabana prend la place de Pierre Adolphe Mbuyi. On se souviendra que les personnalités remplacées sont des proches de Valentin Mubake.

S’agirait-il donc d’une purge ?  » Non  » s’en défend Jean-Marie Mukanya, la soixantaine et cadre de l’UDPS en Belgique.  » Le Président du Parti est un adepte de la liberté d’expression et du débat démocratique et ce débat doit être utile. Et qui dit débat, dit opinions différentes. La pluralité d’opinions est incontournable au sein d’une formation politique. Cela n’est pas punissable et n’a pas donné lieu à des sanctions. »

Mais qu’est-ce qui a alors justifié ces mesures ? Jean-Marie Mukanya répond :  » Des comportements antiréglementaires tels que le non-respect de la hiérarchie, le manque de courtoisie, les calomnies, les imputations dommageables, l’indiscrétion et toutes sortes d’écrits, de déclarations publiques dommageables pour le parti sont punissables. Et la sanction est fonction de la gravité. »

Pourquoi avoir commencé par les représentants en Belgique et au Canada ?  » La vérité est que les représentants du Canada et de Belgique ont posé des actes antiréglementaires. Ils faisaient déjà l’objet de mesures conservatoires prises par le Secrétaire Général ou par le Secrétaire National aux Relations Extérieures depuis 2014. Certains représentants adjoints restés solidaires avec eux ont été sanctionnés eux aussi. »

Monsieur Mukanya précise néanmoins ceci: « Tous les remplacés ne sont pas sanctionnés : le cas du représentant titulaire de France le démontre. »

Le manque de réalisme des frondeurs

Il est des fois qu’une fronde surgit au sein d’une formation politique puisque les voies de dialogue et de communication sont bouchées. Elle peut être due aussi suite à une volonté de ses auteurs de « ramasser le pouvoir  » qu’ils estiment être à leur portée puisqu’il leur revient de droit selon eux.

Dans le cas d’espèce, Valentin Mubake et ses amis ont fait preuve de manque de réalisme politique. A ce qu’il parait, pour eux en tout cas, l’ambition à elle seule suffit pour émerger en politique.

 En effet, ils gagneraient à s’inspirer de l’exemple donné par Moïse Katumbi, gouverneur de la province du Katanga. Et ce qui en ressort est ceci : un parti politique se conquiert non pas du sommet mais plutôt à sa base. Une personnalité qui a réussi à s’imposer à la base devient un interlocuteur incontournable que la hiérarchie de son parti respecte et parfois même… craint.

A ce propos, à part le professeur Claude Kiringa, élu député au Bandundu lors des dernières législatives, mais a obtempéré au mot d’ordre de son parti de na pas siéger au Parlement, ni Mubake ni Moleka n’ont été élu lors d’une quelconque élection. Ils ne disposent pas non plus d’une base électorale connue. Dès lors comment vouloir être un leader au somment du plus grand parti Congolais sans au préalable être leader chez eux ?

Par ailleurs même le fait d’annoncer sur une chaine internationale (France 24) que  » nous devons tourner la page Tshisekedi  » ne change rien à la réalité. On n’efface pas une carrière politique comme celle de Tshisekedi comme on le ferait en appuyant sur un bouton. Ce n’est pas réaliste. D’ailleurs c’est de la démagogie et de l’obscurantisme reunis. Ce n’est pas non plus Jeune Afrique, RFI ou France 24, même s’ils reprenaient en boucle l’information, qui changeraient la donne sur le terrain.

Ce que Moleka et ses amis devraient faire, c’est d’aller auprès de leurs  » combattants  » et les convaincre que leurs idées à eux, feraient gagner le parti. C’est le souverain primaire qui décide librement, et non un cadre du parti lui-même dépourvu d’une base. Ceci ressemblerait fort à la folie de grandeur.

Il apparait clairement que les frondeurs n’ont pas encore compris que la place officielle obtenue aux dernières présidentielles par Tshisekedi n’était pas le résultat de la mobilisation de l’UDPS. Tshisekedi aurait pu se présenter comme  » indépendant  » et il aurait les mêmes résultats.

D’autre part, si pendant son indisponibilité ils n’ont pu faire basculer les choses et renverser le secrétaire général Mavungu, est-ce maintenant qu’ils sauront effacer le monument politique qu’est Tshisekedi?

Il est intéressant de noter que sur les réseaux sociaux on trouve un peu de tout : même des leaders autoproclamés, rien qu’à partir de leur seul ordinateur. Mais on le sait, l’internet d’où sont très actifs les amis de Mubake est un monde … virtuel. Et ce monde virtuel peut donner une illusion que l’on fait bouger les choses à Limete, alors que c’est juste une tempête dans un verre d’eau…

[Emmanuel ngeleka in Politique]