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RDC : l’UDPS fait cavalier seul en se démarquant du reste de l’opposition

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Rien à faire, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba vit encore politiquement dans les années transition de Mobutu. Tout son discours, depuis la chute du dictateur, n’est axé que sur une recherche de légitimité qui se résume en un transfert de l’« imperium » à sa propre personne, cet imperium des années CNS qui lui aurait été volé depuis. Exit le changement de république, exit la constitution, autant que les deux cycles électoraux que le pays a vécu depuis son indépendance.

Aussi longtemps que ces préalables ne seront pas accomplis, il n’y aura point de paix ni de stabilité en RDC. Et Etienne Tshisekedi se battra dans tous les bénitiers pour y parvenir, même au prix du sacrifice de ses propres alliés de l’opposition. Ces derniers temps, d’ailleurs, l’UDPS fait cavalier seul en se démarquant du reste de l’opposition dont certains leaders viennent de se soumettre à un casting aux USA, comme l’indiquait un confrère en milieu de semaine.

On ne peut, en tous cas, tirer d’autre conclusion que ce constat au regard de la dernière position de Tshisekedi transmise à l’opinion jeudi 26 février 2014 par Bruno Mavungu, Secrétaire Général de l’UDPS, et Félix Tshisekedi, Secrétaire national chargé des relations extérieures, tous deux unanimement contestés au sein du parti. En clair, et en quintessence de la position du sphinx de Limete, l’UDPS ne demande pas autre chose qu’une transition qui ferait dépasser, au sujet des élections, les délais constitutionnels de 2016.

En effet, au terme d’un récapitulatif, plutôt orienté, du passé politique congolais depuis 2006, récapitulatif qui consiste en une fortification de la thèse d’une crise de légitimité, l’UDPS propose un règlement de la crise par voie de dialogue politique qui mettrait autour d’une table Etienne Tshisekedi et ses alliés, et Kabila avec les siens sous la modération de l’envoyé spécial du Secrétaire Général de l’Onu,  « cela conformément à la résolution 2147 du conseil de sécurité des Nations Unies’’.

Donnant le chronogramme de ce dialogue, Tshisekedi estime qu’il devra se tenir à Kinshasa avec 40 participants répartis équitablement entre les deux tendances politiques en présence de leurs alliés respectifs, soit 20 membres par délégation. Les travaux devraient durer dix jours sur lesquels trois seraient réservés à la facilitation de la Monusco.

Quant à son ordre du jour, Tshisekedi propose deux volets dont le second comporterait 7 points, à savoir, entre autres : le règlement du contentieux électoral de novembre 2011 et de la crise de légitimité qui s’en serait découlée, la définition du processus électoral consensuel.

Le Président de l’UDPS n’indique pas la finalité du dialogue sur un tel agenda, mais on sait que, pour lui qui se dit élu avec 103%, selon ses propres statistiques de l’époque, il est question que le pouvoir lui soit remis.

Pour le deuxième volet, Tshisekedi propose un débat sur le calendrier électoral,  la restructuration de la Ceni, le contentieux électoral, le fichier électoral, la traçabilité des résultats, le renforcement du mandat de la Monusco pour sécuriser le processus électoral et la création d’un observatoire des élections chargé de la certification des résultats.

Tshisekedi et son parti en appellent, par ailleurs, à la définition d’un nouveau cycle électoral qui privilégierait d’abord la présidentielle. Ils réclament aussi la « réforme » du bureau de la CENI qui devrait être composée de 12 membres en raison de 6 pour la majorité et six autres pour l’opposition, tous choisis uniquement au sein de la société civile.

Reste à comprendre comment des personnes désignées par des formations politiques seraient neutres, quand bien même elles seraient issues d’une société civile dont les colorations politiques sont aujourd’hui avérées.

Last but not least, Tshisekedi réclame un audit du fichier électoral pour garantir la transparence et la crédibilité du processus électoral.

Comme on peut le voir, même si Tshisekedi prévoit 20 jours pour la tenue du dialogue qu’il réclame, on ne s’attendrait pas moins à l’engagement d’une transition. L’on sait, en effet, que ce genre de dialogue aboutit toujours à des accords qui mettent des pans entiers de la Constitution entre parenthèses. La transition mobutienne nous en a donné l’expérience, et Etienne Tshisekedi était l’un des artisans de ces pirouettes juridiques.

Ce que l’UDPS ne dit pas, par ailleurs, c’est que les propositions qu’elle avance risquent de déboucher sur la révision incontournable de certaines lois, dont celle qui régit aujourd’hui la CENI, notamment sur le volet de la composition de son bureau et du mode de désignation de ses membres.

En faisant ainsi cavalier seul, l’UDPS vient de constituer une troisième colonne qui ne concourt qu’à rendre illisible les perspectives politiques. Ceux qui connaissent l’histoire politique de ce pays savent que ce genre de situation est du domaine de prédilection de Tshisekedi qui, pourtant, en sort toujours perdant. Pour prendre le cas le plus récent, on se souviendra de l’après dialogue intercongolais lorsque Tshisekedi boycotta la transition pour le simple fait qu’il lui fut attribué la vice-président chargée des questions socioculturelle, lui qui voulait le volet politique et juridique attribué alors à Azarias Ruberwa. A partir de là, il boycotta aussi bien le référendum constitutionnel que les premières élections de l’histoire de la RDC.

En 2011, Tshisekedi revint aux bons sentiments pour participer aux élections, au motif qu’il en aurait obtenu la garantie de transparence auprès de la communauté internationale. Aujourd’hui, pourtant, ses revendications, contenues dans son ordre du jour du dialogue qu’il demande, remettent en cause cette même transparence.

On se demande, par ailleurs, pourquoi Tshisekedi demande une chose à la fois lorsqu’il dénie à Kabila tout pouvoir tout en sollicitant un duialogue avec lui.

[Pascal Debré Mpoko]