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UDPS : Etienne TSHISEKEDI doit passer la main

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Etienne Tshisekedi wa Mulumba, président national de l’Union pour la démocratie et le progrès social, UDPS, a fait sa première apparition publique, depuis sept mois, le week-end dernier, à Bruxelles où il se trouve depuis son évacuation pour raisons de santé. 

Cette sortie avait, entre autres objectifs, de rassurer les nombreux militants de ce parti, vu les spéculations qui circulaient dans le pays sur l’état de santé de leur président. Les a-t-il vraiment rassurés ?

Tshisekedi n’a parlé que pendant quelques petites minutes, très posément, se prémunissant visiblement contre un retour dû à une assez grande dépense d’énergie.

D’après son entourage, et ses partisans présents dans la capitale belge, Tshisekedi se porterait bien et regagnerait Kinshasa sous peu. Très optimistes, ils ont annoncé qu’il  » faut bien compter avec lui à la présidentielle 2016 « .

Beaucoup d’entre eux se sont exprimés sur RFI. Dans l’ensemble, ils se sont montrés très rassurants sur l’avenir politique du sphinx de Limete. Pour eux, il n’y a pas de place pour un quelconque mystère. Tshisekedi sera bel et bien le candidat de l’UDPS à la prochaine présidentielle.

S’il faut s’en tenir à la logique de Tshisekedi qui, on le sait, a toujours été constant, son éventuelle candidature devra quelque peu étonner : sera-t-il candidat à sa propre succession (dans ladite sortie médiatique, il a répété qu’il fallait chasser  » l’imposteur Kabila « ), ou le sera-t-il plutôt dans l’espoir de succéder à Kabila (auquel cas ce sera une reconnaissance tacite de la victoire de celui-ci en 2011) ?

Outre cette apparente contradiction, ces déclarations posent une fois de plus la sempiternelle question de la gestion de nos partis politiques. Comment peut-on déjà parler du candidat de l’UDPS à la présidentielle alors qu’il n’y a eu ni congrès ni primaires dans ce parti ? Cela nous amène directement à la crise multiforme qui mine ce parti.

Certains ténors s’en prennent vertement à leur président qu’ils soupçonnent de préparer le lit de son fils. Dans l’entourage de Tshisekedi, on parle de Félix Tshisekedi en termes de dauphin naturel. Franchement, il est malséant de parler, dans ce cas, de dauphin naturel. Si le leader maximo est conséquent envers lui-même, ce terme devrait d’ailleurs le mettre mal à l’aise, lui qui s’était emporté contre les successions monarchiques dans une société républicaine. Il faut toujours éviter des tentatives déifiant à l’endroit d’une personne, si charismatique soit-elle.

Tshisekedi candidat ?

Enfin, dans l’optique électorale, si l’UDPS tient à présenter absolument son candidat à la prochaine présidentielle, elle va desservir l’opposition comme elle l’avait déjà fait en 2011. La seule chance de l’opposition d’espérer remporter la présidentielle est en effet de présenter une candidature unique. Or, cette option avait été sapée en 2011 par, particulièrement, le sphinx de Limete qui avait déclaré qu’il n’avait pas lutté pendant 30 ans pour laisser sa place à quelqu’un d’autre. Quelle place ?

La conséquence avait été que l’opposition avait aligné 10 candidatures, ouvrant grandement l’autoroute à la réélection de Joseph Kabila. Celui-ci ne sera pas candidat l’année prochaine, mais l’équation risquera bien d’être la même pour peu que l’actuelle majorité se montre mature.

Dans la conclusion de son reportage sur la sortie du président de l’UDPS, RFI a souligné qu' » il est impossible depuis plus d’un an pour la presse d’obtenir une interview ou même d’échanger directement avec Tshisekedi « . C’est une conclusion qui dit beaucoup.

Le plus vieil opposant congolais est malade. Il y a vraiment à se demander si cet apparent forcing vient réellement de lui ou plutôt de ceux de ses partisans qui, en réalité, ne pensent qu’à eux-mêmes ? Conscients de leur incapacité à briguer la magistrature suprême, ils tiennent absolument à une probable élection de Tshisekedi afin d’avoir leur temps et leur occasion de prendre part au partage du gâteau national. Mais, connaissent-ils vraiment l’imprévisible Tshisekedi ?

Se défendant, en répondant aux questions de la radio précitée, l’entourage de l’opposant a prétendu que celui-ci travaille tous les jours et suit l’actualité de près.  » 82 ans ? Comparé à Bob Mugabe et à Aziz Bouteflika, il est encore jeune ! Malade ? Il est mieux que Bouteflika qui est constamment sur une chaise roulante « . Comparaison n’est pas raison, dit-on. Devant une situation, chaque organisme humain réagit de façon particulière. Mais le cynisme des politiciens est bien connu.

Passer la main

Le souhait des Congolais est qu’Etienne Tshisekedi regagne le pays vite, en pleine forme physique et en pleine possession de toutes ses facultés. Battre campagne dans ce sous-continent, lorsqu’il faut haranguer des foules pendant des heures, voyager chaque jour par air, sur terre et sur le fleuve, et tenir plusieurs réunions par jour et chaque jour, requiert une énergie débordante.

Pour revenir à l’UDPS, il serait en tout cas souhaitable que Tshisekedi passe la main. C’est d’ailleurs depuis des années qu’il aurait dû le faire. Les conflits qui minent aujourd’hui le parti n’auraient pas vu le jour. L’UDPS est, avec le Palu, excusez du peu, le seul parti politique congolais dont les membres, en tout cas la plupart d’entre eux, le sont par conviction. Ces conflits, si l’on y prend garde, vont tellement miner ce parti qu’il risquera de ne pas en rester grand-chose. Ce serait malheureux qu’une si grande œuvre connaisse ce sort.

Financer les élections

L’UDPS doit vite nettoyer sa maison en s’attaquant à fond aux difficultés qu’elle connaît présentement avec plusieurs de ses cadres, car les échéances électorales approchent à grand pas depuis la publication du calendrier y relatif.

Lorsque les politiciens évoquent la cherté de ces élections, ils ne pensent pas seulement au coût annoncé par la CENI, mais également aux moyens dont ils disposent eux-mêmes pour aller à ces affrontements. Steve Mbikayi, le président du Parti travailliste, a émis une idée toute originale, mais qui peut bien faire école. Les élections étant une affaire de tous, l’élu de Tshangu propose que chaque citoyen majeur cotise à raison d’un dollar par personne.

Au bas mot, on pourrait ainsi récolter environ 75 millions de dollars, ce sera moins de dix pourcent du budget global, mais ce sera quand même un bon apport. L’avantage psychologique de cette contribution sera que le peuple s’appropriera un peu plus ces élections. Il se prendra pour un parti prenant et veillera un peu plus à sa réussite.

[Jean-Claude Ntuala]