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RDC : Félix TSHISEKEDI n’a pas le profil nécessaire pour diriger un parti comme l’UDPS

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La base de l’UDPS peut chercher à éviter une scission en cherchant une médiation des parrains politiques du parti, s’ils existent. De toute façon, malgré les foules amassées lors de ses passages entre autres au Kasaï et au Katanga, Félix Tshisekedi a autant d’ennemis que d’amis au pays et à l’étranger. Et, surtout, il n’a pas le profil nécessaire pour diriger un parti comme l’UDPS. Déjà, les officiels du Département d’Etat américain, que j’ai rencontrés  en février 2014, ne lui attribuent aucun poids politique majeur. Il en va de même pour Bruno Mavungu au poste de Secrétaire général de ce grand parti. Le congrès extraordinaire devra trancher sur leur cas. La non-soumission aux décisions et recommandations du congrès sur leurs positions futures au sein du parti devrait amener à leur isolement rapide. Avec Félix qui se considère « Heir to the throne », l’unité du parti pourra s’obtenir par ce que j’appelle une seconde intention, c'est-à-dire sa révocation dans le fait et son positionnement dans un autre poste de responsabilité au sein du parti dans le futur. Il a sûrement un grand rôle à jouer dans ce parti s’il sait se conformer aux normes établies.

Personne ne nie aujourd’hui l’affaiblissement politique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Seulement, quelle que soit la période de vaches maigres que traverse ce grand parti de masses, il demeure le plus grand parti politique de la République démocratique du Congo (RDC). 

Et, avec  un peu d’ingéniosité et d’intelligence de ses leaders, l’avenir très proche amènera un sourire à jamais resté un mirage.  Aujourd’hui encore, le devenir meilleur du Congo dépend de la  bonne performance de ce parti surtout en temps que parti au pouvoir.

Comme je l’ai  dit dans mes précédents écrits sur www.kamotocentre.com, le combat électoral  des prochaines échéances électorales  de la base au sommet de l’Etat se fera ultimement entre l’UDPS et le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), à moins que le pays ne connaisse le tsunami possible du  Burkina Faso qui verrait  le PPRD sûrement effacé de la scène politique congolaise comme jadis le MPR.

A propos de ceci, nous avons déjà prédit dans nos précédents écrits  que,  pour le président Joseph Kabila, modifier les prescrits des articles 70 et 220 de la Constitution pour se maintenir au pouvoir, serait  ouvrir une boîte de pandore (1). Cette expression utilisée dans ce contexte par nous  a été reprise par le célèbre journaliste  François Soudan de Jeune Afrique à propos de M. Blaise Compaoré.

Corriger les déficits pour le combat ultime de la conquête et l’exercice du pouvoir

Un fait majeur a fait place au sein de l’UDPS. Ce fait a la potentialité de reformer de façon « radicale » le modèle politique de l’UDPS pour aider ce parti  à corriger ses déficits pour le combat ultime de la conquête et l’exercice du pouvoir.

C’est la publication en ce début de Novembre 2014 de « la déclaration  de la base du parti : Appel à barrer la route au déviationnisme qui s’est incrusté dans l’UDPS en l’absence prolongée de président du parti, Etienne Tshisekedi ».

 Cette démarche, nécessaire dans les circonstances présentes, peut être simplement interprétée comme un acte de révocation de leurs postes respectifs le Secrétaire  national aux Relations extérieures (SNRE), M. Tshilombo Félix Antoine Tshisekedi, et  le Secrétaire général,  M. Bruno Mavungu Puati. Il faudrait rappeler que ce dernier a remplacé à ce poste M.  Jacquemin Shabani en 2012. 

Il est reproché à M. Bruno Mavungu «l’incompétence, la passivité et le suivisme» et à Félix Tshisekedi «l’incompétence, le trafic d’influence, l’usurpation, l’indiscipline, la trahison et l’abus de pouvoir».

La déclaration a surtout, il faut se le dire, la potentialité de provoquer la scission du parti. Les questions qui se posent sont alors les suivantes :

  1. Quel est l’état des lieux?
  2. L’UDPS : vers une scission?
  3. Comment restaurer l’unité au sein du parti?
  4. Comment gérer une scission possible?
  5. Quelles sont en général les voies du progrès pour l’UDPS?

1. L’état des lieux

Les deux années passées ont été sûrement les plus difficiles de l’UDPS depuis sa création le 15 février 1982. Il faut dire que « l’investiture » de  M. Etienne Tshisekedi comme président de la RDC n’a point aidé la crédibilité du parti à l’intérieur comme à l’extérieure du pays. 

Il est  vrai que la  maladie persistante de M. Tshisekedi, même alors non acceptée vraiment par le parti, n’a point favorisé cet état des choses.

Mais, surtout les démarches récemment engagées par Félix Tshisekedi  et Bruno Mavungu, dénoncées dans ce document, ont  encore enfoncé l’UDPS dans un anachronisme et un amateurisme  sans  comparaison dans son histoire déjà glorieuse dans la lutte contre les dictatures en RDC.

Nous avons fait allusion à l’incompétence actuelle dans l’UDPS dans nos précédents écrits. Sous le titre « Le mal congolais », nous disions  ceci : «Le mal congolais, c’est l’incompétence et l’ignorance de ce fait dans le chef de la majorité d’acteurs politiques», parlant de l’opposition et du pouvoir(2).

Nous sommes satisfaits de la position de la base de l’UDPS qui accepte avec nous que les actes posés par ceux qui effectivement dirigent  leur parti  en ces jours sont entre autres du ressort de l’incompétence.

La chose la plus ridicule a été sûrement  la collecte des signatures à l’intention du président Barack  Obama.  Même si l’acte a été une manipulation des masses, il a démontré  une ignorance de la part de ses concepteurs.

Un simple coup d’œil sur le portail internet de la Maison Blanche allait leur apprendre que ce processus de collecte de pétitions appelé « we the people », c'est-à-dire « nous le peuple » ne concerne que les citoyens américains et  leur gouvernement.

La suspension de cadres du parti,  dont  M. Claude Iluju Kiringa en date du 1er août 2014 «pour manquement de discipline» et son remplacement par M. Paul Balebela (comme intérimaire), constitue un acte d’usurpation de pouvoir de la part M. Félix Tshisekedi.

Aujourd’hui, l’UDPS, comme la RDC, se trouve dans une impasse.  L’éloignement de la scène politique  et l’état végétatif politique de M.  Etienne Tshisekedi  ont trop duré. La situation  sclérosante pour la bonne marche du parti et du pays perdure, de sérieux événements secouent la nation qui semble être au bord du gouffre et les échéances électorales s’approchent vite.

L’UDPS devra se réveiller rapidement et bien. Après la période post-convulsive des années Mobutu, la paralysie démocratique du pays  persiste et surtout l’incompétence de beaucoup de dirigeants du pays continue d’opérer dans un magma de déboires du peuple.

Les moments interminables de désespérance de celui-ci devront rapidement être tournés en une phase nouvelle d’espoir pour tous et d’émergence d’une nation forte et prospère au cœur de l’Afrique. Le standstill politique doit faire place à une avancée rapide vers la démocratie et le bon fonctionnement des institutions de l’Etat.

Le pays est depuis des mois  entre deux gouvernements. Le présent dont les membres continuent d’« expédier les affaires courantes » alors qu’ils ont déjà perçu  leurs indemnités de sortie, et le prochain qui demeure encore un leurre.

Un ami,  qui s’était embourbé  dans les rangs du M23, aujourd’hui repenti, me dit depuis des mois que le prochain  gouvernement ne sera pas nommé   tant que le M23 n’arrivera pas à un accord sur ce faire avec le président Joseph Kabila. Celui-ci leur aurait proposé quatre postes ministériels mais ceci serait loin de satisfaire leurs revendications. 

Est-ce la cause du blocage dans ce processus  vers ce fameux gouvernement de  « cohésion nationale » ? C’est une possibilité.

Une  réalité  pour M. Joseph Kabila  est que, comme son père jadis, il se  trouve encore entre le marteau de la classe politique de Kinshasa et l’enclume de ces anciens amis de l’ AFDL, CNDP et les autres Banyamulenge  qui l’ont soutenu d’une façon ou d’une autre.

Sans oublier la gué-guerre des Katangais autour de lui, à laquelle s’ajouterait celle des Kivutiens, sans aussi oublier la place et la position des Bandundois, transfuges de «yandi ve », qui lui a accordé une «légitimité électorale».

Pour les Kabila, le chemin à la direction du pays est comme qui dirait un passage de Charybde en Scylla. Ce passage a occasionné  la fatalité de son père. Ce n’est point un chemin agréable. Cette mort triste qui a privé le pays d’un leader nationaliste de la trempe de son mentor Patrice Emery Lumumba. 

Dans l’entre-temps, ce qui est devenu presqu’un simple slogan « Tshisekedi président élu de la RDC »  est comme un chapitre du  « village dans le nuage » de Christophe Izard.

2.  Vers une scission ?

La situation actuelle que traverse l’UDPS a ses prémices dans les textes de loi organique du parti issus du congrès de Kinshasa de 2010, notamment « les statuts modifiés et complétés’ » 

Il a été constaté qu’« il devenait impérieux de moderniser le parti, de doter l’UDPS des moyens adéquats et souples afin d’appliquer efficacement son projet de société ».  

Les reformes entreprises ont aboutit entre autres à l’incorporation des attributions du Secrétariat national dans la présidence pour « renforcer l’exécutif national et mettre fin au bicéphalisme ».

Loin de l’effet voulu de moderniser et de promouvoir la démocratie au sein du parti,  la nouvelle loi organique a plutôt créé un système qui concentre trop de pouvoir au président du parti.

Comme « icing on the cake » comme disent les anglophones (la cerise sur le gâteau, chez les francophones), l’article 18 des statuts du parti lui ajoute un autre pouvoir, celui d’être consulté si le congrès extraordinaire doit être convoqué à la demande d’un tiers de fédérations. 

La structuration, qui a conduit à la suppression des organes « Collège de Fondateurs », « Comite national » en tant qu’organe de contrôle et la création d’un nouvel organe « de concertation des responsables des organes du parti », la Convention démocratique du parti (CDP), a aboli un mécanisme de contrebalance du pouvoir du président du parti.

La CDP, comme organe de contrôle, aurait pu constituer un organe viable si l’UDPS avait participé dans les instances nationales du pouvoir. Du fait de sa constitution -  premièrement, de députés nationaux, sénateurs sur la liste du parti, ministres et mandataires du parti et placé directement derrière la présidence dans l’organigramme du parti -, le défaut de matérialisation de cet organe a créé un vide important pour un fonctionnement adéquat des institutions au sein de l’UDPS.

Le président et les membres de la présidence dont M. Félix Tshisekedi (quand le président ne sait plus exercer son leadership) ne sont en fait redevables vis-à-vis de personne, le congrès ne se réunissant que tous les cinq ans. En plus, le président nomme et révoque presque tout le monde. 

Une autre disposition de textes de loi  relative à l’intérim du président du parti, article 27, stipule ceci : « En cas de décès, de démission, d’empêchement définitif du président du parti, le président de la Convention démocratique assume son intérim (…) ».

Cette disposition, ignorant un empêchement assez long pour paralyser le fonctionnement du parti, comme c’est le cas aujourd’hui, ajoute à l’imbroglio.

C’est donc de toute cette situation dans l’organisation de l’UDPS que M. Félix tire profit. Ainsi, en s’emparant du rôle de président du parti, il peut régner presqu’en maître absolu.

En fait, les textes qui régissent  l’UDPS fait de son président un vrai  « lider maximo ». Le terme lider ou  leader maximo est un terme négatif, inventé par les anti-Castro (Fidel)  pour marquer le fait qu’ils le considéraient comme un dictateur qui avait le maximum de pouvoir.

La déclaration de la base ouvrant la voie à une possible scission de l’UDPS, nous risquons donc bientôt de nous retrouver avec deux ou trois UDPS. Avec cette lancée en  boulet de canon, il est invraisemblable de voir  Félix retrouver les rangs et se conformer  aux règles du parti pour un but commun.

3. Comment préserver l’unité du parti

La base de l’UDPS peut chercher à éviter une scission en cherchant une médiation des parrains politiques du parti, s’ils existent.

De toute façon, malgré les foules amassées lors de ses passages entre autres au Kasaï et au Katanga, Félix Tshisekedi a autant d’ennemis que d’amis au pays et à l’étranger. Et, surtout, il n’a pas le profil nécessaire pour diriger un parti comme l’UDPS.

Déjà, les officiels du Département d’Etat américain, que j’ai rencontrés  en février 2014, ne lui attribuent aucun poids politique majeur.  Il en va de même pour Bruno Mavungu au poste de Secrétaire général de ce grand parti. Le congrès extraordinaire devra trancher sur leur cas.

La non-soumission aux décisions et recommandations du congrès sur leurs positions futures au sein du parti devrait amener à leur isolement rapide. Avec Félix qui se considère « Heir to the throne », l’unité du parti pourra s’obtenir par ce que j’appelle une seconde intention, c'est-à-dire sa révocation dans le fait et son positionnement dans un autre poste de responsabilité au sein du parti dans le futur.

 Il a sûrement un grand rôle à jouer dans ce parti s’il sait se conformer aux normes établies.

4. Gérer une scission éventuelle

Comme dit ci-haut, avec  le momentum pris par M. Félix Tshisekedi dans ses démarches d’hériter l’imperium au sein du parti, il  faudrait déjà réfléchir sur « comment résoudre cette crise ».

Dans tous les cas, l’UDPS  ne sera pas le premier cas dans l’histoire des grands partis politiques du monde à connaitre une scission. L’histoire politique française, par exemple, est pleine de scissions des partis de Gauche comme de Droite. Mon ami Emmanuel Nkunzumwami, candidat à la présidence du parti  UMP, peut vous en raconter des récits.

Gérer la scission sera facile du moment où l’aile de la base, initiatrice de cette déclaration, continuera sûrement dans la démarche de la démocratisation, la modernisation  et  de la bonne gouvernance du parti. Le succès ici passe par ce que j’appelle les voies du progrès pour l’UDPS.

5.  Les voies du progrès

Le parti, qui milite pour le progrès social en RDC, doit suivre certaines voies pour son propre progrès. Celles-ci passent premièrement par une modernisation et une vraie démocratisation des structures du parti. 

La notion de « leader maximo », c'est-à-dire une notion patriarcale du leader, devra cesser. Cela va de soi pour tous les grands partis politiques de la RDC.

Une élection digne à la tête du parti, avec encouragement de plusieurs candidats si possible, et une élection des présidents des fédérations sont recommandables. Démocratie implique  participation des membres dans le processus démocratique.

Si les millions de membres de l’UDPS ne peuvent pas être grands électeurs pour élire le président suprême lors des congrès du parti, élire les présidents de leurs fédérations est une bonne pratique de la démocratie au sein du parti.

Aux congrès, toutes les cinq années, devront être ajoutées  des conventions annuelles ou  bi-annuelles effectives pour accroître la redevabilité du président du parti et de son équipe. 

Les discussions sur le programme d’un éventuel gouvernement de l’UDPS devront  cesser de demeurer des dossiers secrets. Dans les démocraties modernes, ce qu’on appelle « policies » sont généralement du domaine public pour accroître l’attrait vers le parti par la persuasion. Ceci  permettra aussi un examen minutieux de la part du public et des medias. Cela va de soi aussi pour  tous les partis politiques du pays.

Dans le cas particulier de la crise actuelle, il faudrait concrétiser le verbe par le fait. Les leaders des signataires du document de novembre 2014 devraient d’urgence convoquer, et cela  à tout prix, un congrès extraordinaire avec ou sans consultation du président du parti.

Ce congrès devra légitimer les décisions prises, à savoir la révocation de  M. Félix Tshisekedi et M. Bruno Mavungu de leurs postes respectifs au sein de la présidence du parti, et surtout élire un président ad intérim. Il aura aussi pour tâche de redéfinir la politique générale du parti face aux enjeux actuels.

Il faudrait au parti de disposer de moyens de sa politique. Une considération  importante devra être faite sur la réintégration au sein du parti  du groupe parlementaire de l’UDPS dirigé par le député Samy Badibanga.

Comme je l’ai dit plusieurs fois au professeur  Vangu Willy Mboyo-Di-Tamba et dernièrement encore à M. Claude Kiringa, éminents membres de l’UDPS encore un peu dans l’ombre, l’heure a sonné pour eux  et autres grands activistes comme M. Valentin Mubake de prendre leurs responsabilités devant l’histoire  pour le bien de la RDC.

Le devenir politique de la RDC dépend encore beaucoup de la performance de l’UDPS. Comme dans une course de relais, sûrement qu’il est temps pour M. Etienne Tshisekedi de passer le bâton aux autres.

Cet homme, sous la direction de qui j’ai milité dans l’USORAL, est un véritable héros national encore vivant. Il a livré une bataille de géant. A 82 ans, il lui faut un repos bien mérité.

Dans la couse de relais, on sélectionne les meilleurs athlètes pour le grand prix, surtout le dernier de la rangée pour la ligne d’arrivée. Pour ce faire, malgré toute la sympathie qu’on peut avoir pour M. Félix Tshisekedi et M. Bruno Mavungu, ils ont encore un chemin à faire pour mériter  les postes qu’ils occupent dans la direction de l’UDPS.

Apres les autres géants, Kibassa, Mbwankiem, Lihau …, il est plus que temps pour l’UDPS de réinventer son avenir, ce futur est déjà ces jours que nous vivons.

Sortir le Congo de la pauvreté en notre génération est  le mot d’ordre. Sinon, l’UDPS doit ne pas avoir honte de faire appel, comme le font de grands partis du monde, à des experts pouvant les aider à s’en sortir…

Ref : (1), (2) Lire mes précédents écrits sur www.kamotocentre.com