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RDC : Patrice LUMUMBA avant et après

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Même si la grogne avait gagné en intensité depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, personne ne se rêvait à obtenir l’indépendance immédiatement au Congo belge. De plus, les revendications éparses n’épousaient pas partout le même objectif du fait d’une population congolaise largement hétéroclite (composée des évolués, de religieux, de militaires, d’ouvriers, de paysans…). De surcroît, le découpage ethnique opéré par le Bureau International d’ethnographie avait alimenté de grandes rivalités au sein du pays.

Pourtant, difficile d’oublier le mouvement de décolonisation qui s’était déclenché après 1945. Vécu comme un reliquat, l’impérialisme occidental allait peu à peu dépérir sous le coup des luttes des pays colonisés. Ainsi la dynamique initiée en Asie (indépendances successives de l’Inde, du Pakistan, des Philippines, de la Birmanie) allait se propager en Afrique du Nord avec le Maroc, la Tunisie puis l’Algérie. Une chaîne de radio surnommée la Voix de l’Afrique porta ses ondes jusqu’au Congo.

Pour faire face à l’agitation croissante, Bruxelles organisa en 1957 des élections à Léopoldville, Elisabethville et Jadotville où tous les hommes adultes pouvaient voter. Le vote était un moyen de légitimer le pouvoir en place dans un pays de 14 millions d’habitants qui commençait peu à peu à connaître les méfaits du chômage et d’une politique urbaine ségrégationniste.

En 1958, l’Exposition universelle de Bruxelles permit à des centaines de Congolais qui avaient fait le voyage de se découvrir mutuellement –en raison de barrières à la mobilité à l’intérieur de leur pays- mais aussi de découvrir le visage d’une autre Belgique, où la pauvreté côtoyait le faste des palais royaux. Alors que la guerre d’Algérie atteignait son paroxysme et que le Ghana avait accédé à l’indépendance, le Congolais Patrice Lumumba fonda en octobre 1958 un parti politique nommé le Mouvement national congolais. Cet homme vif et rapide manifestait une grande méfiance à l’endroit de l’Etat belge et prônait l’avènement d’un Congo unitaire.

Le 4 janvier 1959, un match du championnat de football inaugura une poussée de violence dans Léopoldville (alors peuplé de quatre cent mille habitants) où des Congolais mirent à sac tous les symboles belges. Après quatre jours de combat contre l’armée, on ne dénombra pas moins de 47 morts et cinq fois plus de blessés. Le roi Baudouin fit la semaine suivante un discours dans lequel il promit l’indépendance rapide du Congo.

Joseph Kasavubu, leader d’un parti politique appelé l’Abako, appela à la désobéissance civile et à la résistance pacifique tout en souhaitant la création d’un Etat fédéral indépendant. Le troisième grand parti de l’époque était le Conakat de Moïse Tshombe qui, moins radical que les deux autres (en comptant le MNC de Lumumba), optait pour la solution fédéraliste.

Une Table ronde avec des officiels belges et les principaux représentants congolaise se tint au palais des Congrès de Bruxelles le 20 janvier 1960. Sous la demande pressante de Lumumba, la date du 1er janvier 1960 fut retenue pour l’accès à l’indépendance. Il restait quatre mois pour édifier un Etat viable et effectuer la passation de pouvoir. Les Belges s’évertuèrent à garder main basse sur l’économie du nouvel Etat en privatisant des pans entiers de l’industrie (dont la gigantesque Union minière).

Les élections de mai 1960 assirent l’ancrage de Kasavubu à l’ouest, de Lumumba au nord-est et de Tshombe à l’extrême sud, mais pas un seul parti n’obtint la majorité absolue au nouveau Parlement. Une coalition naquit le 23 juin en portant de grandes dissensions.  Si le gouvernement héritait d’un pays bien doté en infrastructure, fortement alphabétisé et riche d’une industrie puissante, il manquait cruellement de diplômés de l’université et de cadres: on ne comptait pas un seul médecin indigène, pas un seul ingénieur, juriste, agronome ou économiste assermenté au Congo.

La décolonisation fut par conséquent une véritable fuite en avant que personne ne pouvait maîtriser. La décolonisation commençait bien trop tard, l’indépendance arrivait bien trop tôt.

Lumumba était détesté de son vivant aussi bien par les puissances occidentales, qui l'accusaient d'être communiste, que par leurs pantins, leaders politiques congolais. Mais, il fut unanimement regretté après sa mort. Un symbole anticolonialiste venait de mourir. Cela fit un tel scandale au pays et dans le monde que Mobutu, celui-là même qui l'a livré, le proclama, en 1966, héros national.

Lumumba fut le symbole de la lutte anti-coloniale.

Il désirait instaurer pour le futur Congo indépendant:

- L'unité nationale congolaise

- Le pluralisme politique

- partisan du panafricanisme et du non alignement.

La mort de Patrice Lumumba : Chronologie

23 juin 1960. M. Lumumba présente son gouvernement d’union nationale à la Chambre. L’investiture est votée par 74 voix sur 137 membres.

24 juin 1960. Investiture au Sénat par 60 voix contre 12 et 8 abstentions.

29 juin 1960. Signature du traité d’amitié avec la Belgique.

12 juillet 1960. Premier appel du président Kasa-Vubu et Lumumba à l’aide militaire de l’Onu.

14 juillet 1960. Décision commune de Kasa-Vubu et Lumumba concernant la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique.

5 septembre 1960. Rupture entre le chef de l’Etat Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba.

12 septembre 1960. Arrestation de Premier ministre Lumumba par la gendarmerie suivie d’une mise en liberté sur ordre du commandant de l’Anc.

14 décembre 1960. Neutralisation des chefs politiques par le colonel Mobutu. Menacé par des militaires baluba du Kasai, Lumumba sollicite la protection de l’Onu. Le même jour, Kasa-Vubu et Iléo prient l’Onuc d’arrêter M. Lumumba. L’Onuc s’y refuse.

19 septembre 1960. Proclamation du Collège des Commissaires. Echec des essais de réconciliation entre Kasa-Vubu et Lumumba.

10 octobre 1960. Lumumba est obligé de se terrer dans sa Résidence (contrôle Anc et protection de l’Onuc). Des représentants de l’Anc produisent à l’Onuc un mandat d’arrêt contre Patrice Lumumba, député).

11 octobre 1960. Arrestation de M. Finant, président du gouvernement provincial de la province Orientale par l’Anc, Mobutu. L’Anc tente d’arrêter Lumumba à Léopoldville.

14 octobre 1960. Arrivée de Gizenga à Stanleyville.

12-13 novembre 1960. Gizenga contrôle la situation à Stanleyville.

27 novembre 1960. Lumumba quitte sa résidence de Léopoldville vers 22 heures, annonce « un voyage à caractère strictement familial de durée limitée » et cherche à gagner Stanleyville. MM. Gbenye, Mbuy, Mpolo, Kashamura, Okito, Mujanay quittent Léopoldville au cours de la même nuit.

29 novembre 1960. La présence de Lumumba est signalée dans la région de Kikwit. Les recherches sont dirigées par M. Gilbert Pongo, inspecteur de la sûreté, qui bénéfice d’un avion piloté par un spécialiste des vols de reconnaissance à basse altitude.

30 novembre – 1er décembre 1960. Arrestation des compagnons de fuite de Lumumba, puis du Premier ministre, près de Mweka; avec l’appui de l’administration territoriale locale. Les militaires de Port-Francqui (Ilebo) envoyés à Bulona-Mweka menacent de tuer leur prisonnier si Léopoldville ne les prend pas en charge dans les quatorze heures. Invité à transférer M. Lumumba au Katanga, Pongo applique les instructions de son chef, Nendaka, et assure le transfert à Léopoldville. Avant le transfert, les prisonniers sont molestés.

5 décembre 1960. A 17 heures, un avion d’Air Congo débarque Lumumba et ses compagnons à Ndjili. Maltraités par des soldats et par des témoins les prisonniers sont conduits au camp Kokolo.

3 décembre 1960. Transfert des prisonniers au camp Hardy à Thsysville (Bas-Congo) sous forte escorte; intervention de M. Hammarskjöld (secrétaire général de l’Onu) auprès de M. Kasa-Vubu (répétée le 5 décembre) pour le respect de la légalité et des règles universelles d’humanité dans l’affaire Lumumba.

7 décembre 1960. Dans sa réponse à M. Dag Hammarskjöld, Kasa-Vubu promet un déroulement correct du procès de Lumumba et prie les pays étrangers de « cesser toute campagne, toute agitation, toute intervention en faveur de Lumumba ».

4 janvier 1961. Lettre de Lumumba à Dayal de l’Onu décrivant « les conditions absolument impossibles et contraires à la loi » de sa détention.

8 janvier 1961. Pongo, prisonnier à Stanleyville, propose l’échange des militaires de l’Anc-Mobutu prisonniers et de lui-même contre la libération de MM Lumumba, Fataki et Finant. L’autorité civile locale de Thysville souhaite un transfert de M. Lumumba vers une autre localité.

9 janvier 1961. A Léopoldville, projet de transfert de Lumumba au fort de Singa (Boma).

13 janvier 1961. Remous parmi les mitaires de Thysville pour une question de soldes. MM. Kasa-Vubu, Bomboko, Nendaka et le colonel Mobutu se rendent sur place. Les prisonniers (sauf M. Lumumba) manifestent pour voir le chef de l’Etat et parviennent à sortir momentanément des pièces où ils sont enfermés. Lumumba reste dans sa cellule. Selon certains témoignages, celle-ci aurait été ouverte par un militaire, mais l’agitation qui régnait dans le camp et la présence de groupes hostiles persuadèrent Lumumba de ne pas la quitter.

17 janvier 1961. Assassinat de Patrice-Emery Lumumba et ses compagnons

[Richard LUMUMBA]