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RDC : « Joseph KABILA » exhibe ses biceps

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La commémoration du 54ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance est une aubaine pour «Joseph Kabila». Attaqué par ses opposants radicaux et la «communauté internationale», l’homme semble avoir trouvé l’occasion d’exhiber ses biceps. Pour certains analystes, c’est un «message fort» du genre « j’y suis, j’y reste! » que le locataire du Palais de la nation destine à ses critiques. Secrétaire national chargé des relations extérieures de l’UDPS, Félix Tshisekedi Tshilombo relative la portée de l’événement. 

Le Congo démocratique commémore, ce lundi 30 juin, le 54ème anniversaire de la proclamation de son indépendance. Des défilés militaires sont prévus dans les provinces «en vue de fêter ce grand événement», indique une dépêche de l’Agence congolaise de presse.

A Kinshasa, une parade militaire aura lieu à la «Place du Cinquantenaire», situé sur le boulevard Triomphal. Samedi 28 juin, des informations difficiles à vérifier en provenance de la capitale congolaise faisaient état d’une «présence anormale» des militaires à des endroits névralgiques de cette ville. 

Rumeurs ou pas, on apprenait également que des «soldats rwandais» auraient été aperçus dans plusieurs hôtels. « C’est le cas notamment de l’hôtel Venus », précisait un voyageur en provenance de Kin. « Des soldats et policiers multiplient les derniers entrainements en prévision du défilé qui se déroulera sur ce boulevard », précise, pour sa part, la dépêche de l’ACP. Ajoutant : «La tribune de la Place du Cinquantenaire est peinte en couleurs nationales : bleue, rouge et jaune et un tapis rouge est déjà déroulé devant l’endroit où le chef de l’Etat se mettra avec ses hôtes de marque ». De même, la Place du Cinquantenaire est quadrillée par des éléments de la garde prétorienne de «Joseph Kabila» dite «Garde républicaine».

L’ACP indique par ailleurs que le portrait de «Joseph Kabila» et ceux de ses trois prédécesseurs en l’occurrence Joseph Kasa Vubu, Mobutu Sese Seko et Laurent-Désiré Kabila sont déployés « en face de la tribune, du haut du Palais du peuple ». Sans oublier l’effigie du tout premier chef du gouvernement congolais Patrice-Emery Lumumba. "Joseph" se découvre ainsi une vocation tardive de "réconciliateur" alors qu’il n’a cessé de "gouverner" ce pays en s’appuyant sur un groupe des Congolais contre d’autres.

Réactions

Depuis la grande parade militaire dite du «Cinquantenaire» organisée le 30 juin 2010 à l’occasion du 50ème anniversaire de la naissance du Congo indépendant, aucune manifestation du genre n’a plus été organisée. Pourquoi une telle exhibition au moment où «Joseph Kabila» voit son fauteuil tanguer de manière sans précédent ? «C’est une démonstration de force pour intimider la population et les opposants», commente un analyste jointe au téléphone à Kinshasa. «Joseph Kabila entend envoyer un message clair tant à ses opposants radicaux qu’à la communauté internationale : j’y suis, j’y reste !».

Des sources bien informées indiquent que le «raïs» a commandé récemment un véritable arsenal auprès de certaines républiques de l’ex-URSS. « C’est l’occasion pour le successeur de Mzee de montrer ses nouveaux jouets», ironisait, dimanche, un activiste politique de la diaspora congolaise de Belgique. Reprenant son sérieux, l’homme d’ajouter : «Il est clair que Joseph Kabila ne quittera le pouvoir que par la force des armes ».

Secrétaire national chargé des Relations extérieures de l’UDPS, Félix Tshisekedi Tshilombo relativise la portée de l’événement. Démonstration de force de la part de « Joseph Kabila » ? «Démonstration de force par rapport à quoi et à qui?, commence-t-il par s’interroger. Je ne pense pas qu’il s’agit d’une démonstration de force. Nous ne sommes pas en guerre pour montrer aux forces ennemies que le Congo a du répondant. On n’a pas besoin de déployer ses biceps dans une bataille qui est essentiellement politico-diplomatique». 

«Cette armée qui va défiler ce 30 juin, ajoute-t-il, est réputée pour son inefficacité sur le terrain faute de moyens. Il est connu que c’est la brigade internationale des Nations Unies qui fait tout le travail. A l’image des FARDC, les troupes congolaises déployées en Centrafrique sont abandonnées à leur triste sort». 

Pour «Félix», si le défilé de ce lundi 30 juin avait pour but de faire une «démonstration de force», la démarche risque d’être un « coup d’épée dans l’eau ». «Cette parade militaire n’impressionnera personne», souligne-t-il en relevant que les pressions exercées sur « Joseph Kabila » et le président de la Commission électorale nationale indépendante «produisent des effets». «Malumalu a accepté d’élaborer un calendrier global des élections comme le propose la communauté internationale et les forces de l’opposition, dit-il. La session extraordinaire du Parlement n’a pas eu lieu. Il en est de même de la convocation de deux chambres en congrès en vue d’ouvrir la voie à une révision constitutionnelle. Le fameux gouvernement de cohésion nationale n’est toujours pas là. C’est la preuve que le pouvoir recule en dépit de l’exhibition des muscles. Et ça va continuer… ». 

Politique de terre brûlée

Le 19 décembre 2016 marquera la fin du second et dernier mandat de «Joseph Kabila». Depuis bientôt une année, des personnalités de la « majorité présidentielle» clament haut et fort la volonté de la mouvance kabiliste de conserver le pouvoir. C’est le cas notamment d’Evariste Boshab, secrétaire général du PPRD, qui l’a dit notamment lors du congrès tenu en avril dernier à Mbandaka. C’est également le cas de Claude Mashala, secrétaire national du PPRD. Celui-ci estime qu’il faut purement et simplement changer de Constitution. Au motif que la loi fondamentale promulguée en février 2006 serait l’œuvre des ex-belligérants dont les mains seraient, selon lui, «tâchées de sang».

Dans son allocution prononcée le 23 octobre 2013, «Kabila» a demandé à la Ceni ainsi qu’aux deux chambres du Parlement d’examiner la possibilité de changer le mode de scrutin pour l’élection des députés provinciaux. L’objectif consiste à instaurer le suffrage universel indirect « pour des raisons économiques ». Ses ambitions pour 2016 ? Pas un mot.

Des informations difficiles à vérifier ont laissé entendre un moment donné que «Joseph» rêvait d’une solution du genre Poutine/Medvedev. Empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat successif, Vladimir Poutine avait « laissé » le poste de président de la République de Russie à son homme-lige Dmitri Medvedev devenant le Premier ministre de celui-ci durant une législature. Qui serait le Medvedev congolais? Selon des sources, 

«Joseph» pensait le plus sérieusement à son épouse Marie-Olive Lembe di Sita. Plus personne n’évoque ce scénario. Dans un « plan B », le « raïs » escomptait obtenir un rallonge de son mandat en cours en prenant pour prétexte le recensement de la population. "Joseph Kabila a peur de son avenir après la Présidence, assure un agent de l’Agence nationale de renseignements. "Il pourrait recourir à la politique de terre brûlée avant de céder son fauteuil...".

"Un régime ami"

Le 4 mai dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry est "descendu" à Kinshasa afin de signifier au satrape congolais que « deux mandats, ça suffit » et qu’il doit respecter la Constitution. «Pour garantir la stabilité de ce pays, la Constitution doit être respectée », soulignait, devant la presse, le sénateur Russel Feingold, envoyé spécial des Etats-Unis pour la Région des Grands lacs. 

Dans une interview accordée au « Soir » de Bruxelles daté du 26 juin 2014, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo dit avoir remis le Congo-Kinshasa «en ordre de marche». Après avoir ironisé sur les 30 millions $US promis par Kerry pour les élections, le « Premier » congolais a semblé relayer la pensée de « Joseph Kabila » : «J’aimerais que les envoyés spéciaux de la communauté internationale accordent autant d’attention aux scrutins qui doivent, au même moment que chez nous, se dérouler dans plusieurs pays voisins. Mais jusqu’ici, c’est le silence… ». 

«Kabila» et Matata feignent d’ignorer que les Etats-Unis constituent le premier contributeur au budget de la Mission onusienne au Congo. Et que, les forces onusiennes ne sont pas déployées dans les autres pays d’Afrique centrale. 

L’évolution de la situation politique au Congo démocratique est suivie attentivement par l’Ouganda de Yoweri Museveni et le Rwanda de Paul Kagame. «Joseph Kabila» incarne le «régime ami» qu’ils ont toujours voulu installer à Kinshasa afin de garantir la sécurité de leurs pays respectifs. L’éviction de "Joseph" serait une catastrophe dans la mesure où ils predraient la mainmise sur l’ex-Zaïre. Il n’est pas exclu que l’idée d’une parade militaire ait été soufflé au « raïs » par son mentor de Kigali. Une manière de faire desserrer l’étau politico-diplomatique. «Joseph Kabila est conscient que ceux qui l’ont placé au pouvoir disposent des moyens pour l’évincer», estime Félix Tshisekedi Tshilombo.

Baudouin Amba Wetshi