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Opposition en RDC : Union dans la division

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Une plate-forme des radicaux de l’opposition radicale et d’une frange de la société civile vient de voir le jour, officiellement pour barrer la route à Joseph Kabila en 2016. Initiée par l’Occident sous la modération de Martin Kobler et à la faveur du récent ballet diplomatique des envoyés spéciaux de l’Occident, ce rassemblement se présente plutôt comme un paravent d’une offensive politico-économique pour les occidentaux en quête d’un repositionnement dans les pays africains afin de contrebalancer la présence des pays émergents comme la Chine.

En clair, l’opposition se laisse instrumentaliser en offrant elle-même les armes de cette instrumentalisation par son incapacité à fédérer sincèrement ses ambitions éparses autour d’une cause réellement congolaise…

Annoncée en début de semaine, le rassemblement des partis de l’opposition et d’une frange de la société civile vient de voir le jour. Il réunit 34 partis politique et Ong de la société civile. On y retrouve, de manière inattendue, des partis comme l’Udps aux côtés de l’Unc, l’Ecidé, le MPCR, le Fonus, etc.

Pour ce qui est de la l’animation de la plate-forme, les sociétaires auraient convenu de l’option d’une direction tournante pour contourner les egos des uns et des autres, difficulté qui a toujours fait échouer les initiatives précédentes d’une union des forces de l’opposition.

Trop divisés pour s’unir…

Cette nouvelle union des forces de l’opposition se veut, selon nos sources, une coalition anti-Kabila qui vise à barrer la route à tout projet de modification de la constitution et, particulièrement, contre une représentation du Président Kabila aux prochaines élections en vue d’un troisième mandat.

Association momentanée, mouvement pour un combat en profondeur ou simple stratégie situationniste ? Question sans prix pour quiconque connaît la classe politique congolaise, surtout sa frange de l’opposition. Ce n’est, en effet, pas la première fois que l’opposition tente de s’unir pour cette même cause ou une autre dans le genre. La plus importante opportunité fut l’élection présidentielle de 2011. L’orgueil surdimensionné des uns et des autres, et la lutte farouche de leadership l’avait emportés sur la cause censée commune qu’est le peuple congolais. Personne, d’ailleurs, ne donnait la moindre chance à une telle union pour cette même opposition qui peine, depuis plus de 8 ans, à se désigner un porte-parole conformément à la loi portant organisation et fonctionnement de l’opposition pourtant initiée par elle-même lors de la première législature de 2006.

Pire encore, en 2011, l’opposition était sortie plus que divisée des élections, avec des inimitiés allant au-delà du choc des ambitions. Et l’on se demande bien combien de temps pourra durer cette association, alors que certains de ses sociétaires, tels que l’Udps et l’Unc, sont traversés par des crises internes qui émoussent leur influence au sein de l’opinion.

Une coalition de l’étranger

Des interrogations sont aussi suscitées par l’origine même de cette intiative de rassemblement de l’opposition autour de la cause indiquée plus haut, à savoir : barrer la route à Joseph Kabila. Ce rassemblement, indique des sources introduites, est le fruit des consultations menées par le patron de la Monusco, Martin Kobler, et finalisée par d’autres émissaires occidentaux dont Ross Feingold, envoyé spécial des USA pour la région des grands Lacs.

Vu sous cet angle, on comprend vite que nos opposants sont partis pour jouer une partition écrite à l’étranger et qui a certainement un agenda sans rapport avec les ambitions des uns et des autres. La manière dont l’opposition s’est rendue – chacun avec son mémorandum - auprès des émissaires étrangers a donné à ceux-ci la mesure de ce que l’on ne saura jamais attendre d’eux. Ces émissaires ont, alors, compris qu’au moins, au regard d’une telle démarche en ordre dispersé, l’opposition serait un bon porteur d’un agenda à développer sur le terreau d’une cause voulue commune.

L’opposition n’a, en effet, pas compris que l’Occident, qui évolue aussi en ordre dispersé en raison des ambitions divergentes, est en pleine conquête de l’Afrique devenue, plus que jamais, un marché pour faire prospérer les investissements et servir de déboucher. Après s’être trop longtemps concentré uniquement sur la lutte contre le terrorisme, l’Occident s’est réveillé sur une nouvelle réalité économique marquée par une percée foudroyante de la Chine de l’Inde et d’autres pays émergents qui ont envahi les marchés africains avec un nouveau concept de gagnant – gagnant.

La reconquête escomptée de ces marchés passe aussi pour une reconquête des pouvoirs. Et en RDC, cette stratégie ne peut prospérer que sur le terreau des ambitions d’une opposition trop divisée par mener à bien un combat qui n’en est pas un puisque ses sociétaires ne sont pas prêts à fédérer leurs ambitions pour sublimer une éventuelle cause commune de laquelle triompherait l’intérêt de ces Congolais pour qui chacun prétend se sacrifier. Bref, on peut déjà prédire qu’encore une fois, ce sont les Congolais qui vont être le dindon de la farce lorsqu’on se rendra compte que les Occidentaux les ont roulés dans la farine avec la complicité de leurs propres leaders.

De là à dire que, volontairement ou involontairement, l’opposition s’est mis au service de l’étranger, il n’y a qu’un pas.

L’opposition porteuse de l’agenda de l’Occident ?

L’expérience de l’opposition sous Mobutu est pourtant encore vivace dans les mémoires pour que celle-ci ne retombe pas dans les mêmes pièges. Pendant longtemps, en effet, les chancelleries occidentales, comme l’ambassade des USA qui, sous la direction de Melissa Wells, chouchoutait Etienne Tshisekedi, non pas pour le préparer à reprendre les rennes du pouvoir, mais bien pour affaiblir Mobutu et obtenir de lui certaines ouvertures.

Qu’est-ce qui dit que les parrains occidentaux de l’opposition ne chercheraient pas qu’à s’armer pour faire fléchir, d’une manière ou d’une autre, un Joseph Kabila qui a pourtant encore plus de deux ans de mandat constitutionnel ? En effet, le mandat présidentiel actuel a encore plus de deux ans à assumer avant l’échéance de 2016. Le débat actuel sur la prolongation ou pas de ce mandat, ou bien sur l’ouverture à la possibilité d’un troisième mandat, n’est fondée que sur un vaste procès d’intention sans aucun soubassement des faits.

Il est difficile de voir les Occidentaux s’engager sur un ban de spéculations, alors que, de l’autre côté, l’on observe des embellies sécuritaires et économiques qui offrent de nouvelles opportunités pour des investissements. Déjà, l’on voit sous nos yeux comment l’Occident fait la cour à l’Afrique. Chacun organise son sommet avec l’Afrique à l’instar de celui de la France et, prochainement, celui de la Maison Blanche. Et dans son état actuel, l’opposition, qui est censé reprendre le pouvoir de plus de deux ans, est loin, très loin d’offrir des garanties que l’Occident peut avoir avec les pouvoirs actuellement en place…

Pascal Debré MPOKO