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RDC : Réaction de NGUZ A KARL-I-BOND sur le Gouvernement de cohésion nationale

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Il figure parmi les personnalités historiques de l’histoire de la RDC. Nguz a Karl-i-Bond, né Jean de Dieu, fut d’abord ambassadeur de la RD Congo dans plusieurs pays sous la deuxième République pour finir comme ministre des Affaires étrangères. Durant la transition mobutienne, il a été Premier ministre et le seul à diriger, presque sans transition, les deux grandes familles politiques dans la bipolarisation : l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR) et la mouvance présidentielle. "Le Roi du Katanga ", comme on l’appelait affectueusement, s’invite au débat aujourd’hui, sur des questions d’actualité et surtout sur le Gouvernement de cohésion nationale tant attendu en RD Congo.

Les Congolais demeurent dans la fièvre de l’attente du Gouvernement de cohésion nationale. Pensez-vous que, huit mois après, cela est encore opportun ?

L’opportunité en politique, c’est par rapport à certains paramètres. C’est vrai que huit mois après l’annonce, on est tenté de dire que ce n’est plus opportun. Surtout lorsqu’on sait que certaines raisons qui avaient plaidé en faveur de ce Gouvernement ne sont plus d’actualité. A l’époque, il y avait la guerre avec le M23 qui exigeait que les Congolais forment un bloc face à l’ennemi pour le bouter dehors sans aucune trahison. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Toutes les pressions d’hier, en termes de menaces pour la RDC, étant tombées, on ne devrait logiquement plus parler de cohésion nationale. Mais, sur le plan politique, on ne doit pas facilement laisser une brèche qui permet d’affaiblir l’opposition. Et là, il ne s’agit pas seulement de l’opposition, mais aussi de la société civile et de toutes les deux composantes qui ont mordu à l’hameçon. C’est une bonne occasion.

Mais, cela explique-t-il que l’on mette huit mois pour nommer un Premier ministre et dans l’ensemble du Gouvernement au point que l’attente commence à lasser ?

Très sincèrement, je dois vous dire une chose et je le dis par expérience parce que j’ai été nommé Premier ministre dans des conditions difficiles. Pour nommer un Premier ministre, on tient compte de beaucoup de paramètres. Dans le contexte actuel, on ne peut pas vraiment se passer des dirigeants occidentaux après la contribution de la communauté internationale. Si, officiellement, plusieurs émissaires sont envoyés ces derniers temps pour se prononcer en faveur du Premier ministre Matata, imaginez des pressions officieuses pour son maintien. Entre-temps, le chef de l’Etat subit des pressions de son parti, de sa famille politique, de ses proches … Au-delà de ce tableau, il y a également d’autres formes de pressions. Ce qui ne facilite pas la tâche du chef de l’Etat. Mais, il est aussi vrai qu’en politique, il ne faut jamais attendre que des pressions s’accumulent. C’est pourquoi, généralement, on anticipe parce que plus ça traîne, plus les pressions s’intensifient de partout.

Il n’est pas indiqué de ne pas respecter sa parole lorsqu’on a soi-même promis et que le peuple attend depuis plusieurs mois ?

Je partage ce point de vue, car quand un chef d’Etat promet quelque chose à son peuple, il doit le réaliser dans le délai. Sous cet angle, je ne peux pas comprendre que huit mois après l’annonce au congrès, que l’on en soit encore à demeurer dans une longue et interminable attente. Mais, n’étant pas à la place du chef de l’Etat, je ne peux pas le condamner assez facilement parce qu’il tient certainement compte de plusieurs paramètres …

Vous le dites parce qu’à l’époque, vous aviez trahi vos amis de l’opposition pour prendre le poste de Premier ministre ?

Vous savez, lorsqu’on suit certains évènements de loin, on peut facilement donner raison à ceux qui crient très fort. Vous ne pouvez pas savoir comment, en 1991, Etienne Tshisekedi nous roulait en allant négocier la Primature avec Mobutu, notre ennemi, sans nous en parler et, parfois, pour nier toute démarche lorsque l’affaire s’ébruite et tourne mal. En fait, à ses yeux, il était normal qu’il négocie ce poste et pas normal qu’un autre devienne Premier ministre ! C’est pour cela que Bernardin Mungul Diaka fut le premier à le contourner, avant que je ne le fasse par la suite puisqu’il s’agissait d’un poste convoité par tous. Mais, laissez-moi vous dire que le Gouvernement de cohésion nationale finira par être là et c’est à la publication qu’il faudra en juger et comprendre les raisons qui avaient milité en faveur de la longue attente, parce que vous n’avez pas le même tableau de bord que le chef de l’Etat pour décider du meilleur moment de le mettre sur pied.

Le débat en RDC, c’est aussi le calendrier électoral publié par la CENI et rejeté par une bonne partie de l’opposition. Faut-il un calendrier partiel ou global ?

Tout est question de stratégies en politique. N’oubliez pas que, selon la Constitution, le mandat du chef de l’Etat s’arrête en 2016. C’est pour cette raison que ses proches attendent la révision constitutionnelle, surtout s’agissant de l’article 220 pour lui permettre de contourner l’obstacle. Et, l’opposition, conformément à sa tradition, a vite fait de saisir la communauté internationale afin de l’impliquer dans ce combat. Voilà pourquoi, Washington, Londres et Paris se prononcent pour un calendrier global, comme l’opposition, en lieu et place du calendrier jugé partiel de la Commission électorale nationale indépendante. En fait, tant pour les Congolais que pour les Occidentaux, la plus importante des élections, c’est la présidentielle et tous les calculs se basent sur ce cap. Au-delà de cette polémique, je me permets de reconnaître que le calendrier de la CENI est vraiment partiel et demeure loin de rassurer pour la suite du processus électoral congolais. En principe, c’est tout le calendrier, c’est-à-dire un calendrier global qui doit être publié pour permettre à tous les états-majors politiques de mieux se préparer et ainsi éviter toute surprise. Ceux qui soutiennent le calendrier de la CENI dans sa forme actuelle, savent pourquoi ils le font et ce qui se prépare.

Ne craignez-vous pas qu’une révision constitutionnelle, surtout en ce qui concerne l’article 220, vienne jeter le trouble dans le processus électoral ?

C’est de bonne guerre en politique, surtout en Afrique. Pourquoi le président algérien peut-il rester au pouvoir jusqu’à ce jour en prêtant serment sur une chaise et non Joseph Kabila qui est encore jeune ? Et la France a reconnu la victoire d’Abdel Aziz Boutefika sans tenir compte des autres aspects. Il faudra voir ce qui va se passer au Congo-Brazzaville, au Rwanda, en Angola et ailleurs pour savoir si les Occidentaux font appliquer les mêmes principes partout. Sinon, pourquoi ce qu’on reproche aux uns, on le tolérerait aux autres. Croyez-moi, les Occidentaux ne soutiennent que ce qui va dans le sens de leurs intérêts et rien de plus. C’est pourquoi, il y a des dictateurs choyés et combattus. Rien d’objectif donc dans les options de l’Occident ! 

Autre chose à ajouter ?

C’est seulement d’inviter les Congolais à prendre leur destin en mains parce que personne ne pourra développer leur pays à leur place. Continuer à compter sur l’Occident, cela ne servira pas vraiment les intérêts de la RDC. Il faut donc une bonne dose de nationalisme dans leurs options et un sens élevé de responsabilité pour les politiciens qui, très souvent, ne voient que leurs intérêts. Il revient au souverain primaire de savoir sanctionner lors des élections pour pousser les acteurs politiques à tenir compte de leurs revendications. Sinon, le bout du tunnel sera toujours loin. 

[Dans l'au-delà. NGUZ A KARL-I-BOND est revenu de l'au-delà pour nous parler]

[M. M.]