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RDC : La cohésion nationale n’est qu’une illusion

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C’est par des élections libres et transparentes que le souverain primaire exerce son choix, délègue le pouvoir à ses représentants pour voter des lois et élaborer des politiques publiques capables de solutionner ses problèmes. C’est aussi par des élections démocratiques que les citoyens expriment soit leur soutien, soit leur mécontentement à l’action gouvernementale. La classe politique, toutes tendances confondues, devrait focaliser son attention pour une bonne organisation des élections de 2016, au lieu de gaspiller son énergie pour un gouvernement de cohésion, alors que la cohésion nationale n’est qu’une illusion.

La Constitution est la loi fondamentale qui établit la structure d’un État, soit-il démocratique ou non. Elle définit le partage de responsabilités entre les trois pouvoirs – Exécutif, Législatif et Judiciaire –, précise la forme de l’État et le fonctionnement de différentes institutions.

En République démocratique du Congo, la Constitution de 2006 consacre un régime politique de type hybride qui combine, à la fois, des caractéristiques d’un régime parlementaire et présidentiel.

Ce régime dit « semi-présidentiel » se caractérise par un pouvoir exécutif double. Un président de la république, chef de l’État, élu au suffrage universel direct, qui détient des pouvoirs réels, notamment de dissoudre l’Assemblée nationale, de consulter le souverain primaire par référendum et de nommer un premier ministre issu de la majorité parlementaire. Un premier ministre, chef du gouvernement, qui détermine de commun accord avec le chef de l’État, la politique de la nation et conduit l’action gouvernementale. Seul, le dernier est responsable devant le parlement.

La configuration de la classe politique actuelle issue des élections chaotiques de 2011, bien que contestées par certains, a dégagé une majorité gouvernementale composée des partis politiques qui avaient soutenu la candidature de l’actuel chef de l’État. Cette majorité présidentielle (MP) a son projet de société « révolution de la modernité ». 

D’ici deux ans, elle devra rendre compte de sa gestion et de la réalisation des promesses électorales auprès des Congolais. Y avait-il besoin de former un gouvernement de cohésion nationale à mi-mandat?

Gouvernement de cohésion nationale.

Les raisons majeures qui peuvent expliquer la nécessité de la formation d’un gouvernement de coalition ou de cohésion nationale dans une démocratie sont, entre autres, lorsqu’aucun parti ne détient la majorité de députés au parlement lui permettant de gouverner seul ou lorsque le mode de scrutin ne permet pas de dégager une majorité solide. C’est le cas souvent en Belgique où, à chaque élection, les différents partis vainqueurs doivent se concerter pour dégager une majorité qui formera un gouvernement de coalition. 

Dans le régime parlementaire de type britannique, comme le Canada, les gouvernements de coalition sont rares. La tradition parlementaire veut que le parti ayant le plus de députés, qu’il soit majoritaire ou non, forme le gouvernement, les autres partis constituent l’opposition politique. L’exception qui confirme la règle, le gouvernement britannique actuel est lui-même une coalition.

Un gouvernement de cohésion ou d’unité nationale peut également être formé lorsqu’il y a une crise politique, économique, sociale grave ou une guerre qui menace l’intégrité territoriale d’un État. Dans ce cas, les partis politiques, toutes tendances confondues, peuvent se mettre d’accord pour former un gouvernement de cohésion nationale afin de faire face à cette crise. Il s’agit de cas exceptionnels et de gouvernements circonstanciels. 

En RD. Congo, peu avant les concertations nationales de septembre 2013 et surtout après la tenue de celles-ci, il y avait une nécessité de mettre en place, de toute urgence, un gouvernement de cohésion nationale pour faire face à la guerre d’agression menée sous-couvert du M23, une guerre qui menaçait l’intégrité territoriale du pays. 

Plus de sept mois après le consensus dégagé lors des concertations nationales, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. La raison d’être de la formation d’un tel gouvernement ne s’explique plus. Le M23 a connu une déconfiture et n’est plus que l’ombre de lui-même. Les recommandations des concertations nationales n’ont jamais connues le début d’exécution. Les promesses du président de la république, annoncées publiquement devant les deux chambres du parlement réunies en congrès, n’ont pas été tenues.

L’opposition politique qui a accepté de vivre avec les conséquences des élections chaotiques de 2011 et a accepté de participer aux concertations nationales, devrait simplement prendre note de la mauvaise volonté de la MP de respecter ses engagements, tourner la page et se préparer pour les élections de 2016. 

En voulant, à tout prix, intégrer le gouvernement à mi-mandat, l’opposition se fait implicitement comptable de promesses de la MP aux Congolais, à la fin de la législature.

Opposition politique dans une démocratie.

L’opposition politique est essentielle dans une démocratie et joue un rôle crucial de critique, de contrôle et de proposition. Elle constitue un contre-pouvoir, une alternance et un gouvernement en attente. Elle participe ainsi à l’existence même du pluralisme politique, qui est essentiel dans toute démocratie.

Par son pouvoir d’interpellation, de censure et de défiance, elle veille au contrôle de la majorité gouvernementale et l’empêche de mener des politiques publiques arbitraires qui portent atteinte aux droits et libertés de citoyens. 

L’opposition politique représente également un deuxième recours, lors des électorales, pour les citoyens mécontents ou en désaccord avec les politiques publiques menées par le gouvernement en place. Pour cela, elle devrait plutôt s’atteler à proposer des nouvelles idées pour solutionner les problèmes majeurs qui secouent le pays et toute sa population depuis une vingtaine d’années. Au nombre desquels, la paix, la sécurité et la justice qui sont cruciales pour tout développement. 

La présence d’une mission des Nations Unies (MONUSCO) depuis bientôt une quinzaine, est la preuve que le pays va très mal et qu’il y a un sérieux problème de souveraineté de l’État qui se pose. L’opposition politique devrait être à mesure de proposer des solutions alternatives à celles du gouvernement qui ne marchent pas. L’unanimisme ne sert ni la démocratie ni le peuple qui veut voir le changement de sa condition de vie.

C’est par des élections libres et transparentes que le souverain primaire exerce son choix, délègue le pouvoir à ses représentants pour voter des lois et élaborer des politiques publiques capables de solutionner ses problèmes. C’est aussi par des élections démocratiques que les citoyens expriment soit leur soutien, soit leur mécontentement à l’action gouvernementale. La classe politique, toutes tendances confondues, devrait focaliser son attention pour une bonne organisation des élections de 2016, au lieu de gaspiller son énergie pour un gouvernement de cohésion, alors que la cohésion nationale n’est qu’une illusion.

Isidore Kwandja Ngembo, Politologue