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RDC : La peur de la communauté occidentale

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Demain, l’opposition politique et les forces sociales travaillant aujourd’hui avec ‘’la communauté occidentale’’ risquent de confirmer ces propos de François Mitterrand : « Gagner un gouvernement n’est pas synonyme d’avoir le pouvoir. » Cela d’autant plus qu’elles sont coachées par les services secrets occidentaux. Elles s’apprêtent à aller aux élections sans ‘’pouvoir intérieur’’ ; sans argent propre. Les USA ont promis trente millions de dollars pour ces élections. L’UE et certains de ses pays pourront aussi mettre la main à la poche. La Banque mondiale et les autres ‘’bailleurs de fonds’’ ne seront peut-être pas en reste. Voilà comment, comme des moutons, nos populations seront conduites à leur abattoir. Ces élections, si elles ont lieu, seront la continuation de la guerre de basse intensité menée contre la RDC sous ‘’une forme démocratique’’. Pour cause. La récupération de l’initiative historique pour l’édification d’un autre Congo n’a pas eu lieu. Si Etienne Tshisekedi était devenu Président en 2011, la donne aurait changée. Il était porté par les masses congolaises debout. La communauté occidentale l’a dribblé. Elle a eu peur d’un pouvoir qui aurait majoritairement des assises populaires. Arnaud Zajtman en témoigne dans l’article susmentionné. Malheureusement, ces masses ne s’étaient pas préparées à soutenir une lutte de longe haleine pour renverser les rapports de force. Elles sont en train d’être prises dans le piège de l’opposition politique et des forces sociales contrôlées par les services secrets occidentaux. ‘’La situation est grave mais pas désespérée’’.

Notre impression est que les prises de parole de Russ Feingold en RDC s’inscrit dans la droite ligne de l’exceptionnalisme américain. Les pressions faites sur ‘’le roi Kabila’’ ne peuvent pas être mieux comprises en marge de la prétention de cette élite anglo-saxonne dominante croyant idéologiquement qu’elle a reçu une mission providentielle de répandre à travers le monde ‘’la démocratie’’ et ‘’la liberté’’. Bien que l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et le Soudan, etc. ne soient pas (encore démocratisés), nous sommes encore plusieurs à croire en ‘’la sincérité de la rhétorique US’’ ! Ne pas y croire, c’est peut-être comprendre que l’exceptionnalisme américain est ennemi de la souveraineté et de l’émancipation politique des peuples. Se débarrasser de l’hégémonie occidentale qu’il nourrit est très difficile et compliqué. Son mode opératoire, sur le temps, échappe à la maîtrise de plusieurs d’entre nous. Il faut l’étudier en permanence pour en comprendre les enjeux. Les élections à venir en RDC nous en donnent l’opportunité.

Depuis un certain temps, il ne se passe plus un seul jour sans que les médias congolais au pays et à l’étranger traitent des pressions faites par ‘’la communauté occidentale’’ sur les gouvernants de Kinshasa pour qu’ils respectent la constitution congolaise (de Liège) et que Joseph Kabila quitte ‘’le pouvoir’’ à la fin de son mandat en 2016. Sur cette question, une bonne majorité de compatriotes congolais soutient que ‘’Kabila doit partir’’. Plusieurs compatriotes trouvent que les pressions de ‘’la communauté occidentale’’ tombent à point nommé. Elles sont induites par ‘’les Accords d’Addis-Abeba’’. 

Qui a initié les accords d’Addis-Abeba ? Qui a mis ‘’Kabila au pouvoir’’ ? C’est la même ‘’communauté occidentale’’. La Chine et la Russie en sont exclues. Elle instrumentalise l’UA qu’elle finance par l’UE interposée. Pourquoi ? Pour assurer l’hégémonie occidentale sur cette partie de l’Afrique. Où est la part des Congolais(es) ? 

Il se pourrait que les pressions de ‘’la communauté occidentale’’ soit aussi le fruit du lobbying mené par les Congolais(es) de l’intérieur et de l’extérieur du pays. Cela pose quand même certaines questions dont celle-ci : ‘’Qui finance une bonne partie de la société civile congolaise et ses ONG ? ‘’ Souvent c’est l’USAID, le NED ou le NDI, ‘‘façades de la CIA’’. D’ailleurs, certains partis politiques congolais dits de l’opposition travaillent officiellement avec le NDI. Disons donc que le processus de changement tel qu’il se déroule aujourd’hui en RDC est bien contrôlé par l’impérialisme anglo-saxon. Pourquoi ? 

L’exceptionnalisme américain oblige ! C’est-à-dire que l’élite dominante anglo-saxonne croit en une mission providentielle reçue d’en haut pour répandre à travers le monde ‘’la démocratie’’ et ‘’la liberté’’. Pour se faire, elle sape, depuis toujours, tous les principes d’égalité entre les nations et d’autodétermination des peuples pour imposer au monde (et de plus en plus aux faibles) ‘’la pax americana’’ ou ‘’the way US of life’’ tout en considérant les valeurs qu’elle prétend défendre officiellement comme étant des ‘’objectifs vagues et irréels’’. Elle croit et agit ‘’selon les concepts de pure puissance’’[1] même quand celle-ci se révèle ‘’irrationnelle’’.

N’est-ce pas là de l’anti-américanisme primaire ? L’ingérence de l’oligarchie américaine d’argent dans certains pays du monde et de Russ Feingold en RDC ne se nourrit-elle pas de la dépendance, de l’irresponsabilité des gouvernants et de l’élite intellectuelle congolaise ?

En partie, oui. En partie non. Pourquoi ? Depuis l’indépendance formelle de la RDC jusqu’à ce jour, les gouvernants congolais sont, en majeure partie, créés de l’extérieur. C’est une lapalissade que de rappeler que Mobutu a été créé par les services secrets belges et américains[2]. Quand en font-ils ‘’une créature de l’histoire’’ ? Quand ils nouent de nouvelles alliances après la chute du mur de Berlin. « Après la chute du mur de Berlin, écrivent Marie-France Cros et François Misser, le rôle de réserve stratégique dévolu au Congo et à l’Afrique durant la guerre froide s’est trouvé diminué par l’accès de l’Occident aux réserves de l’ex-URSS et des autres pays de l’est européen. Cela explique pourquoi les puissances occidentales tutélaires de fait (la Belgique, la France et les Etats-Unis) ont lâché progressivement le régime de Mobutu jusqu’à se chute en 1997. » [3] Cette chute s’est opérée au cours d’une guerre de basse intensité supervisée par ‘’l’impérialisme intelligent US’’ par des proxys interposés. De ceux-ci est né ‘’le cheval de Troie’’ qui ‘’dirige la RDC’’ aujourd’hui. Joseph Kabila est donc ‘’la créature de faiseurs de paix au Congo’’[4]. Ce sont eux qui en ont fait ‘’roi’’ après les élections-bidons de 2006[5] en participant de près ou de loin aux crimes abominables commis par sa ‘’police politique’’ à Kinshasa.

Pour rappel, les résultats de ces élections présidentielles ont dû être communiqués par l’Abbé Apollinaire Malumalu conduit à la RTNC dans un char de combat de l’ONU. (Tiens ! C’est le même qui est aux commandes de la CENI actuellement !)

Les élections de 2006 comme celles de 2011 n’ont pas permis aux Congolais(es) de se choisir leurs gouvernants de manière libre, démocratique et transparente. Elles ont été des pièges à con. Il y a eu des ingérences extérieures beaucoup plus liées au ‘’rôle de réserve stratégique dévolu au Congo’’ qu’à l’irresponsabilité de ses fils et ses filles. En 2011, le 07 décembre 2011 plus précisément, c’est Arnaud Zajtman, un Belge, qui a été parmi les premiers à dénoncer ces ingérences à l’issue des élections truquées et frauduleuses dans un article intitulé ‘’Il est minuit moins une à Kinshasa’’.

Dans ce contexte, partir de la constitution congolaise (de Liège) pour demander à Joseph Kabila de respecter son ‘’mandat présidentiel’’ est beaucoup plus un subterfuge qu’un appel à s’engager dans un processus démocratique digne de ce nom. ‘’Les faiseurs des rois’’ dans les Grands Lacs africains voudraient en destituer un tout en justifiant un éventuel tripatouillage de la constitution au Rwanda. Ils disent : « Kagame a bien travaillé. » Il nous semble que c’est ici que leur manœuvre devient claire et limpide ; et que leur politique de deux poids deux mesures devient plus que palpable.

La destitution de ‘’Joseph Kabila’’ par ses créateurs que nous sommes plusieurs à applaudir nous semble être beaucoup plus une réponse ‘’intelligente’’ faite au patriotisme et à la résistance congolaise. Mains nues, les Congolais(es) se battent à travers le monde en décriant ‘’le génocide silencieux’’ que subit leur pays depuis plus de cent ans. Pour les dribbler, ‘’les maîtres du monde’’ recourent à une constitution fabriquée à Liège et déjà tripatouillée par Joseph Kabila en 2011 afin de les convaincre que leurs cris ont été entendus. Ils jouent sur la fatigue psychologique que nous sommes plusieurs à ressentir. Ils associent ‘’l’opposition politique’’ et les forces sociales à ce jeu qu’ils contrôlent. Et nous applaudissons !

Ne devrions-nous pas avoir les yeux et les esprits un peu plus ouverts ? Géostratégiquement, la Russie et la Chine recréent le marché eurasiatique. La Russie revient sur le devant de la scène internationale ; en force. L’arrière-cour US, l’Amérique Latine, s’est majoritairement émancipée politiquement de l’hégémonie occidentale. Elle procède à une intégration économico-sécuritaire fructueuse. (Même si, depuis un temps, sa souveraineté est de plus en plus attaquée par les chiens de garde de l’oligarchie d’argent occidentale ! Le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur sont dans leur collimateur.)

Dans le jeu géostratégique du monde, les pays africains ayant connu des guerres récurrentes comme la RDC sont affaiblis et déroutés économiquement. Pourquoi ? Les guerres récurrentes préparent ‘’l’ennemi’’ à accepter, à un certain moment, les principes qui lui sont dictés par l’adversaire. 

Longtemps avant la RDC, l’URSS est passée par là. Elle peut servir comme un exemple historique au cours de la guerre dite froide. « En février-mars 1944, le milliardaire Harriman, ambassadeur à Moscou depuis 1943, s’accordait avec deux rapports des services « russes » du Département d’Etat (…) pour penser que l’URSS, « appauvrie par la guerre et à l’affût de notre assistance économique (…), un de nos principaux leviers pour orienter une action politique compatible avec nos principes », n’aurait même pas la force d’empiéter sur l’Est de l’Europe bientôt américaine. Elle se contenterait pour l’après-guerre d’une promesse d’aide américaine : ce qui nous permettrait « d’éviter le développement d’une sphère d’influence de l’Union Soviétique sur l’Europe orientale et les Balkans. »[6] Ce rêve datant des années 40 fut réalisé avec Gorbatchev ; et le retour de la Russie avec Poutine rend l’élite dominante anglo-saxonne furieuse et folle de colère. Les derniers évènements de l’Ukraine en donnent la mesure.

De l’Est de l’Europe à l’Est de la RDC, il y a un pas que cette élite (et ses alliés) est en train de franchir. Elle tient à faire de l’Ituri, des Kivus et du Katanga son protectorat en en retirant à la RDC le droit de regard. L’alliance public-privé a été déjà conclue en novembre 2011[7]. Russ Feingold en sait quelque chose. Sa lutte n’a rien à voir avec l’avènement de la démocratie en RDC. 

A ce point nommé, l’une des questions essentielles ne serait-elle pas celle de la maîtrise du mode opératoire de cette élite pour mieux rompre avec notre collective dépendance à son endroit ? Cela est difficile et même très compliqué. Mais ce n’est pas impossible. Cela exige un travail titanesque abattu dans des think tanks congolais sur le court, moyen et long terme. 

La France[8] (et même l’Europe) peut être citée comme un exemple illustrant cette difficulté. Ecoutons à ce sujet Danielle Mitterrand : « Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ces rêves d’avoir une société socialiste, quoique à l’Européenne, deviennent réalité. Mais bien vite, j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je lui demandais à François : Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais offert ? Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. »[9]

Demain, l’opposition politique et les forces sociales travaillant aujourd’hui avec ‘’la communauté occidentale’’ risquent de confirmer ces propos de François Mitterrand : « Gagner un gouvernement n’est pas synonyme d’avoir le pouvoir. » Cela d’autant plus qu’elles sont coachées par les services secrets occidentaux. Elles s’apprêtent à aller aux élections sans ‘’pouvoir intérieur’’ ; sans argent propre. Les USA ont promis trente millions de dollars pour ces élections. L’UE et certains de ses pays pourront aussi mettre la main à la poche. La Banque mondiale et les autres ‘’bailleurs de fonds’’ ne seront peut-être pas en reste. Voilà comment, comme des moutons, nos populations seront conduites à leur abattoir. Ces élections, si elles ont lieu, seront la continuation de la guerre de basse intensité menée contre la RDC sous ‘’une forme démocratique’’. Pour cause. La récupération de l’initiative historique pour l’édification d’un autre Congo n’a pas eu lieu. Si Etienne Tshisekedi était devenu Président en 2011, la donne aurait changée. Il était porté par les masses congolaises debout. La communauté occidentale l’a dribblé. Elle a eu peur d’un pouvoir qui aurait majoritairement des assises populaires. Arnaud Zajtman en témoigne dans l’article susmentionné. Malheureusement, ces masses ne s’étaient pas préparées à soutenir une lutte de longe haleine pour renverser les rapports de force. Elles sont en train d’être prises dans le piège de l’opposition politique et des forces sociales contrôlées par les services secrets occidentaux. ‘’La situation est grave mais pas désespérée’’.

Mbelu Babanya Kabudi

[1] D. Mitterrand, Le livre de ma mémoire, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, 2007, p. 409.

[2] Lire J. Chomé, L’ascension de Mobutu. Du sergent Joseph-Désiré au général Sese Seko, Bruxelles, Complexe, 1974.

[3] M.-F. Cros et F. Misser, Géopolitique du Congo (RDC), Bruxelles, Complexe, 2006, p.33.

[4] Lire J.-C. Willame, Les ‘’faiseurs de paix’’ au Congo. Gestion d’une crise internationale dans un Etat sous tutelle, Bruxelles, Complexe, 2007.

[5] C. Onana, Europe, crimes et censure au Congo. Les documents qui accusent, Paris, Duboiris, 2012.

[6] A. Lacroiz-Riz, Le débarquement du 6 juin : du mythe d’aujourd’hui à la réalité historique, dans Le Grand Soir Info du 05 juin 2014.

[7] Lire R. Custers, Chasseurs de matières premières, Bruxelles, Investig’action, 2013.

[8] En plus de Danielle Mitterrand, il serait sage de lire le dernier livre d’Annie Lacroix-Rix intitulé ‘’Aux origines du carcan européen (1900-1960). La France sous influence allemande et américaine’’, Paris, Delga, 2014.

[9] H. Calvo Ospina, Danielle Mitterrand : ‘’La démocratie n’existe ni aux USA, ni en France’’. Extrait d’un entretien avec Danielle Mitterrand, Présidente de ‘’France libertés’’, dans Le Grand Soir Info du 22 novembre 2011.