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RDC : Russ FEINGOLD seme la confusion

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D’une part, l’envoyé spécial des USA dans les Grands Lacs tente de torpiller le processus DDRRR en intimidant les FDLR, manifestement pour qu’ils ne s’y engagent pas, tout en laissant la responsabilité de leur éradication à la seule RDC ; et, d’autre part, il dégage une suspecte identité de vues sur la question électorale avec l’opposition cornaquée aujourd’hui par Martin Kobler. En suggérant un calendrier réunissant les élections de 2015 et de 2016, Russ Feingold oublie qu’on ne peut pas coupler la seconde session d’une année académique à la première session d’une autre année…

Le panel des Envoyés spéciaux de la communauté internationale pour la région des Grands Lacs vient de séjourner à Kinshasa dans le cadre de l’évaluation du la mise en œuvre de l’Accord-cadre d’Addis Abeba pour la paix et le développement à l’est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Les membres de ce panel ont eu à échanger avec les officiels congolais, à commencer par le Chef de l’Etat, et ont, une fois de plus, exprimé leur satisfecit quant aux efforts que la RDC ne ménage pas en vue de remplir sa part d’engagement consigné dans ledit accord.

Cependant, les observateurs sont demeurés perplexes quant aux orientations émises par l’Envoyé spécial des USA, Russ Feingold – du moins selon la suggestion qu’en a faites les médias occidentaux dans l’exploitation de ses déclarations, orientations tendant à instrumentaliser cet Accord-cadre au profit des intérêts particulier de Washington dans la région des Grands Lacs.

Quand Feingold tente de torpiller le processus de rapatriement des FDLR

En effet, évoquant la question de la reddition, Feingold a, à juste titre, appelé à la vigilance et au maintien de la pression pour une reddition effective des FDLR, estimant que « ce processus (DDRRR) pourrait servir aux rebelles pour gagner du temps ».

Mais là où le bât blesse, c’est lorsque l’émissaire américain tend, une fois de plus, à donner l’impression que la responsabilité de l’éradication des FDLR incombe à la seule RDC, suggérant, de ce fait, qu’il s’agirait d’un phénomène exclusivement congolais, alors qu’il n’en est rien. Tout en rappelant, on ne sait trop pourquoi, que l’on ne doit pas oublier que dans les rangs des éléments attendus à la reddition figurent des génocidaires, il dit vouloir s’assurer du rendez-vous de Kinshasa pour confirmer le mouvement de reddition des FDLR. Et, le venin se trouvant toujours dans la queue, il ajoute que ce sera une nouvelle positive pour Joseph Kabila après le processus engagé avec le processus engagé avec le M23 ces derniers mois.

Faut-il encore répéter que la responsabilité première de l’éradication des FDLR revient à la communauté internationale qui laissa pourrir la situation en 1994 après avoir exigé de Kinshasa d’ouvrir ses frontières aux flux des réfugiés rwandais ? Doit-on rappeler aussi les réticences de cette même communauté internationale à appuyer le Zaïre d’alors pour éloigner de la frontières ces réfugiés, parmi lesquels des militaires armés ?

Aujourd’hui encore, cette même communauté internationale est plus qu’interpellée par le nécessité de voir toutes les parties à l’Accord-cadre d’Addis Abeba remplir sa part d’engagements. Ces engagements portent, notamment, sur les dialogues politiques que chaque partie doit organiser à l’interne. Et on sait ce qu’en pense Kigali qui était allé jusqu’à la lisère de l’insulte contre le Président tanzanien, Jakaya Kikwete, qui avait recommandé Kigali et Kampala de dialoguer avec leurs oppositions respectives.

Lorsque Feingold évoque la présence de véritables génocidaires dans les rangs de ceux des combattants appelés à la reddition, cela n’est pas de nature à les convaincre, même ceux qui ne sont pas concernés par cette étiquette, au point donc de mettre à mal ce processus. Et on n’exagérerait pas de conclure qu’en fait, l’Envoyé spécial des USA dans la région des Grands lacs travaille au torpillage au processus DDRRR concernant les FDLR pour les éterniser en territoire congolais.

Processus électoral : suspecte identité des vues entre Feingold, Kobler et l’opposition

D’autre part, les observateurs s’interrogent sur l’impensé du discours de Russ Feingold lorsqu’il en appelle à la publication d’un calendrier électoral global incluant même les élections de 2016, tirant à son appui le prétexte de garantie et d’assurance à donner à la population. Feingold sait, pourtant, qu’il y a une importante part de choses à faire entre les élections annoncées de 2015 et celles constitutionnellement prévues pour 2016.

En effet, le calendrier concernant les élections de 2015 se rapporte au cycle électoral de 2006 qui n’avait pas pu être finalisé en 2011. Il s’agit donc d’arriérés électoraux et non d’un nouveau cycle électoral. De ce fait, il est aberrant de vouloir réunir les deux aspects dans un calendrier unique et commun. Pour prendre une image simple, est-il possible, pour une université, de publier l’horaire des examens de la deuxième session d’une année académique avec celui de la session de l’année académique suivante ?

C’est justement ce que veut suggérer Russ Feingold. Dans ce cas, de deux choses l’une : ou Feingold accuse un déficit d’information et de compréhension de la configuration actuel du cycle électoral en RDC et ferait œuvre utile en les mettant à jour, ou bien il maîtrise bien la chose, mais voudrait engager un agenda caché, ce qui serait inacceptable.

Il revient ainsi aux Congolais d’ouvrir l’oeil, et le bon, puisque ce genre d’omissions cache toujours un coup fourré. Nous observons, en effet, une certaine identité de vues sur cette question électorale entre lui et l’opposition qui demande l’élaboration d’une feuille de route électorale consensuelle. Et chose curieuse, cette position de l’opposition émane des « tables rondes » organisées ces derniers temps par Martin Kobler, patron de la Monusco.

Joseph Kabila a donc vu juste en mettant en garde le corps diplomatique accrédité en RDC.

[Pascal Debré Mpoko]