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RDC : Vers la fin de bus « ESPRIT DE MORT »

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Après la création de la société de transport public, Transco, le Gouvernement a commandé 250 bus qu’il va mettre, à crédit avant le 30 juin, à la disposition des opérateurs privés du secteur. Objectif : faire disparaitre du circuit du transport en commun, les bus Mercedes 207, dits "esprit de mort". Mais le choix des futurs bénéficiaires fait débat, même si le ministre de Transports se veut rassurant.

Un deuxième lot de 78 bus acquis sur fonds propres du Gouvernement congolais est arrivé le 19 mai à Kinshasa, portant à 168 automobiles la commande de l’Exécutif congolais de 250 minibus. Des minibus de marque Hyundai County, tout neufs, destinés à résorber la demande, en constante hausse, de transport public dans la capitale congolaise. 

En fait, ce sont les bus Mercedes 207 qui sont visés. Baptisés par les Kinois "Esprit de mort", ces bus, pour la plupart vétustes, sont à la base de nombreux accidents de circulation. Le Premier ministre Matata Ponyo s’est dit décidé à les faire disparaître, de manière progressive, du circuit du transport en commun. 

Rebus d’Europe, dont les conducteurs ne respectent nullement le code de la route, ces bus renvoient une image apocalyptique du transport des personnes à Kinshasa. Leurs conducteurs, contraints de verser journellement aux propriétaires 80 mille à 100 mille Fc sans compter leurs propres pitances, se livrent à toutes sortes d’excès en pleine chaussée. Occasionnant d’irréparables dégâts.

CLASSE MOYENNE CONGOLAISE 

Pour un assainissement en règle du secteur des transports, le Gouvernement a mis en place ce programme, "Esprit de vie ", qui accorde aux opérateurs économiques du secteur des minibus neufs à crédit. 

Satisfait de cette initiative, Elie Kukungama, chef de travaux à la faculté des Sciences économiques à l’Université de Kinshasa explique que le projet de Matata, s’il répond aux besoins primordiaux des Kinois, environ 10 millions d’âmes, participeraient également à la "création d’une classe moyenne constituée des Congolais". Car on verra sous peu, 250 Congolais, triés sur le volet au sein de l’Association des propriétaires des véhicules affectés au transport en commun (APVCO), acquérir un véhicule pimpant neuf. 

"Nous avons lancé le programme Transco (Société de transport public, Ndlr) qui réussit très bien, mais nous avons pensé aussi qu’il faut, conformément à la vision du chef de l’Etat, permettre au secteur privé congolais d’acquérir des bus de qualité", avait indiqué le Premier ministre congolais lors de la présentation de ces engins à la population. Ces bus, que Matata a baptisés "Esprit de vie", à l’opposé de célèbres Mercedes 207 au qualificatif funèbre "Esprit de mort", "sont une initiative du président Kabila. Candidat, il avait promis un transport décent, confortable et sécurisé à la population non seulement de Kinshasa mais de l’ensemble du pays". 

"Nous avons donc commandé des bus qui arrivent pour l’ensemble du territoire national. Le programme d’’Esprit de vie’’ contre l’ ‘’Esprit de mort’’ va s’étendre sur l’ensemble de la République…", précisait le chef du Gouvernement. 

Le ministre des Transports, Justin Kalumba, appelle lui au respect du contrat entre l’Etat et les membres de l’APVCO. Il estime que le programme "Esprit de vie" implique de nombreux défis, notamment la maintenance et le remboursement des crédits octroyés, faciliter le renouvellement des fonds investis.

LE CHOIX DES BENEFICIAIRES

Les Kinois, eux, ne demandent pas mieux que d’être transportés dans de bonnes conditions comme sous d’autres cieux. Cependant beaucoup restent sceptiques quant à voir le Gouvernement mener à bon port ce programme. "J’attends connaître l’identité des futurs bénéficiaires pour être rassuré de la volonté réelle de nos autorités", dit un fermier de Mbankana (Est de Kinshasa). Sa méfiance se nourrit en fait de l’affectation dans "l’opacité la plus totale" des tracteurs commandés précédemment par le Gouvernement. 

"Répartis entre toutes les provinces, ces tracteurs, pour la plupart, ne sont jamais parvenus aux bénéficiaires qu’étaient les fermiers et les paysans. C’est entre amis et sur base des critères connus de seuls initiateurs du projet que ces machines ont été distribuées", rappelle-t-il. Gaspard Makengo, propriétaire des bus décriés 207, critique l’APVCO qu’il soupçonne d’être "une structure au service de certaines autorités". Initiative du ministère des Transports et voies de communication, l’APVCO aura la charge de sélectionner les bénéficiaires. 

Selon des informations difficiles à recouper, des proches de certaines autorités et autres personnalités, n’ayant jamais exercé dans le transport en commun, se bousculent déjà au portillon, munis de dossiers rapidement ficelés sous les aisselles. 

" Il y a des critères qui sont très sélectifs et très rigoureux. C’est sur base de ces critères, qui seront rendus publics bientôt, qu’il y aura des attributions publiques, solennelles. Ca ne va pas se passer derrière le dos de qui que ce soit", affirme le ministre Justin Kalumba. Ce dernier indique que ces bus seront remis à l’APVCO avant le 30 juin 2014.

Ce programme coûte au Gouvernement 13 milliards de francs congolais, soit un peu plus de 14 millions de dollars. 

Didier KEBONGO