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M23, Erreur fatale

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S’arcboutant sur sa propre déclaration faite à Nairobi, le M23 se croit en droit d’obtenir l’amnistie à la pelle pour tous ses membres, en ce compris les rebelles multirécidivistes. Erreur fatale d’avoir considéré les négociations de Kampala comme une blanchisseuse au détriment de la justice. Amnistie ne rime-t-elle aussi avec apaisement et concorde. Le droit des victimes de ne plus subir les affres provoquées par les mêmes personnes ne peut être bafoué. Abject, inacceptable, odieux, …, sont des qualificatifs qui conviennent le mieux au chantage qu’exerce l’ex-M23 sur Kinshasa. 

Le gouvernement de la République publie de manière parcimonieuse la liste des bénéficiaires de la loi d’amnistie votée par le parlement et promulguée par le chef de l’Etat. Cette tactique, dictée par le souci de rester en adéquation avec les exigences d’une opinion publique intraitable sur la question, permet au gouvernement de cerner les contours de chaque dossier, pris individuellement. 

Un préalable doit être rempli par tout candidat qui se croit éligible à l’amnistie. Il s’agit de la signature d’un acte d’engagement par chaque bénéficiaire. Plus question donc pour l’Etat d’accepter que des individus prennent les armes contre la République, tuent, pillent, violent, …, leurs compatriotes avec la conviction qu’au finish, ils pourront bénéficier d’une amnistie qui absout tous leurs actes répréhensibles.

Le 11 février, le président Joseph Kabila a promulgué une loi d'amnistie concernant des faits insurrectionnels, faits de guerre et infractions politiques commis en RDC entre le 18 février 2006, date de promulgation de la Constitution, et le 20 décembre 2013, date d'approbation du projet de loi par le gouvernement.

Pendant ce temps, les professionnels des rébellions du M23 se sont gravement trompés d’époque. Les primes à la guerre appartiennent à Sun City, aux accords de Lusaka et de Goma. Tout le monde, y compris la communauté internationale, est d’accord sur une chose : il faut arrêter ce cycle de rébellion-amnistie-rébellion.

Les négociations de Kampala ont débouché sur, notamment, la déclaration de l’autodissolution du M23. Cette déclaration intervenue après la déroute imposée à cette force négative par les FARDC et la Brigade spéciale d’intervention de la Monusco, consacrait la fin de cette rébellion soutenue par le Rwanda et l’Ouganda.

Habitués à obtenir sur le tapis vert l’absolution de tous leurs actes criminels, certains éléments du M23 comptent, cette fois encore, bénéficier d’une amnistie distribuée à la pelle aux Congolais voire aux étrangers qui avaient combattu dans leurs rangs, sans aucun engagement formel de ne plus récidiver.

Ceux-ci tentent de prendre en otage le processus qui a commencé à Kampala et s’est terminé à Nairobi. C’est faire preuve de mauvaise foi que d’exiger l’éligibilité à l’amnistie pour tous, sans distinction. Même pour des personnes poursuivies pour des crimes imprescriptibles! C’est un affront, non seulement au gouvernement de la République, mais aussi à la communauté internationale pour qui certains crimes ne sont pas amnistiables.

« Autre temps, autres mœurs ». Personne ne peut tomber sous les charmes de cet odieux chantage. La position tranchée du gouvernement, à travers la ministre de la Justice, offre la démonstration de la détermination de la RDC de mettre un terme à ce cycle macabre. Ceux qui sont visés par des procédures judiciaires n’ont plus d’autre possibilité que de répondre de leurs actes devant les cours tribunaux.

Ceux qui ont compris et qui ne comptent pas récidiver dans une quelconque aventure du genre, ont  saisi l’opportunité offerte par la République en signant « l’acte d’engagement ». Ils sont les premiers  bénéficiaires de l’amnistie !

Halte à la récidive

La comptabilité faite par Kampala renseigne qu’il y aurait 1.700 combattants M23 en cantonnement en Ouganda. Environ 700 autres éléments auraient trouvé refuge au Rwanda voisin. Ce qui induit que la dizaine des membres du M23, bénéficiaire de l’amnistie, n’est qu’un échantillon qui a souscrit  à l’exigence de la signature d’un acte d’engagement.  La Garde des Sceaux l’a confirmé de manière la plus claire : « Il y en a beaucoup plus qui pourront faire l'objet d'amnistie », a martelé la ministre de la Justice Wivine Mumba Matipa. Toutefois, une note importante : le délai court à partir de la promulgation de la loi pour remplir le formulaire. A l’expiration, c’est-à-dire après six mois, les prétendants auraient offert la preuve de la renonciation à l’amnistie.

Sur un ton péremptoire le M23 a estimé dans un communiqué que « Tout membre du Mouvement du 23 mars (M23), militaire ou civil sans exception aucune, est éligible à la loi d'amnistie ». Le communiqué dévoile les intentions cachées de cette force négative d’interpréter à sa guise les dispositions des déclarations de Kampala et celles de l’Accord –cadre de Nairobi.

L’amalgame est à son comble : « La direction politique du M23 prend acte du début de la mise en œuvre des Déclarations de Nairobi par l'organisation de la procédure de signature des actes d'engagement par les bénéficiaires de la loi d'amnistie promulguée le 11 février 2014 par le chef de l'Etat. Si un membre du M23 est poursuivi ou condamné par une juridiction quelconque pour d'autres faits infractionnels non prévus par la loi d'amnistie, il a ainsi le droit de remplir le formulaire et bénéficier pleinement de l'amnistie pour des faits couverts par la loi d'amnistie ».

En des termes clairs, le M23 cherche par tous les stratagèmes possibles à obtenir l’impunité pour tous ses membres. Cette attitude illustre l’état d’esprit qui habite les membres de cette rébellion défaite. En perspective, ils comptent revenir à l’aventure mais sous une autre forme.

La blanchisserie de Kampala n’ayant pas fonctionné comme par le passé, l’ex-M23 ne sait plus à quel saint se vouer. Pire, il se comporte comme un diable dans un bénitier.

[lePotentiel]