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RDC : Les oubliés de l’amnistie

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Grands absents de cette première liste d’amnistie, les personnes condamnées pour l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila en 2001 (ils sont une trentaine). De nombreuses ONG avaient en effet demandé que l’amnistie s’applique pour ces accusés dont certains encourent la peine de mort. Autres oubliés : les prisonniers politiques, comme Eugène Diomi Ndongala ou le pasteur Fernando Kutino. Mais les autorités congolaises avaient déjà prévenu que le cas de Diomi Ndongala ne relevait pas de l’amnistie pour faits politiques ou insurrectionnels. Diomi Ndongala est en effet accusé de viol sur mineures par Kinshasa, ce que le leader de la Démocratie Chrétienne récuse fortement.

En RDC, une première liste de 50 amnistiés vient d’être dévoilée. Parmi les bénéficiaires : des ex-M23, mais aussi des membres de l’ARP de Munene ou des fidèles d’Honoré Ngbanda. Une amnistie au goût très politique en vue du prochain gouvernement de « cohésion nationale », commente l’analyste d’Afrikarabia.

Très attendue par la classe politique congolaise, la liste des premières amnisties a été publiée samedi dernier par la ministre de la Justice, Wivine Matipa. Une première liste restreinte à 50 noms, mais qui en dit déjà beaucoup sur les intentions du pouvoir à Kinshasa, toujours en quête d’unité nationale.

Parmi les premiers bénéficiaires, on retrouve sans surprise des ex-membres du M23 (15 noms sont inscrits sur la liste). Après sa défaite militaire de novembre 2013, la rébellion s’était une nouvelle fois déchirée entre partisans de la signature d’un accord et les « durs du mouvement ». On retrouve donc sur la liste des amnistiés, l’aile politique la plus compatible avec Kinshasa. Avec au premier rang : René Abandi, le chef de la délégation rebelle au dialogue de Kampala. Le « diplomate » du M23 a toujours maintenu le dialogue avec les autorités congolaises. On y trouve aussi Serge Kambasu Ngeve. En novembre 2013, le secrétaire permanent du M23 s’était opposé au président du mouvement, Bertrand Bisimwa. En cause, la terminologie du document à signer avec Kinshasa après la défaite du M23. Kambasu était prêt à signer les « conclusions » des pourparlers de Kampala avec le gouvernement congolais, alors que Bisimwa prônait la signature d’un « accord ».

La nuance est subtile, mais derrière la sémantique, il fallait y voir les tensions qui régnaient alors entre les deux parrains de la rébellion : l’Ouganda et le Rwanda. Le « pragmatisme » d’Abandi et Kambasu a donc payé. Les deux « politiques » du M23 sont donc amnistiables.

Munene et « Terminator »

La liste des amnistiés ne s’arrête pas là. Elle contient également d’autres mouvements insurrectionnels. Parmi eux, les membres des attaques du 27 février 2011 à Kinshasa. Ce jour là, deux groupes d’une centaine d’hommes habillés en tenue civile et venant, selon une source de l’ONU, de Brazzaville, attaquent la résidence de Gombe du président Joseph Kabila. Le bilan est lourd : 19 morts.

Egalement sur la liste, des membres de l’ARP du général Faustin Munene. Opposant politique, depuis Mobutu, jusqu’à Joseph Kabila, le général Munene avait  trouvé refuge en 2010 au Congo-Brazzaville voisin. Sur la liste, sont aussi nommés quelques miliciens Enyele, qui combattent Kinshasa dans la province de l’Equateur.

Plus étonnant, sur la liste des amnisties se trouvent des proches d’Honoré Ngbanda, appelé « Terminator », lorsqu’il dirigeait d’une main de fer les services de sécurité du maréchal Mobutu. Les hommes de Ngbanda sont peu actifs en RDC. Mais Honoré Ngbanda, qui anime son mouvement d’opposition depuis l’Europe, bénéficie toujours d’un excellent réseau de renseignement au sein du système de défense et de sécurité de la RDC, pensent certains analystes.

Des amnisties… et des arrières pensées politiques

Dans cette première liste « fourre-tout » des 50 premiers amnistiés, Kinshasa cherche avant tout à faire un premier geste politique en direction de différents mouvements d’opposition congolais. Pour le M23, les autorités congolaises ne souhaitent pas renouveler les erreurs du passé en amnistiant ou en intégrant les responsables militaires dans l’armée.

Sultani Makenga, le chef militaire du M23 n’est donc pas « éligible » pour Kinshasa, tout comme la plupart des commandants rebelles, qui ont commis des crimes de guerre.

En amnistiant quelques politiques du mouvement, Kinshasa espère « dissoudre » la rébellion en coupant le politique du militaire. Cela n’empêchera sans doute pas l’ex-M23 de se reformer sous un autre nom, mais cela permet de gagner un peu de temps.

Concernant, les autres mouvements insurrectionnels (Munene, Ngbanda), ceux-ci sont clairement plus « anecdotiques » et ne représentent pas un réel danger pour le régime en place. Ce geste d’amnistie est donc purement symbolique et permet d’envoyer un signal positif à l’opposition politique et à la communauté internationale.

L’objectif du président Kabila est avant tout de rassembler une nouvelle majorité autour de lui, en attendant la nomination d’un prochain gouvernement d’union nationale et « de large ouverture politique ».

Les oubliés de l’amnistie

Grands absents de cette première liste d’amnistie, les personnes condamnées pour l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila en 2001 (ils sont une trentaine). De nombreuses ONG avaient en effet demandé que l’amnistie s’applique pour ces accusés dont certains encourent la peine de mort. Autres oubliés : les prisonniers politiques, comme Eugène Diomi Ndongala ou le pasteur Fernando Kutino.

Mais les autorités congolaises avaient déjà prévenu que le cas de Diomi Ndongala ne relevait pas de l’amnistie pour faits politiques ou insurrectionnels. Diomi Ndongala est en effet accusé de viol sur mineures par Kinshasa, ce que le leader de la Démocratie Chrétienne récuse fortement.

En attendant, d’autres personnes peuvent continuer à demander l’amnistie pour « faits insurrectionnels, faits de guerre et infractions politiques commis entre le 1er janvier 2006 et le 20 décembre 2013 ». La ministre de la Justice, Wivine Mumba,  a prévenu : « beaucoup plus pourront faire l’objet d’une amnistie mais ils doivent impérativement remplir un formulaire les engageant à ne plus commettre les faits amnistiés ».

Les candidats, qui doivent tous être congolais, ont six mois pour envoyer le formulaire de demande. Cette première liste de 50 noms constitue donc un premier « ballon d’essai » pour Kinshasa, qui espère bien faire rentrer dans les rangs ses opposants les plus déterminés.