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RDC : KAMITATU compose avec le diable

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En séjour, mi-mars, au Burkina Faso dans le cadre de l’International libéral, Olivier Kamitatu Etsu a été interrogé par un journal local (www.lobservateur.bf) s’il croyait à la sincérité de la déclaration faite le 9 mars dernier par le porte-parole du gouvernement congolais selon laquelle Joseph Kabila ne fera pas réviser la Constitution pour briguer un troisième mandat. "Le président Joseph Kabila respectera strictement la Constitution, avait dit Lambert Mende Omalanga. Il n’y a pas trois mandats consécutifs, il n’y aura pas trois mandats consécutifs". Dans sa réponse, "Olivier" de marteler que cette question ne se pose même pas au motif que l’article 220 de la Constitution fait partie des dispositions "intangibles". En mars 2010, l’homme soutenait une thèse tout à fait contraire. Il est vrai qu’à l’époque, il était membre du gouvernement. Actuellement, il n’est "que" chef d’un des partis de la "majorité présidentielle".

"A beau mentir qui vient de loin". Voilà un vieil adage que les élèves zaïro-congolais ont appris en littérature française. A Ouagadougou, Olivier Kamitatu Etsu, venu de la lointaine ville de Kinshasa, s’est fait passé pour un "démocrate convaincu". Un légaliste à tout crin. La réalité est pourtant tout autre. 

"Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a annoncé récemment que Jospeh Kabila allait respecter la Constitution et ne se présenterait donc pas à la présidentielle de 2016. Croyez-vous vraiment à cette déclaration?". C’est la question qui lui a été posé par le journaliste burkinabe Adama Ouédraogo Damiss. Réponse de Kamitatu : "Dans mon parcours politique, j’ai été le président de l’Assemblée nationale de transition. J’ai eu à participer activement à l’élaboration de la Constitution de mon pays, j’en suis donc l’un des pères. Dans cette loi fondamentale, l’article 220 dispose qu’on ne peut remettre en question la durée et le nombre de mandats du président de la République. C’est donc une des dispositions intangibles de notre Constitution, adoptée par le peuple congolais par référendum en janvier 2006 à plus de 85%". Et d’ajouter : " (...), le chef de l’Etat sait très bien que le peuple congolais s’est exprimé, que cette question ne peut même plus être posée. Ça veut dire qu’il n’est pas question d’un référendum sur l’article 220. Il n’est pas question non plus pour Joseph Kabila de tenter de toucher à quoi que se soit. (...)".

"Des flatteurs et des courtisans"

Notre confrère burkinabé a, par ailleurs, demandé à Kamitatu son opinion sur la querelle qui oppose certains membres de la majorité présidentielle au Burkina Faso sur l’idée de modifier l’article 37 de la loi fondamentale de ce pays sahélien pour permettre au président Blaise Compaoré de prétendre à un nouveau mandat. Réponse : "Il y a dans toute majorité des flatteurs et des courtisans qui sont prêts à aller à l’extrême pour plaire et séduire, peut-être pour obtenir des fonctions ou requalifier leur position; d’autres veulent simplement consolider leurs privilèges". Evariste Boshab, Aubin Minaku et consorts apprécieront...

Revenons justement au contexte congolo-congolais. Que dit l’article 220 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 par "Joseph Kabila"? Le premier alinéa est stipulé comme suit : "La forme républicaine de l’Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée des mandats du président de la République, l’indépendance du Pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle".

Question : A partir de quel moment Olivier Kamitatu Etsu a-t-il découvert que l’article 220 était inviolable en ce qui concerne notamment "le nombre et la durée des mandats du président de la République"? "(...). Le chef de l’Etat doit avoir plus de pouvoir. Au lieu d’un binôme président-Premier ministre, nous avons besoin d’un leadership fort, avec une autorité établie". Qui parle? Qui d’autre sinon Olivier Kamitatu Etsu! (Voir Jeune Afrique n°2564 datée du 28 février au 6 mars 2010). Il ajoutait : "(...). Nous constatons en effet que cinq années ne suffisent pas pour reconstruire le pays. (...)".

Quatre années après l’entrée en vigueur de la Charte fondamentale dont il se targue, à raison d’ailleurs, d’être "un des pères", "Olivier" rêvait déjà de l’instauration d’un régime présidentiel. De même, la durée du mandat du chef de l’Etat devait être revu à la hausse. A en croire Kamitatu, il suffirait de doter "Joseph Kabila" des pouvoirs accrus d’un "homme fort" pour que celui-ci devienne efficace et plus attentif aux véritables aspirations de la population. Alors que le Congo-Kinshasa navigue à vue simplement parce que l’homme qui trône à sa tête n’a aucun projet. Il n’a aucun grand dessein pour le pays. 

Double langage 

Olivier Kamitatu Etsu est un beau spécimen du politicien congolais. Le politicien congolais a la fâcheuse réputation de développer deux discours. Le premier, lorsqu’il milite dans les rangs de l’opposition avec tout ce que cela comporte comme privations et adversité. Ici, le discours est généreux et progressiste. Quatre thèmes en vogue tiennent lieu de crédo : la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et le respect des droits humains. Le second discours est développé lorsque l’ex-opposant accède dans le cercle très fermé des "puissants du moment". Le discours "droitdelhommiste" cède la place à des déclarations convenues. Conformistes. Conservateurs. 

Le politicien congolais donne de lui l’image brouillée d’un homme sans convictions en des valeurs. Un homme attiré uniquement par les postes et l’argent-roi. Pour lui, le pouvoir est un privilège et non une charge. L’intérêt général et le service à rendre à la collectivité sont des notions méconnues. 

Pour la petite histoire, "Olivier" et son ami d’enfance Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de libération du Congo (MLC), ont combattu, les armes à la main, le "régime dictatorial" de Kabila père et "fils" dès 1999. Et ce jusqu’à la mise en place du gouvernement de transition dit "1+4" à partir de juin 2003. Les raisons qui justifiaient cette lutte politique ont-elles disparu? Il est vrai qu’en 2010, Olivier Kamitatu Etsu était ministre du Plan. Actuellement, il n’est "que" chef d’un parti politique. Inutile, dès lors, de chercher ailleurs les causes de la pérennité du despotisme non-éclairé dans ce pays dont le processus de démocratisation, vieux de 24 ans, reste au niveau des balbutiements...

[Baudouin Amba Wetshi]