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RDC : Gouvernement MATATA, Conseils des ministres hebdomadaires exigés

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Au cours de la législature 2006-2011 qui s'est terminée, les réunions du gouvernement étaient une chose rare. Voire rarissime. Trois réunions du Conseil des ministres en 6 mois du second semestre 2010 dans un grand pays en proie à plusieurs problèmes complexes, l'on ne peut pas expliquer les raisons d'une telle posture dans le chef des membres du gouvernement. En 2011, l'irrégularité des réunions du Conseil des ministres aura été une donnée permanente de notre environnement politique . Et cela au point de jeter un discrédit sur nos pratiques et mœurs politiques.

Aussitôt arrivée aux affaires l'équipe gouvernementale s'est mise résolument au travail. A l'actif du nouveau gouvernement, il y a eu une réunion du Conseil des ministres tenue le jeudi dernier. C'est une bonne chose de voir les ministres se réunir et de prendre la mesure des tâches qui attend le nouveau gouvernement. Faut-il encore que la tenue des réunions soit régulière. Et pour cause ? Au cours de la législature 2006-2011 qui s'est terminée, les réunions du gouvernement étaient une chose rare. Voire rarissime. Alors que dans d'autres pays, le principe de réunions ordinaires hebdomadaires pour le traitement des dossiers, est une option levée. Une option sur laquelle on ne transige pas.

De mémoire de journaliste, il nous revient à l'esprit que dans le document Mémorandum économique de la RDC présenté fin 2011 par un des bailleurs de fonds de la RDC, la Banque mondiale, la question de ce dysfonctionnement institutionnel a été posée brutalement. Il était déploré que les réunions du Conseil des ministres durant le second semestre 2010 n'ont eu lieu que trois fois. " Dans les six derniers mois de l'année 2010, le Conseil des ministres ne s'est réuni que trois fois, conduisant à l'accumulation des lois et documents d'orientations politiques dans les canaux déjà largement bouchés ". Fin de citation. Cela est assez révélateur sur le niveau de sérieux que nous, Congolais, accordons au traitement des dossiers du pays.

Dans un tel contexte politique, où le gouvernement ne se réunit plus ou presque pas, ce mémorandum rapporte que le taux de traitement des dossiers dans cette institution connaît des retards importants notamment dans l'adoption de législations et de politiques. Et dire que pour certaines matières, les dispositions constitutionnelles exigent que les dossiers soient discutés et adoptés en Conseil des ministres. Une réunion du Conseil des ministres, telle est la voie obligée pour certaines questions. Mais quand le gouvernement ne se retrouve pas pendant plus d'un, deux ou trois mois autour d'une table, ces matières importantes souffrent. Voire, elles sont carrément laissées dans les tiroirs. Par ailleurs, l'absence des réunions régulières au niveau du gouvernement a une incidence négative sur le travail du Parlement qui attend parfois des initiatives de loi venant de l'exécutif. Cette léthargie au niveau du gouvernement peut ainsi ralentir la production législative du pays et affecter l'efficacité du Parlement. Mais aussi d'autres secteurs dont le succès dépend de l'efficacité du gouvernement.

Trois réunions du Conseil des ministres en 6 mois du second semestre 2010 dans un grand pays en proie à plusieurs problèmes complexes, l'on ne peut pas expliquer les raisons d'une telle posture dans le chef des membres du gouvernement. Et pourtant, c'est ce que l'on a connu dans ce pays vulnérable dans un passé récent. Cette situation surréaliste n'a ému personne au point que cela n'a jamais posé problème dans les sphères du pouvoir, ni dans l'opinion. En 2011, l'irrégularité des réunions du Conseil des ministres aura été une donnée permanente de notre environnement politique . Et cela au point de jeter un discrédit sur nos pratiques et mœurs politiques.

L'on a aussi à l'esprit que la deuxième République bien que tant décriée, a laissé, en cette matière institutionnelle, une image irréprochable. Chaque vendredi en effet, le gouvernement se retrouvait en réunion ordinaire du Conseil des ministres. Et cela n'excluait pas la tenue des réunions extraordinaires chaque fois que les situations l'exigeaient. La fréquence des réunions et des concertations apporte une cohérence et une orientation claire à l'action menée. La synergie ainsi créée est en soi un facteur positif dans la consolidation et la réussite de l'action amorcée.

A tout prendre, le gouvernement Matata doit revenir aux bonnes pratiques en instaurant le principe d'une réunion ordinaire hebdomadaire du Conseil des ministres. Si l'on veut faire montre de sérieux dans le traitement des dossiers, l'on ne peut pas faire mieux que de se retrouver souvent en Conseil des ministres. Le suivi des dossiers se trouvera amélioré. La lisibilité de l'action du gouvernement sera une réalité. Le sérieux et la rigueur dans le traitement des dossiers ne souffriront d'aucune contestation. Homme de dossiers et d'expérience, le premier ministre Matata peut éviter de tomber dans le piège de ne jamais réunir régulièrement son équipe. En cette matière, il peut s'inspirer de ce qui se fait, selon les meilleures pratiques, à l'instar de ce qui se fait sous d'autres cieux.

Didier Munsala Buakasa