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RDC : Après Kingakati, qu’entend faire la majorité présidentielle ?

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Dans sa nouvelle stratégie pour faire élire Joseph Kabila, la Majorité Présidentielle (MP) a décidée de rompre avec le silence et de communiquer de temps en temps.

Au lendemain du dépôt de sa candidature à la magistrature suprême, le chef de l’Etat Joseph Kabila a prononcé son discours-bilan. Les gens l’ont interprété en sens divers. Mais après Kingakati, qu’entend faire la MP ? En des termes simples mais clairs, son secrétaire général, Aubin Minaku balise le chemin d’avenir pour la victoire du candidat de la Majorité.

Pour un coup d’essai, c’est un véritable coup de maître que le secrétaire général de la Majorité présidentielle, MP, Aubin Minaku, a administré à ses détracteurs. Hier mardi 27 septembre, au cours d’une conférence de presse, la première depuis son élévation à la tête du bureau politique de la Majorité présidentielle par l’Autorité morale Joseph Kabila Kabange, nouveau secrétaire général de la MP s’est montré convainquant. Pour une sortie réussie, s’en est une.

Dans sa nouvelle stratégie pour faire élire son candidat à la magistrature suprême, Joseph Kabila, le secrétaire général de la MP a décidé de rompre avec le silence et de communiquer de temps en temps. Afin que le peuple sache, entende et voie, preuves à l’appui, tout ce que Kabila a fait et tout ce qu’il entend accomplir dans sa vision «pour le Congo, un pays émergent». Loin de se livrer en spectacle, en s’adonnant à un tel exercice face à la presse, Aubin Minaku reste bien convaincu que la communication et l’information exercent une grande influence sur la définition des enjeux sociaux, et la conférence de presse est justement l’une des formes supérieures de la communication avec le public.

Le secrétaire général de la MP a axé son entretien autour de bonnes dispositions de la «MP pour les élections apaisées». Il a clarifié certaines zones d’ombres entretenues à l’issue des discours-bilan du chef de l’Etat, celui du 14 septembre 2011 dans sa ferme de Kingakati, et celui prononcé le 22 septembre à la 66ème Assemblée générale des Nations unies. «C’est pour dissiper quelques malentendus dans l’opinion et couper court à une récurrente déformation de l’information, orchestrée et propagée par certains leaders de l’opposition qui l’utilisent désormais comme une stratégie de pré campagne», a précisé, d’entrée de jeu, le député Minaku.

Les vérités sur un discours

Pourquoi, après le dépôt de sa candidature le 11 septembre à la CENI, le chef de l’Etat avait-il choisi le cadre de Kingakati, sa ferme privée, pour s’adresser aux cadres de sa famille politique, et partant, aux Congolais qui l’ont suivi partout par la magie de l’audiovisuel ? Aubin Minaku replante le décor et retrace les mobiles. Le chef de l’Etat a voulu répondre à la liesse populaire qui l’a accompagné ce jour-là jusqu’au Bureau de la CENI. Tout le monde voulait l’entendre parler. « Ceci est l’expression de l’engouement populaire et de la grande appréciation de la population pour les travaux de reconstruction et de modernisation de notre pays à l’égard d’un homme qui, tout au long de ces cinq dernières années, a plutôt privilégié des actes concrets sur le terrain aux discours pompeux, dont le seul mérite pour les auteurs est de donner l’illusion de la bonne conscience face aux difficultés », a déclaré Aubin Minaku.

Voilà qui pousse le candidat Kabila à convier les membres de la Majorité à sa ferme de Kingakati pour une adresse, afin d’expliciter les raisons profondes qui ont motivé sa candidature à la magistrature suprême, à savoir «le bien-être des Congolais comme finalité de son action pour un Congo en paix, dont la sécurité et celle de ses citoyens est assurée». Cette conviction d’une paix vécue, martèle Minaku, est également partagée par des observateurs aussi importants comme la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) et tant d’autres.

A Kingakati donc, l’occasion était indiquée pour le président de la République de présenter à sa famille politique une première évaluation globale de l’immense œuvre accomplie, depuis cinq ans, à son initiative, dans tous les domaines et sur l’ensemble du territoire national. «Avec votre concours, pour l’essentiel, j’ai tenu mes promesses», a avoué Joseph Kabila, satisfait, lui, d’avoir un bilan à présenter pendant la campagne électorale, contrairement à aucun autre candidat en lice.

Mais en guise de bilan, que peut-on retenir finalement des discours de Joseph Kabila ? Qu’a-t-il exactement fait en dix ans ? Selon Minaku, la leçon à tirer des discours du président Joseph Kabila tant à Kingakati le 14 septembre 2011 qu’à la 66ème Assemblée général des Nations Unies le 22 septembre est qu’il ne manque pas de bilan. «Il a un bilan largement positif (…) En effet, il a réinstauré les fondamentaux de la République et entend poursuivre et parachever cette œuvre exaltante», a indiqué Minaku. Avant de poursuivre : «le problème n’est pas tant qu’il n’a rien fait, ou qu’il a trop fait (ce qui est absurde). Le problème est plutôt celui de savoir : à partir de quoi a-t-il amorcé la reconstruction et la modernisation».

En clair, à tous ceux qui prétendent qu’il y a eu des «erreurs» dans le discours de Kingakati et réclament des sanctions, Aubin Minaku déclare «clos» ce débat qui, selon lui, n’en est pas un. «Tous les chiffres cités par le président de la République ne viennent pas ex nihilo, mais c’est dommage qu’une partie de magistrats a voulu manipuler les autres», a-t-il dit. Pour la MP donc, «il n’y a pas eu erreur pour que quelqu’un soit sanctionné ou démissionne (…) le discours a été élaboré de façon responsable et le débat est clos».

Kingakati et après…

Après Kingakati, qu’entend faire la MP ? En des termes simples, le secrétaire général balise le chemin d’avenir. «Nous entendons poursuivre notre mission de sensibilisation, de mobilisation et de formation politique». Convaincue que les élections sont une compétition qui a ses exigences, la MP se prépare en conséquence, notamment avec la formation des cadres, l’organisation des masses… des opérations qui, selon Aubin Minaku, «ne peuvent être considérées comme des activités relevant de la campagne électorale proprement dite». Réponse à l’opposition qui les accuse de s’être déjà lancé dans la campagne avant la lettre. La MP s’estime n’avoir énervé aucune disposition de la Constitution, en affichant l’image de leur candidat et chef de l’Etat en exercice avec mention «Tous avec et pour Joseph Kabila», qui est d’ailleurs la devise de la majorité présidentielle.

Signataire du Code de bonne conduite et partisane des élections apaisées, la MP se plie à la décision de l’organe organisateur des élections. «Si la CENI pense qu’il peut enlever nos affiches, nous n’en faisons pas un casus belli», a dit l’élu d’Idiofa.

Seulement, prévient Minaku, autour du candidat Joseph Kabila, «candidat du peuple», ils vont poursuivre leur action de sensibilisation et de mobilisation, tout en respectant les mesures d’ordre public que les autorités administratives auront prises, en attendant le lancement de la campagne électorale proprement dite. Il le dit avec beaucoup d’assurance : «Le bilan de Joseph Kabila Kabange facilite notre tâche. Car lui au moins a tenu ses promesses dans un contexte difficile. Qui dit mieux !»

Pour des élections apaisées

Par rapport à l’audit du serveur central de la CENI, la MP, par la bouche de son secrétaire général, n’en trouve pas la pertinence pour le moment, puisque non seulement le vote sera manuel, mais surtout vu le « jeu de ping-pong » auquel jouent la CENI et les partis d’Opposition. Plus que ce manque d’opportunité, la MP accuse : « D’ailleurs, nous ne sommes pas loin de penser que ceux qui exigeaient le recrutement d’un bureau d’audit pour le commettre à l’examen du serveur de la CENI, n’aient pas été guidés par des visées purement mercantilistes. Associés à des officines qui n’avaient point gagné de marché auprès de la CENI, ils espéraient, par cette voie oblique, faire de petites affaires avant le lancement officiel de la campagne. Sans évoquer la possibilité d’envoyer simplement des virus destructeurs envahir les fichiers du serveur ou encore l’objectif latent ou réel consistant en des manœuvres dilatoires tendant à éviter la date du 28 novembre 2011 ».

Réaffirmant la ferme volonté de la Majorité présidentielle pour des élections apaisées, Aubin Minaku a reconnu que l’alternance est un attribut essentiel en démocratie. Mais, pour qu’elle soit réelle et porteuse, elle doit s’accompagner d’une proposition alternative. Sinon, poursuit le SG de la MP, la recherche de l’alternance se réduit à la simple course au pouvoir pour le pouvoir (ôte-toi de là que je m’y mette).

Face aux difficultés des opposants à s’entendre et à s’allier autour d’un candidat et d’un programme commun comme l’a fait la Majorité, Aubin Minaku conclut sans ambages que « l’Opposition congolaise n’a malheureusement point de perspective alternative. Apparemment, elle n’est pas prête à diriger, à assumer le pouvoir de vouloir et d’agir pour le peuple».

Par  RICH NGAPI