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RDC : Cycle interminable des forums politiques

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Rencontre d’Addis-Abeba, une distraction. Après Bruxelles en 2002, Sun City de 2002 à 2003, Pretoria en 2005, les acteurs politiques congolais se retrouvent depuis ce lundi 26 septembre 2011 à Addis-Abeba. Pour quoi faire ?

L’abondance des biens ne nuit pas, certes. Mais le surdosage entraîne toujours une nuisance, jusqu’à provoquer des cas désespérés. Faut-il croire que les Congolais ont l’oreille tellement dure que l’on doit chaque fois répéter les mêmes choses jusqu’à ce qu’ils comprennent, ou l’on tient tout simplement à les abrutir pour en faire des moutons de Panurge ? Les voilà de nouveau réembarqués dans ce cycle interminable des forums politiques. Après Bruxelles en 2002, Sun City de 2002 à 2003, Pretoria en 2005, les acteurs politiques congolais se retrouvent depuis ce lundi 26 septembre 2011 à Addis-Abeba. Pour quoi faire ?

Du 26 au 27 septembre 2011, donc présentement, se tient un forum des acteurs politiques congolais avec comme thème principal «Le processus électoral et les perspectives de paix et de sécurité en RDC». Organisé par l’Institut d’études de paix et de sécurité, IPPS, attaché à l’Université d’Addis-Abeba, en tant que partenaire de l’Union africaine, ces assises se déroulent dans la capitale éthiopienne, mais également siège de l’Union africaine.

Rien à redire sur l’initiative si elle contribue à renforcer les capacités des acteurs politiques congolais et autres membres de la Société civile qui y ont été invités. Seulement voilà. Ce n’est ni l’important même si l’on donne l’impression de coller à l’actualité politique, ni l’opportunité.

L’on a ainsi l’impression que les partenaires extérieurs se rendent certainement à l’évidence que les acteurs politiques congolais n’ont pas encore saisi l’essence de leur rôle. Ou de chaque échéance politique. Raison pour laquelle ils multiplient des initiatives jusqu’à ce qu’il en reste quelque chose dans la tête des Congolais.

L’on se rappellera qu’en 2002, les partis politiques et la Société civile s’étaient retrouvés au palais d’Egmont, à Bruxelles, pour réfléchir sur le sens du Dialogue inter congolais ainsi que les élections à venir. Le Dialogue inter congolais a eu lieu à Sun City, en Afrique du Sud, après avoir été au Botswana et Addis-Abeba. Un accord global et inclusif a été signé, débouchant sur une forme alambiquée de transition, 1+4, avant l’organisation des élections 2006.

Comme si cela ne suffisait pas, quasiment les mêmes partenaires sont revenus à la charge, avec d’autres forums politiques. Une trentaine d’acteurs politiques aussi bien de la Majorité que de l’Opposition se sont rendus au début de cette année à Pretoria, écouter les mêmes discours contenus dans des thèmes quasi-identiques, autour d’«élections, sécurité, paix».

Alors qu’il ne reste plus que 60 jours pour le déroulement des élections, les mêmes partenaires rebondissent, invitation à l’appui pour que les acteurs congolais se rendent à Addis-Abeba, cogiter autour des mêmes thèmes : élections, paix et sécurité. Peut-on vraiment croire qu’à deux mois de la tenue des élections, les candidats à la présidentielle et aux législatives ont une idée floue des «élections, la sécurité, la paix» ? Ce serait un «drame national» si la réponse serait affirmative.

Une vive interpellation

De deux choses, l’une. Ou les partenaires extérieurs ont effectivement raison qu’après avoir organisé un forum, fait le suivi, ils ont bel et bien constaté que les Congolais n’ont rien retenu, une fois retournés chez eux. Peut-être que le constat a été appuyé par ces discours politiques enflammés, le comportement surprenant de certaines personnalités politiques, la gestion scabreuse du pays, les escarmouches qui se poursuivent encore sur le terrain, le palmarès des organisations internationales qui alignent la RDC à la queue de leur tableau en matière de mauvaise gouvernance, du mauvais climat d’affaires, du Produit intérieur brut faible, de la corruption à grande échelle, de l’intolérance, de la violence sur toutes ses formes qui est en train d’émailler le processus électoral en cours, et nous en passons. De ce point de vue là, l’on pourrait se permettre de dire que les Congolais n’ont rien retenu de ce qu’ils ont entendu à Bruxelles jusqu’à Addis-Abeba en passant par le Botswana, encore Addis-Abeba, Sun City et Pretoria.

Dans le cas contraire, la RDC est prise dans un cycle interminable de forums politiques aux agendas cachés. Une manipulation des pyromanes. Et curieuse coïncidence, ce sont pratiquement les mêmes acteurs politiques qui font les tours de villes depuis Bruxelles comme si la RDC n’avait de bons ou mauvais acteurs politiques qu’eux.

Autre curiosité, ces thèmes se présentent comme des «préventions», des «cas de figure» qui vont certainement se produire. Qui a dit qu’après ces élections, la paix et la sécurité seraient inévitablement remises en cause pour que l’on en parle maintenant et rien que maintenant ?

Certes, l’Afrique des «seigneurs de guerre» n’est pas encore enterrée. L’on a encore frais en mémoire le cas de la Côte d’Ivoire. Dernièrement, la Guinée a de peu failli basculer dans l’horreur. Mais il est connu de tous que la RDC dispose d’un «peuple pacifique», épris de paix. Que toutes les guerres lui ont été imposées par des «faiseurs de guerre» avec des Etats africains interposés pour contrôler ses richesses. Que l’on relise attentivement l’Accord de Lusaka et parcoure les noms des signataires pour se rendre à l’évidence que l’on se trompe souvent d’adresse en organisant ces forums politiques. Ils devraient être adressés en premier lieu aux faiseurs de guerre et à leurs agents exécuteurs plutôt qu’aux Congolais. Par ailleurs, cette même Union africaine a jusqu’ici été incapable de ramener la paix en RDC. Elle n’a jamais constitué une «force militaire» telle que proposée par International Crisis Group, à l’image de celle du Darfour ou de la Somalie, en vue de neutraliser les forces négatives qui continuent à semer mort et désolation en RDC. Non. L’Union africaine trouve intéressant de se précipiter sur de telles initiatives, puisque l’Université nationale éthiopienne n’a pas suffisamment de moyens financiers pour financer une telle opération, inviter des Congolais, comme des moutons de Panurge, et leur expliquer ce que c’est les élections, la paix et la sécurité. Pire distraction afin d’éloigner les Congolais de l’essentiel des enjeux de l’heure que sont la bonne gouvernance, le contrôle des richesses et la sauvegarde des attributs de l’indépendance et de la souveraineté nationale.

Cri de cœur de Thabo Mbeki

Il est vrai qu’en pareilles circonstances, on ne peut se gêner de se tourner vers ce sage africain, Thabo Mbeki. Réagissant à la guerre de la Libye, il invitait les Etats africains à «se dresser contre l’Occident». Mais il avait pris soin de parler d’une introspection qui s’imposait aux dirigeants africains de s’interroger sur leur propre comportement.

Pourquoi ces partenaires n’organisent-ils pas ces forums politiques en RDC afin de jeter de temps en temps un regard sur ce qui se passe sur le terrain ? D’abord, ces rencontres seraient à moindre coût, elles permettraient aux autorités congolaises d’améliorer leurs infrastructures de communication en prévision des rencontres internationales, et enfin la participation ne serait point du tout sélective. Ensuite, l’on n’est plus à la situation d’avant Dialogue inter congolais pour des rencontres à l’extérieur du pays. Le président Kabila n’a-t-il pas proclamé que la paix règne sur toute l’étendue du pays ? Alors ?...

De telles opportunités permettraient de trouver des réponses à certaines interrogations pertinentes. Notamment de savoir pourquoi l’insécurité est permanente au Kivu, dans la Province Orientale ( ?)

Malheureusement, il y a un cliché qui apparaît de plus en plus depuis Sun City : l’obsession d’un accord global inclusif qui fait chaque fois le lit d’une «transition». Et seuls les signataires en sont les grands bénéficiaires. On a donc peur des élections. C’est la dure réalité. Le reste n’est que pire distraction.

[Le Potentiel]