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RDC : La théorie du complot de la balkanisation (suite)

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Les États-Unis d'Amérique en République Démocratique du Congo (RDC), de l’origine à nos jours, une tragédie.

Dans le Potentiel N°5333 du lundi 19 septembre dernier, nous avons publié, au nom de la Plate-forme « Non à la Balkanisation » un article intitulé « WIKILEAKS, l’AMBASSADE des USA à Kinshasa et la Plate-Forme « NON à la Balkanisation de la RDC ». C’était une réponse à la révélation de Wikileaks relative au câble diplomatique de l’Ambassade américaine de Kinshasa, traitant Freddie Mulumba et Emmanuel Kabongo Malu d’intellectuels radicaux qui répandent la « Théorie du complot de la balkanisation de la RDC ». Aujourd’hui, nous allons voir comment les Américains sont entrés en RD Congo.

L’engagement américain en République démocratique du Congo ne date pas d’hier. Déjà, dès les premiers jours de l’esclavage Atlantique, par exemple, les commanditaires de ces expéditions insistaient pour que les esclaves viennent du Congo. Les esclaves venant du Congo pour les Etats-Unis étaient si cruellement traités que nombreux d’entre eux furent partisans d’un retour massif en Afrique ! Ce à quoi le professeur Booker Washington répondit, dans un meeting à Boston : « Nous sommes les seuls Américains qui soient venus sur ce sol sans l’avoir demandé ni voulu. On est allé nous chercher là où nous étions et on nous a amenés ici à grands frais, au prix de mille dangers et de mille sacrifices. Eh bien, nous ne voulons pas que ces sacrifices aient été inutiles. Nous sommes ici ; nous nous y plaisons, et nous comptons bien y rester » (1). D’autres Congolais, déportés à Cuba, avaient tellement fructifié les Amériques qu’en 1900, plusieurs d’entre eux, affranchis et riches, avaient demandé à Léopold II de les autoriser à regagner l’Etat Indépendant du Congo ! Ce qui fut, bien sûr, refusé par le Monarque sanguinaire et cynique Belge, malgré la démarche de Pasteur Emmanuel. Voici ce qu’en dit l’Essor économique universel d’Anvers : « Mandataire d’un groupement de dix-huit mille noirs du Congo établis à Cuba où il y a une trentaine d’années, ils furent emmenés comme esclaves, le pasteur Emmanuel (sic) se rendait en Belgique, au mois de mars 1901, pour négocier avec le gouvernement du roi Léopold II le rapatriement et l’emploi de ces noirs dans leur pays natal, devenu colonie belge. Emancipés depuis de longues années ,ces noirs possèdent actuellement, à Cuba, des propriétés atteignant une valeur d’environ un million de dollars, soit 25 millions de francs » (2) Léopold II refusa le retour des Congolais dans leur pays, pour faire de « l’exploitation du Congo le plus grand crime jamais commis dans l’histoire » (3) Et Nadine Gordimer postfaçant l’Américain Adam Hochschild (4) écrit : « Le remarquable document d’Hochschild dépasse toutes les autres études sur le Congo. Il montre comment l’Europe entière- et les Etats-Unis s’est rendue complice de l’holocauste perpétré par le roi Léopold sur le peuple congolais ».

En effet, il y eut aussi une délégation américaine à la Conférence de Berlin- avec Henry Morton Stanley (un des inspirateurs de la future armée coloniale-Force Publique) comme conseiller technique du riche aristocrate du Connecticut Henry Shelton Sanford dont le remarquable lobbying amena les Etats-Unis à reconnaître la revendication de Léopold II sur le Congo et au président Chester A. Arthur de faire l’éloge du Monarque Belge au Congrès des Etats-Unis d’Amérique !

L’influence américaine au Congo n’a fait que s’intensifier avec le poids grandissant des Etats-Unis dans les affaires mondiales.

EPINGLONS QUELQUES FAITS SAILLANTS ET SIGNIFICATIFS

Les racines du Panafricanisme (c’est-à-dire l’expression de la volonté commune de résister à l’esclavage et de nous émanciper nous-mêmes) remontent jusqu’au Sud profond des Etats-Unis où tant des nôtres vivaient. Le Panafricanisme au Congo est intimement associé à deux noms : le Révérend

Jackson qui facilita la rencontre entre Congolais et Marcus Garvey en 1928, et W.E.B. DuBois qui fit la connaissance de Paul Panda Farnana Président de l’Union Congolaise au Congrès Pan –Africain de Lisbonne de 1920-21.Et, aujourd’hui un regard sur la carte du Congo vous montrera que nous partageons des frontières, des tribus et des cultures communes avec neuf pays. En d’autres termes, notre destinée est d’être Panafricanistes.

Du temps de l’Etat Indépendant du Congo quand Léopold II régnait sur le pays comme sur une plantation personnelle, ce sont deux Américains noirs qui ont aidé à documenter les atrocités commises sur le peuple congolais. C’est grâce au travail de ces deux hommes – George Washington Williams ,un journaliste ,et le Révérend Sheppard,un missionnaire, que l’écrivain anglais E.D. Morel, avec l’aide des câbles diplomatiques de Roger Casement a pu écrire le Caoutchouc Rouge ( Red Rubber) et secouer la conscience du monde contre le Roi des Belges. C’est grâce à cette documentation que Mark Twain rédigea son fameux King Leopold’s Sililoquy. Nous sommes heureux aujourd’hui de voir l’Ambassade Américaine de Kinshasa offrir, chaque mois un prix Mark Twain aux journalistes et écrivains pour réveiller l’esprit Mark Twain c’est-à-dire la dénonciation des injustices flagrantes ! Pour nous l’instauration du Prix Littéraire Mark Twain est un appel au Souvenir !

Même au risque de trop allonger cette interpellation, il vaut la peine de rappeler ce qu’ils ont écrit, longtemps avant que les plus grands violateurs des droits humanitaires n’y recourent comme un des moyens les plus efficaces pour dresser des listes noires des gouvernements considérés comme « terroristes ».

Williams fut la première personne à décider d’écrire systématiquement et de dénoncer sans crainte les atrocités auxquelles il avait assisté au Congo, par la voie des journaux. Ses articles les plus importants sont Une lettre Ouverte au Roi Léopold II (en 1890) et un Rapport sur l’Etat- Congo et le pays au Président des Etats-Unis d’Amérique. Et dans une lettre au Secrétaire d’Etat, il décrivit ce qu’il avait vu au Congo comme des « crimes contre l’Humanité ».

William Sheppard, un missionnaire presbytérien noir Américain, comme beaucoup d’autres missionnaires d’Angleterre, de Grande Bretagne et de Scandinavie, avait été horrifié parce qu’il avait vu au Congo sous Léopold II. Mais contrairement aux autres, il extériorisa sa colère en Janvier 1908 dans Kassai Herald, la lettre annuelle pour Presbytériens Américains Aux Etats-Unis. Il fustigea en particulier la Compagnie du Kasaï, une compagnie concessionnaire qui faisait des bénéfices énormes sur le caoutchouc extrait en recourant à des méthodes terroristes comme la prise d’otages, l’amputation des mains, les massacres de villageois insoumis, et ainsi de suite. Voici comment le Révérend Sheppard, un décrivait ce qu’il avait vu avant et après la boucherie du Caoutchouc Rouge :

« Il y a à peine quelques années, les voyageurs qui traversaient ce pays trouvaient les Congolais vivant dans des grandes maisons d’une à quatre chambres, vivant harmonieusement avec leur famille, leurs femmes et leurs enfants, une des tribus africaines les prospères et les plus intelligentes…. Mais quels changements dans l’espace de ces trois dernières années ! Leurs plantations sont envahies par la savane et la jungle, leur roi réduit à l’esclavage, leurs maisons, maintenant réduites à une chambre, sont à moitié construites et laissées à l’abandon. Les allées de leurs villes ne sont pas aussi propres et nettes qu’elles l’étaient avant. Même leurs enfants pleurent de faim. Pourquoi ce changement ? On peut vous l’expliquer en quelques mots. Il y a des sentinelles armées des compagnies commerciales qui forcent les hommes et les femmes à passer le plus clair de leurs journées et nuits dans les forêts à préparer du caoutchouc, et à un prix qui ne leur donne pas de quoi vivre. Dans la majorité des villages ces gens n’ont pas le temps d’écouter les paroles de l’Evangile, ou réfléchir sur le salut de leurs âmes.( extrait de King Leopold’s Ghost, 1998,p.261 par Adam Hochshild).

LE CONGOLAIS OTA BENGA DANS UNE CAGE !

Combien de gens se rappellent le destin d’Ota Benga, un Congolais qui avait été « exposé » avec des Esquimaux et d’autres peuples non-blancs à l’Exposition Universelle de Saint-Louis (1904) comme s’ils étaient des objets. (La même chose avait été faite au Musée de Tervuren à peu près à la même époque). En 1906, Ota Benga se retrouva encore une fois exposé, cette fois dans la même cage qu’un Orang Outan du zoo de Bronx à New York. Grâce aux protestations véhémentes de religieux noirs, il sera retiré de la cage. Plus tard une poétesse noire invita Ota Benga à rester chez elle. Mais la combinaison accumulée de l’exil et de la déshumanisation subie au cours de ce séjour l’emporta : Ota Benga se suicida en 1916. On peut se demander aujourd’hui combien d’Américains de toutes les couleurs vivent et meurent comme Ota Benga tout simplement parce que le monde a été façonné par des forces et des gens incapables du moindre geste humanitaire ? (5)

Malheureusement, notre pays n’a jamais cessé d’être dans le collimateur des prédateurs de tous bords. D’abord recherchés par les trafiquants d’esclaves, nous sommes devenus par après l’obsession des constructeurs d’empire politique, économique, militariste. Le cas de la Deuxième Guerre Mondiale et de la Bombe Atomique mettent en exergue le rôle fournisseur de la République démocratique du Congo en ce qui concerne las matières stratégiques, les convoitises qu’elles suscitent et la déperdition humaine, l’ensauvagement qu’elles engendrent.

EINSTEIN ET LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Il y a de vérités qui ne sont pas bonnes à entendre, surtout lorsque quelques historiens, souvent de mauvaise foi, ou des responsables politiques, mettent beaucoup de force et d’énergie à les dissimuler. Néanmoins, il faut reconnaître qu’elles sont parfois bonnes à dire même si elles dérangent les forces conservatrices.

Dès 1939, le célèbre physicien Albert Einstein, qui fuit la persécution contre les Juifs en Europe alimentée par l’idéologie nazie, s’est exilé aux Etats-Unis. Le 2 août 1939, il écrit au président américain Franklin Roosevelt et lui apprend que face à la menace nazie, il serait utile de fabriquer de nouvelles bombes d’une forte puissance car l’Allemagne hitlérienne travaille activement sur le programme atomique. Dans sa lettre, Albert Einstein laisse entendre que la Belgique pourrait être d’une aide précieuse dans le projet atomique car c’est au Congo que se trouvent les plus grandes quantités d’uranium. Einstein demande également au président Roosevelt de permettre au gouvernement américain d’apporter un soutien appuyé à la recherche atomique. Le président des Etats-Unis accepte sans hésiter la proposition et invite Lyman James Briggs, à créer secrètement un comité consultatif pour l’uranium. La première réunion du Comité se tient à Washington le 21 octobre 1939.

Le président Roosevelt mobilise un budget de près de deux milliards de dollars et le projet Manhattan dirigé par Robert Oppenheimer voit le jour.

Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, des chercheurs américains, canadiens et européens travaillent aux Etats-Unis dans le plus grand secret sur le projet de la bombe atomique.

Les Etats-Unis observent avec inquiétude le triomphe de la puissance militaire allemande qui s’est déjà alliée à celle de l’Italie et du Japon. En juillet 1941, les États-Unis adoptent des sanctions économiques contre les Japonais qui viennent d’envahir la Chine et l’Indochine française. La riposte des Japonais aux sanctions américaines est immédiate. Dans la matinée du 7 décembre 1941, une attaque conjointe de la marine et de l’aviation japonaise détruit la principale flotte de l’US Navy qui stationne dans l’archipel d’Hawaii au large de l’océan Pacifique. Les dégâts matériels et humains sont importants, côté américain. Les Etats-Unis comptent 2403 morts et près de 1178 blessés. Quatre de leurs navires sont coulés. Les « Yankee », sévèrement touchés, réagiront avec brutalité. Mais pas dans l’immédiat.

Au mois de juin 1941, le besoin d’uranium se fait de plus en plus sentir. L’université de Columbia mène activement des recherches sur la désintégration de l’uranium et bénéficie, pour cela, de fonds publics.

L’African Metals basée à New York, mais en réalité filiale de l’Union Minière du Haut- Katanga qui se trouve au Congo, livre aux américains plusieurs tonnes d’uranium congolais provenant de la mine de Shinkolobwe. Cet uranium sera entreposé dans des tonneaux à Staten Island (New York).

En janvier 1942, le président Roosevelt décide de la fabrication de la bombe atomique. L’armée américaine agrandit les aéroports de N’Djili et de la Luano. L’officier Merrit confirme dans un rapport classé confidentielle défense, l’importance de l’uranium congolais dans la défense américaine. Les américains veulent l’exclusivité de livraisons de l’uranium, cobalt, cuivre et étain ! Roosevelt signe les Accords avec Churchill au Québec en août 1943 avec un volet traitant de l’arme nucléaire à partir de l’uranium. Les américains signent, pour dix ans, un contrat d’exclusivité avec le gouvernement belge en exil à Londres.

En résumé, les Américains et les Britanniques veulent s’approprier les ressources du Congo à travers l’Union Minière du Haut Katanga.

Ayant bénéficié de l’appui des Britanniques dans cette opération, les Etats-Unis vont ainsi recevoir de 1942 à 1944 près de 30 000 tonnes d’uranium du Congo belge sans qu’un centime ne soit versé aux pauvres congolais.

La contribution du Congo à l’effort de guerre fut ainsi déterminante. Certains experts affirment que si la Belgique a pu se reconstruire rapidement après la guerre, c’est très probablement aussi grâce aux immenses ressources financières de l’uranium du Congo qui lui ont été concédées par les Américains pendant la guerre.

Une fois dotés de l’arme atomique, les « Yankee » vont pouvoir se venger contre les japonais : le 6 août 1945, le président Harry Truman, qui a succédé à Roosevelt décédé le 12 avril de la même année, décide de larguer la première bombe atomique sur la ville japonaise d’Hiroshima. Lors des deux explosions nucléaires, la première sur Hiroshima le 6 et la seconde sur Nagasaki le 9 août 1945, peu de personnes à travers le monde peuvent imaginer à ce moment–là et même jusqu’à ce jour, que l’uranium qui a servi à la fabrication des bombes provient d’Afrique et spécifiquement du Congo ! Un Congo aujourd’hui meurtri par l’Amérique !

Pourtant, c’est parce que les Américains ont bénéficié de l’uranium congolais du Katanga fourni, via la Belgique, qu’ils ont pu disposer, à la fin de la guerre et avant le régime nazi, de l’arme atomique. Ainsi, si l’Amérique est vue aujourd’hui comme le pays qui a « gagné » la Deuxième Guerre mondiale, c’est à la République démocratique du Congo que les Etats-Unis le doivent !

Le destin de la mine de Shinkolobwe, là où était extrait l’uranium qui donna naissance aux bombes atomiques américaines est comme celui du Congo : épuisée à la suite d’une extraction mécanique intense, cette mine fut fermée par les Américains et pour qu’elle ne puisse pas être ré ouverte, les Américains l’inondèrent d’eau, tandis qu’une partie du minerai de l’uranium a été stockée à Oolen en Belgique ! (6)

Et la participation du Congo à la construction de la grandeur des USA ne s’arrête pas en si bon chemin ! Il y a la fameuse Guerre froide.

LA GUERRE FROIDE : OU LA TROISIÈME GUERRE MONDIALE DU CONGO !

Pour préserver et agrandir la puissance mondiale acquise à la fin de la Deuxième Guerre mondiale suite aux bombes construites avec l’uranium de la R.D.C., les Américains adoptent la politique du « Containment », orientation politique en cours aux Etats-Unis depuis 1947 et qui vise spécifiquement à contenir (« to contain ») l’Union Soviétique, c’est-à-dire à s’opposer (par tous les moyens) à l’extension de son influence dans le monde. Cette politique expansionniste de la superpuissance naissante a imposé aux dirigeants américains, au vu de l’importance économico stratégique du Congo, de s’assurer la collaboration du géant du continent africain, à préparer et à placer à sa tête, quand il le pouvait, un homme plus ou moins totalement sous leur contrôle. Ainsi, en 1952, par exemple, longtemps avant notre indépendance en 1960, le Général Eisenhower, en campagne pour la Présidence, déclara que « quiconque contrôle le Congo Belge contrôle le reste du Continent ». Pour s’assurer ce contrôle, meurtres et crimes sont commis tandis que « les Hommes forts » nous sont imposés !

Ainsi notre Premier ministre Patrice Emery Lumumba fut assassiné en janvier 1961 sur ordres venant de la Maison Blanche tout simplement parce qu’il était accusé d’être un communiste !

Il n’est aujourd’hui un secret pour personne que l’arrivée de M. Mobutu au pouvoir se fit avec la bénédiction de l’administration américaine et le soutien actif de la « Central Intellignce Agency ». Il exécutait tellement bien les ordres reçus qu’il garda le poste pour plus de trente ans, et fut félicité par tous les Présidents américains depuis et y inclus J.F.Kennedy, à l’exception du Président Carter.

Mobutu, qu’on peut considérer comme la plus grande réussite de l’École Belge que fut la Force Publique qui lui inculqua la violence comme fondement du politique, avait aussi apprit de ses protecteurs américains que les assassinats étaient le moyen le plus sûr de pérenniser son pouvoir ! Et il ne s’en priva pas : les Mulele, Kudiakubanza, Kalume, Munongo Msiri et tant d’autres leaders politiques firent les frais de sa cruauté, sous l’œil approbateur des Etats-Unis d’Amérique. Et aujourd’hui, ceux qui encouragèrent Mobutu à assassiner les élites, à détruire l’école, l’armée… Nous demandent, pince-sans-rire : « Pourquoi la République démocratique du Congo n’a pas un personnel politique patriote, compétent et intègre ? ». Oui, les meilleurs sont au cimetière. La Guerre Froide fut pour nous Congolais réellement notre Troisième Guerre Mondiale. Comme dit Ali Mazrui : « La Guerre Froide fut gagnée et /ou perdue au Congo ». Le fait que, près de 40 ans après son Indépendance, le Congo est encore en train de se débattre avec les mêmes problèmes que ceux de 1960 montrent l’ampleur de la destruction provoquée par la Troisième Guerre Mondiale, et les conséquences dévastatrices de la politique délibérée d’imposer des « hommes forts » pour défendre à tout prix leurs intérêts. La liste des concepteurs et participants à l’exécution de cette politique est longue. On y trouve : Larry Devlin, le chef de mission de la CIA au Congo au début des années 1960 ; Andrew Cordier envoyé pour diriger la mission des Nations Unies au Congo pour contrecarrer la position de principe prise par Ralph Bunche ; l’Ambassadeur Timberlake ; Frank Carlucci, un fonctionnaire fanatique du Département d’Etat envoyé au Congo pour garantir le maintien du Congo dans le camp du « Monde Libre » ; Léon Tempelsman, un diamantaire conseiller occulte des Présidents John F. Kennedy et Lyndon Baines Johnson sur les affaires congolaises ; Herman Cohen ; Dr. Close ; le Révérend Pat Robertson, un homme d’affaires associé de Mobutu dans le pillage du bois et d’autres ressources naturelles.

Le Bilan de la Guerre Froide sur le Congo est peut-être à trouver dans ce que l’éditorialiste Américain William Haagland a écrit dans le Washington Post du 19 novembre 1991(alors que la Guerre Froide avait pris fin avec la chute du Mur de Berlin), avec force désinvolture à moins qu’il ne se fût agi d’une glissade ou d’une fantaisie du langage, que les ambassadeurs américains successifs au Congo considéraient « Les points faibles de Mobutu, tel le pillage du trésor national pour approvisionner ses comptes bancaires en Suisse, comme une petite taxe de guerre froide levée sur les congolais » (a small Cold War tax on Zairians »). On a toute raison de croire que pour eux ces points faibles incluaient aussi des souffrances de toute sorte, une misère généralisée, des exécutions sommaires, une quotidienneté d’angoisse et de désespoir, etc. (7)

Ainsi, en paiement de notre contribution à la victoire américaine contre l’URSS pendant la fameuse Guerre Froide, nous avons récolté un niveau de destruction difficile à calculer jusqu’à ce jour. Comme peuple, nous ne pouvons pas mourir ! Mais un peuple peut être détruit tout simplement en le meurtrissant au-delà de la possibilité de se guérir.

Bien que les temps aient changé le destin de notre peuple, il continue d’être façonné par les mêmes forces : pendant plusieurs siècles nous étions recherchés comme esclaves, puis nous avons été pillés pour le caoutchouc, puis pour des minerais et d’autres matières premières. Et tout cela avec de la main-d’œuvre forcée, et en nous maintenant, à tout prix, au même niveau de 3/5 d’un être humain.

La mondialisation est la nouvelle formule de la recolonisation de la planète en vue de répondre aux exigences de grandes multinationales. Le mot de passe semble être « Mondialisez-vous sinon … ». Combien de fois un pays doit-il mourir avant de voir son peuple finalement permis de mener une vie normale, non pas comme des zombies, mais comme des être humains pleinement reconnus comme tels.

Le carcan de destruction dans lequel se trouve notre pays est le résultat de plusieurs décennies d’une coalition de dirigeants congolais et étrangers absolument décidés à poursuivre et à approfondir les pratiques coloniales de vol et de pillage, comme à travers la vassalisation de la R.D.C.

A cet effet, nous vous rappelons ce qu’écrivit Henry Kissinger dans « la Diplomatie ». Ecrivant après la chute du mur de Berlin, le brillant homme d’État fait le bilan de la diplomatie américaine et fait des projections sur la politique future de l’empire dans les différentes parties du monde. Parlant du Zaïre, H. Kissinger écrit : « Il faudra inciter les États voisins à attaquer ce pays. Si le Zaïre n’est pas capable de défendre son intégrité territoriale, les Etats-Unis prendront acte de sa balkanisation » (8).

Ainsi l’objectif politique de la guerre actuelle en R.D.C. est d’émietter le géant de l’Afrique en petits États alimentaires dont le budget dépendrait de l’aide américaine. La balkanisation enlèverait à ce pays toute velléité de devenir une « grande puissance ». La balkanisation de la République démocratique du Congo porterait ainsi un coup fatal à la renaissance africaine dont l’articulation majeure est de constituer un État fédéral africain qui s’appuie sur les richesses minières, énergétiques de la République démocratique du Congo ! Comme l’Allemagne et son bassin de la Ruhr dans la constitution, en cours, des Etats-Unis d’Europe.

Et, en matière de balkanisation pour ruiner la puissance, les Américains détiennent une grande expérience : c’est ce qu’ils ont fait en Amérique du Sud !Et, en matière de débilitation d’un pays pour le ruiner spirituellement, économiquement, politiquement ; désorientant ce pays et son peuple pour des siècles, les Américains sont encore détenteurs d’une expérience unique au monde : ce sont des Américains qui ont, en moins de deux décennies d’occupation d’Haïti, déstructuré ce pays, y installant, pour de longs siècles une déréliction jamais égalée. Ils voulaient se venger de Toussaint Louverture qui avait osé soutenir Simon Bolivar dans la guerre de libération et la construction des Etats-Unis d’Amérique du Sud ! En effet, c’est en patriotes convaincus, voire en nationalistes chauvins, que les dirigeants des Etats-Unis, fidèles aux préceptes d’Alexander Hamilton, ont d’abord étendu leur territoire national aux dépens de la France, de l’Espagne, de Mexique, du Canada et de la Russie, puis proclamé la doctrine Monroe faisant de l’Amérique latine leur sphère d’influence exclusive. Torpillant au passage l’idée d’unification de l’Amérique du Sud défendue par Simon Bolivar (9).

Aujourd’hui, la sud-américanisation que les Etats-Unis appliquent à l’Afrique va aboutir à ceci : on verrait une prolifération de petits Etats dictatoriaux sans liens organiques, éphémères, affligés d’une faiblesse chronique, gouvernés par la terreur à l’aide d’une police hypertrophiée, mais sous la domination économique de l’étranger, qui tirerait ainsi les ficelles à partir d’une simple ambassade, comme ce fut le cas au Guatémala, où l’on assista à cette situation extraordinaire : une simple compagnie étrangère, l’United Fruit (U.S.A.), renversa le gouvernement local pour lui substituer un autre à sa convenance, en liaison avec l’ambassade américaine, prouvant ainsi la vanité.

Nous l’avons dit : derrière la ruée vers le colombo-tantalite et l’instrumentalisation des extrémistes Rwando-Ougando-Angolo-Sud-Aricains, les États-Unis exécutent leur projet stratégique de démantèlement de la République démocratique du Congo : en le découpant en petits morceaux, sans dynamisme interne, les USA s’assurent un marché éternel comme en Amérique Latine. Comme nous l’avons dit dans ces pages, les stratégistes américains qui se sont assurés l’Amérique latine comme marché en le morcelant en des Républiques bananières sans dynamique interne, veulent s’assurer de l’Afrique noire le découpant en morceau plus petits : c’est pour cela que les grands pays africains comme la R.D.C., le Nigeria, le Soudan sont sujets à des désordres pour les affaiblir. Le projet américain sur l’Afrique est celui d’assassiner la renaissance africaine et ce projet, ce faisant, aboutira à la catastrophe décrite par le philosophe et théologien africain Kä Mana en ces termes : « C’est une catastrophe qui est devant nous et qui se produira… si nous ne lançons pas dès maintenant le projet de la renaissance africaine.

« Il consistera en un nouveau désert mental entre la civilisation de la mondialisation dans laquelle nous vivons et la réalité d’une Afrique arriérée et déboussolée, sans force scientifique ni énergie politique, sans puissance de créativité culturelle ni élan spirituel pour inventer l’avenir.

« Cette catastrophe sera aussi celle d’une nouvelle défaite face à l’Occident : l’aire d’une re-colonisation profonde et subtile, pire que celle que nous avons connue jusqu’ici parce qu’elle ne nous laissera pas l’espace d’une quelconque contestation. Mondialisée comme système, elle ne nous condamnera à des châtiments dignes de notre raison sourde et de son impact global sur notre être. C’est-à-dire : à une désorientation, à une infantilisation, à un appauvrissement anthropologique, à une impuissancisation, à une zombification, à une démoralisation et à une néantisation sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à ce jour. Nous aurons cessé d’être des peuples sur qui on peut avoir confiance pour donner à l’avenir de l’humanité un visage de grandeur, une destinée de grandeur.

Une telle catastrophe détruira en nous ce que nous avons de plus cher, pour parler comme Cheikh Hamidou Kane : nos réserves d’humanité, notre indomptable volonté de vie et nos capacités de penser et d’organiser notre futur au service de l’humanité. Nous serons malades de nous-mêmes pour toujours. Et nous serons coupés même des forces créatives des diasporas africaines multiples qui sont aujourd’hui sur tous les continents et qui évolueront alors loin de notre faillite et de notre désespérance (10)

DR EMMANUEL KABONGO MALU

Plate-forme « Non à la Balkanisation ».

(1) Cité dans « L’Appel aux Nations de l’Univers », Première CONFÉRENCE PANAFRICAINE, Londres, 23-25 juillet 1900 ;

(2) Cité dans « Le Mouvement panafricaniste au vingtième siècle », OIF, Délégation à la paix, à la démocratie et aux droits de l’homme, [2006], p.79.

(3)Journal de Casement, 16 août 1911

(4) Adam Hochschild, Les Fantômes du Roi Léopold II : un holocauste oublié, Paris, Belfond, 1998, 440pages.

(5) Wamba dia Wamba, lettre ouverte aux Américains, RCD, 2003.

(6) Cheikh Anta Diop, les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique Noire, Paris, Présence Africaine, 1960, p.74.

(7)Alafuele Mbuyi Kalala,Zaïre :Genèse et Déclin de la République du Marechal Mobutu. Un essai d’explication, Washington, DC Mars-Avril 1992

(8) cité par Kombe Oleko, Les retombées actuelles de la mondialisation, in Identitées Culturelles Africaines et Nouvelles Technologies, Kinshasa, 2002, F.C.K.,pp.99-103.

(9)Edem Kodjo, Et Demain l’Afrique, Paris,Stock, 1985,p.1O8. de la prétendue indépendance d’un tel État.

(10 ) Kä Mana, La mission de l’église africaine, Yaoundé, cipcré, 2005, p.48.

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