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Guerre du Kivu : Thomas LOKONDO accusé de faire le jeu de l’Opposition

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L’audition du Premier ministre Matata se termine dans la confusion hier mercredi 28 novembre 2012 à l’Assemblée nationale... Accusé de faire le jeu de l’Opposition, le député Henri-Thomas Lokondo désapprouve sans tergiverser le comportement de ses pairs de la Majorité présidentielle. « Il était important que les députés débattent de cette question pour comprendre la situation telle qu’elle se présente maintenant. Le président de l’Assemblée nationale avait même prévenu que si quelqu’un dérape, il lui retire la parole. Il n’y avait donc pas de danger possible. Comment expliquer qu’on puisse soulever une motion pour dire que la communication du Premier ministre est suffisante et que les gens ne peuvent pas parler? », s’interroge-t-il. Convaincu de son action, Henri-Thomas Lokondo  regrette : « cette action est allée à l’encontre de ce qu’a annoncé le président de l’Assemblée nationale et aussi à l’encontre de l’opinion qui voulait en savoir un peu plus. Mes amis de la Majorité qui me reproche de ne pas faire de la Majorité mécanique, moi je refuse de la faire. A une question sur l’éventualité de son exclusion dans la MP, le député Lokondo répond : « j’en prendrais acte ».

Le débat prévu hier mercredi 28 novembre à l’Assemblée nationale pour faire suite à l’audition du Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, sur la situation sécuritaire dans la partie Est du pays n’a pas eu lieu. Ce rendez-vous tant attendu par la représentation nationale et l’opinion a été gâché par une vive incompréhension entre élus de la Majorité et ceux de l’Opposition. Dans une surchauffe démesurée, les deux camps ont failli en venir aux mains, obligeant ainsi le président de l’Assemblée nationale à suspendre la séance.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la motion d’ordre de la député MP Vicky Katumwa, juste après la communication du Premier ministre. Elle demande au bureau de suspendre le débat pour libérer le Premier ministre et les membres du gouvernement appelés aux autres charges d’Etat.

Pour cette élue du Katanga, Matata Ponyo a été claire dans sa communication sur la gestion de la guerre au Kivu. « Pas donc question de s’offrir à un théâtre de passion… », soutient-elle.

Le petit débat devant mettre aux prises contradictoirement deux députés sur la motion avant le prononcé de la plénière, est vite interrompu, pendant que le député MP Henri-Thomas Lokondo intervenait contre la motion de sa collègue MP Katumwa. Contre toute attente, Aubin Minaku suspend la séance. Pendant ce temps, on observe le mouvement des présidents de groupes parlementaires vers le bureau. Une trentaine de minutes après, la séance est reprise et ne durera que quelques instants.

Juste le temps que le président de l’Assemblée nationale fasse un constat avec regret. « Les directives données pour dépassionner le débat n’ont pas été respectées. L’objectif poursuivi était d’entendre le gouvernement et de débattre en toute sérénité pour aboutir aux recommandations…», indique-t-il, avant d’inviter le Premier ministre et les autres membres de l’Exécutif central de prendre congé de la représentation nationale. Suivra ensuite la suspension de la séance.

Tirs entre Majorité

Accusé de faire le jeu de l’Opposition, le député Henri-Thomas Lokondo désapprouve sans tergiverser le comportement de ses pairs de la Majorité présidentielle. « Il était important que les députés débattent de cette question pour comprendre la situation telle qu’elle se présente maintenant. Le président de l’Assemblée nationale avait même prévenu que si quelqu’un dérape, il lui retire la parole.

Il n’y avait donc pas de danger possible. Comment expliquer qu’on puisse soulever une motion pour dire que la communication du Premier ministre est suffisante et que les gens ne peuvent pas parler? », s’interroge-t-il. Convaincu de son action, Henri-Thomas Lokondo  regrette : « cette action est allée à l’encontre de ce qu’a annoncé le président de l’Assemblée nationale et aussi à l’encontre de l’opinion qui voulait en savoir un peu plus. Mes amis de la Majorité qui me reproche de ne pas faire de la Majorité mécanique, moi je refuse de la faire. Même si on peut avoir des conciliabules politiques, mais en ce moment de guerre, le président de la République tout comme le Premier ministre ne cessent de d’appeler à l’unité de tous, en disant qu’il ne faut pas avoir d’un côté l’opposition et de l’autre la majorité. Si mes amis pensent que cette manière de faire les choses c’est soutenir le régime, ils sont en train de le tuer ».

A une question sur l’éventualité de son exclusion dans la MP, le député Lokondo répond : « j’en prendrais acte ». Dans sa communication, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo relève l’indiscipline caractérisée par le refus des officiers et soldats ex-CNDP d’être affectés en dehors du Nord-Kivu et les détournements de soldes, matériels et effets militaires destinés à la traque des FDLR, comme facteurs ayant précédé la détérioration de la situation sécuritaire au Nord-Kivu.

Pour Matata, la condamnation de Thomas Lubanga et la pression internationale faite à la RDC en vue de l’arrestation de Bosco Ntaganda en sa qualité de complice de Thomas Lubanga a suscité plusieurs manœuvres d’agitation de ce dernier. Moyens utilisés : incitation à la défection, tentative d’instrumentalisation d’une partie de la communauté tutsi, etc.

Dans la suite des explications sur l’occupation du territoire national, dont la ville de Goma par les rebelles renforcés en armes et en hommes par le Rwanda, Matata Ponyo souligne : « le gouvernement croit aux vertus de la diplomatie... ».C’est dans cette perspective qu’il s’est dégagé à l’issue du sommet extraordinaire de chefs d’Etat de la CIRGL, indique-t-il, la nécessité d’évaluer les accords de Goma en vue d’effacer le prétexte brandi par le M23.

Entre-temps, Matata annonce aux députés que selon les dernières nouvelles en sa possession, les rebelles du M23 auraient commencé leur retrait de la ville de Goma, faisant suite aux recommandations du sommet extraordinaire de chefs d’Etat de la CIRGL.

[Pitshou Mulumba]

Ci-dessous l’exposé du Premier ministre

Honorable Président de l’Assemblée nationale ; Honorables Membres du Bureau ; Honorables Députés, Je voudrais d’abord m’acquitter d’une obligation, celle de vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez d’expliquer à la Nation, à travers la Représentation nationale, la situation sécuritaire exacte qui prévaut actuellement dans l’Est du pays.

Ma communication, consécutive à l’invitation de l’Honorable Président à la plénière de l’Auguste Assemblée de ce 28 novembre 2012, et ce conformément aux prérogatives lui reconnues par la Constitution, répond aux impératifs de transparence qui doivent caractériser la gestion des affaires de l’Etat, notamment en des circonstances particulières comme celle que traverse, en ce moment, notre pays, notre chère patrie.

Honorable Président ;

Honorables Députés,

La situation sécuritaire dans l’Est du pays est essentiellement caractérisée par la guerre actuelle qui nous est imposée par le Rwanda dans le Nord-Kivu. Cette guerre a été précédée par deux facteurs importants, à savoir :

1. Des cas d’indiscipline caractérisée, manifestés par :

le refus des officiers et soldats ex-CNDP d’obtempérer non seulement à des affectations en dehors du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, mais aussi aux invitations et instructions des services émanant de la hiérarchie militaire à Kinshasa ;

le détournement des soldes et des rations pour pousser au soulèvement les soldats placés sous leurs commandements ;  le détournement des matériels et effets militaires destinés à la traque des FDLR.

2. La mutinerie, dont les faits déclencheurs sont :

la condamnation de Thomas LUBANGA par la Cour Pénale Internationale (CPI), le 17 mars 2012 ;

la pression internationale sur la République Démocratique du Congo en vue de l’arrestation de Bosco NTANGANDA et son transfèrement à la CPI, en sa qualité de complice présumé de Thomas LUBANGA, Président de l’UPC, dont il était le Chef d’état-major. A partir de ces faits, Bosco NTANGANDA, a commencé à s’agiter et à se livrer à plusieurs manœuvres ayant abouti à la mutinerie d’une partie de notre Armée. Parmi ces manœuvres, il convient d’indiquer :

la signature, en date du 24 mars 2012, par certains officiers manipulés, d’un mémorandum adressé au Chef de l’Etat pour fustiger le prétendu non-respect des Accords du 23 mars 2009 ;

la tentative malheureuse d’instrumentalisation d’une partie de la Communauté Tutsi en lui faisant signer, en date du 1er avril 2012, une lettre ouverte adressée au Secrétaire Général des Nations Unies pour s’opposer à son arrestation ;

 l’incitation à la défection de certains officiers et hommes de troupes. Les faits sus-évoqués ont donc abouti au déclenchement d’une mutinerie, à la fin du mois de mars 2012. A partir de ce moment, plusieurs attaques ont été signalées notamment :

à la fin du mois de mars 2012, sur des positions des FARDC par des mutins à Mweso ;

le 8 avril 2012, sur la Cité de Bunagana, après avoir incendié deux véhicules, des armes et munitions mis à la disposition des FARDC pour la traque des FDLR ;

le 10 avril 2012, sur les localités de Mushaki, Kirolirwe, Kichanga ;

du 2 avril 2012 au 1er mai 2012, sur les axes Sake-Mushaki, Sake-Kirolirwe et Mwesu-Kichanga.

Le 3 mai 2012, le Colonel Ruzandisa, alias Makenga Sultani,a fait défection des FARDC pour rejoindre Runyoni, en passant sur le territoire rwandais. A ce stade, les mutins, encore en petit nombre, étaient concentrés dans le Masisi avant de faire mouvement vers Runyoni, devenu leur Quartier général, en transitant par le Parc de Virunga.

Peu de temps après, cette mutinerie s’est muée en une rébellion. En effet, le dimanche 6 mai 2012, à Rutshuru, les mutins se sont organisés en Mouvement politico-militaire, appelé M23, pour lancer les premières attaques de la guerre qui nous est imposée actuellement. A partir de Runyoni, situé à proximité de la frontière entre notre pays et le Rwanda, le M 23 a obtenu de ce pays l’appui nécessaire en hommes et en matériels militaires.

Ces attaques ont donc amené ce mouvement rebelle à occuper Chanzu, Bunangana, Chegenrero, Rutshuru, Kiwanja, Rubare, Kalengera, Rugare, Kahunga, Rumangabo. Et, sur les fronts, il a été constaté l’utilisation d’un matériel de guerre des plus modernes et une augmentation subite du nombre des rebelles qui ont été ainsi renforcés par les éléments des unités spéciales rwandaises.

A côté des opérations militaires, une série des réunions de sensibilisation sur le terrain rwandais en faveur de la bande de Bosco NTANGANDA, ont été tenues en vue d’arrêter des stratégies visant à faire partir massivement nos frères congolais de la Communauté Tutsi du Territoire de Masisi vers le Rwanda. Nos services détiennent encore des preuves irréfutables, par ailleurs confirmées par le dernier rapport des experts des Nations Unies, des contacts de certaines autorités politiques et militaires du Rwanda avec des Officiers du M23 ainsi que des personnalités congolaises, dont la visée est de faire accréditer la thèse selon laquelle la Communauté des Tutsi congolais, pourtant attachés à la Patrie, est brimée et marginalisée en République Démocratique du Congo.

Ainsi, l’on a notamment observé des crimes ciblés commis par le M23 sur des Congolais de la Communauté Tutsi ainsi qu’une campagne d’intimidation, à travers des SMS et des appels téléphoniques.

Honorable Président ; Honorables Députés, Le lundi 20 novembre, la Ville de Goma a été brutalement attaquée par des éléments armés du M23 appuyés par les Forces spéciales rwandaises, leurs alliés traditionnels.

Que s’est-il passé exactement ?

Quarante-huit heures auparavant, ces éléments du M23 avaient déjà tenté de prendre Kibumba, localité située à plus ou moins 25 kms de Goma, où se trouvait le Centre de résistance des FARDC.

A cette occasion, ils se sont heurtés à une farouche résistance de nos Forces qui leur ont infligé de lourdes pertes, comme peuvent en témoigner des sources fiables. Le même jour, la nuit, ces Fo rces réorganisées, ont été appuyées en grand nombre par des éléments rwandais qui se sont infiltrés entre Kibumba et Kibati. Un deuxième bataillon a contourné nos positions de Kibati.

Au regard des réalités géographiques du terrain, il est quasiment impossible de contourner cette position à partir du territoire congolais. La seule possibilité est de partir de Rugari, en contournant Kibumba pour passer par le Parc de Virunga, derrière le Volcan Nyiragongo.La conclusion est donc claire, les forces qui ont enfoncé les lignes de nos FARDC dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 ne pouvaient venir que du territoire rwandais.

Tactiquement, dès lors que les troupes ennemies sont derrière vous, il devient difficile d’engager une quelconque bataille avec succès, au risque de tirer sur les populations civiles et les déplacés qui étaient en grand nombre dans ce périmètre.

Voilà ce qui justifie le repli de nos FARDC des lignes de front. Actuellement nos troupes sont positionnées à Minova à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Goma.

Leur moral est au beau fixe et elles ne sont tenues qu’au calendrier fixé à Kampala lors du 5ème Sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernements. Nos Forces ainsi positionnées au front ont besoin du soutien, non seulement du Gouvernement, mais aussi et surtout de l’Assemblée nationale qui est le représentant du Peuple congolais.

Pour faire face à cette situation, le Président de la République, Commandant suprême des FARDC et de la PNC, a nommé un nouveau Chef d’Etat-major de la Force terrestre, en la personne du Lieutenant-général François OLENGA, en remplacement du Général-Major Gabriel AMISI, suspendu.

Les investigations se poursuivent pour établir les responsabilités et déferrer devant la justice militaire tous ceux qui se seraient compromis. Le nouveau Chef de la Force terrestre a reçu mission de réorganiser en urgence les troupes sur le plan technique et tactique en vue de stopper la progression de l’ennemi. En effet, d’après nos renseignements ces Forces négatives ont tendance à progresser vers le Territoire de Masisi.

A ce stade, il ne me paraît pas indiqué, pour des raisons d’efficacité, de m’étendre davantage sur cette question. Toutefois, il importe de noter que sous l’égide de l’Union Africaine, un Plan de désengagement a été adopté, il y a deux jours, à Kampala. Ce plan permettra incessamment à notre pays d’assumer pleinement l’effectivité des pouvoirs qui sont les siens, notamment dans la Ville de Goma.

Par ailleurs, il faut signaler qu’en dehors du M23, la partie Est de notre pays est confrontée à l’activisme d’autres groupes armés. Il s’agit notamment de :

l’UPCP d’Albert Kahasha, opérant maintenant à Ngweshe ;

     NDUME Defense of Congo de Ntabo Taberi, alias Tcheka, dans le secteur de Walikale ;

l’APCLS de Janvier Bwingo Karairi, dans le Masisi, particulièrement à Lukweti ;

l’ERASTO, d’Erasto, dans le secteur de Busumba ;

FDC de Luanda Butu, à Osso ;

FPC-AP de La Fontaine, vers l’Ituri ;

PARECO FORT de Munyamariba,ancien allié de Zabuloni,dans le Secteur de Lukofu et Lushebere.

En outre, dans sa vocation pacifique, notre pays s’est beaucoup investi dans le domaine de la diplomatie. Ainsi, l’accalmie observée jusque-là sur les différentes lignes de front est consécutive notamment aux efforts diplomatiques entrepris sous l’impulsion du Président de la République, Chef de l’Etat, Joseph KABILA KABANGE.

Lors du 19ème Sommet de l’Union Africaine tenu à Addis-Abeba, en Ethiopie, du 9 au 16 juillet 2012, les Chefs d’Etat des pays membres de la CIRGL, ont pris une résolution portant sur la mise en œuvre d’une Force Internationale neutre dont le mandat consiste à assurer le contrôle et la sécurisation des zones frontalières entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo, à traquer et à éradiquer les Forces négatives, dont le M23, qualifié comme tel par l’ensemble des Chefs d’Etat de la CIRGL, et ce conformément à la Résolution 2067 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Les décisions prises au cours de cette rencontre, l’ont été de manière unanime, sans réserve et soutenues par tout le Continent africain. Sur ce même chapitre de la diplomatie, cinq sommets de la CIRGL se sont tenus à Kampala, avec la participation d’observateurs des Nations Unies, de l’Union Africaine, de l’Union Européenne et de la SADC.

Plusieurs ministères de notre gouvernement ont été impliqués dans le processus de discussions au niveau de la CIRGL et leurs délégations ont été conduites respectivement par le Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants, le Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie ainsi que le Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières.

L’objectif poursuivi par ce processus de dialogue entre Chefs d’Etat de la CIRGL, était de comprendre les tenants et les aboutissants de la nouvelle guerre d’agression et d’affirmer la vocation de notre pays à œuvrer pour la paix dans la Sous-région.

Dans le cadre de la dynamique régionale de recherche d’une solution rapide au conflit, le Président Yoweri MUSEVENI, Président en exercice de la CIRGL, avait pris des contacts, entre autres, avec le M 23, à l’issue desquels il a estimé utile d’approcher son Homologue congolais.

Au cours des différents sommets de la CIRGL, le Président MUSEVENI avait transmis à ses homologues les prétendues revendications du M23 qui justifieraient la guerre actuelle et qui se résument en une accusation de refus du Gouvernement congolais de respecter les Accords de paix du 23 mars 2009.

Par la suite, d’autres revendications ont été formulées par le M23, à savoir notamment : la question de l’amélioration de la gouvernance qui, à notre avis, est fallacieuse parce qu’étant au centre des débats démocratiques, régulièrement menés tant au niveau du Parlement que des Assemblées Provinciales ; la question récurrente des FDLR, brandie comme cause de la guerre, alors que du constat de l’opinion nationale et internationale, ces forces négatives détruisent notre environnement, abattent des espèces animales protégées, pillent, volent, incorporent des enfants dans leurs rangs, violent et endeuillent principalement notre pays depuis plus d’une décennie. Aujourd’hui encore, plusieurs biens matériels de la ville de Goma sont pillés et emportés au vu et au su de tout le monde.

Ces prétextes mensongers ne se justifient donc pas parce qu’ils relèvent des vieilles recettes basées sur l’intoxication et la manipulation de l’opinion tant nationale qu’internationale. Eu égard à ce qui précède et après des contacts suivis entre les Chefs d’Etats de la CIRGL, il s’est dégagé la nécessité d’évaluer le niveau d’exécution des Accords du 23 mars 2009, en vue d’annihiler ce prétexte de guerre et d’accélérer le processus de pacification et de stabilisation de la Région.

D’autre part, au cours des différents Sommets des Chefs d’Etat à Kampala, les Ministres de la Défense de la CIRGL ont poursuivi la mise au point du concept d’opération pour la mise en œuvre de la Force Internationale Neutre.

En outre, il a été officiellement lancé à Goma, le 14 septembre 2012, le mécanisme conjoint de vérification élargi à d’autres pays de la CIRGL, afin d’enquêter sur les allégations de violation des termes du Pacte de stabilité dans la Région des Grands Lacs en matière de sécurité commune.

Honorable Président ; Honorables Députés, Comme vous venez de vous en rendre compte, la situation de l’Est de notre pays est préoccupante. Elle est partie d’une mutinerie pour se transformer en une rébellion pure et simple, appuyée, tout le monde le sait, par le Rwanda.

C’est ici l’occasion pour moi de remercier sincèrement ceux de nos partenaires qui ont ouvertement condamné ce pays pour le rôle négatif qu’il joue dans la déstabilisation de notre pays et de l’ensemble de la Sous-région des Grands Lacs.

Nous pensons particulièrement à la France qui a donné de manière non équivoque sa position sur le respect de l’intégrité territoriale de la RDC, stigmatisant ainsi l’agression dont est victime la partie Est de la RDC, et sur la nécessité de révision du mandat de la MONUSCO.

Il en est ainsi également de la Belgique qui a défendu la vérité sur ce dossier préoccupant et en se fondant sur des éléments objectifs résultant du rapport des experts onusiens.

Aux Etats Unis d’Amérique et à la Grande Bretagne nous disons également grand merci pour leur conviction sur la nécessité de sécuriser de manière durable cette partie de notre pays pour nous permettre de nous consacrer à d’autres défis de notre pays, notamment la poursuite du processus de démocratisation et la lutte contre la pauvreté.

Que l’Union Européenne et l’Union Africaine trouvent également, ici, l’expression de notre appréciation sur leur implication significative à la recherche d’une solution appropriée à ce malheureux conflit armé. Conflit qui occasionne des pertes en vies humaines et en ressources pour notre pays. Quant à la CIRGL, nous saluons tous les efforts consentis jusqu’à ce jour pour qu’une solution concertée soit trouvée à ce conflit, d’autant plus que la paix conditionne tout développement durable dans l’ensemble de la sous-région des Grands Lacs. Notre proximité géographique et notre histoire commune nous y obligent.

La République Démocratique du Congo croit aux vertus de la diplomatie. Et, c’est la raison pour laquelle elle s’y accroche pour déboucher sur une paix durable avec l’ensemble des voisins qui l’entourent.

Ainsi, nonobstant cette énième provocation, notre pays a jusque-là privilégié la voie du dialogue, chère au Président de la République, pour résoudre ce conflit récurrent. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. En effet, nous ne pouvons pas laisser se dérouler sous nos yeux des situations dramatiques comme celles qui se passent dans l’Est de notre pays : des déplacements massifs des populations désemparées, leur cantonnement dans des conditions infrahumaines, des violations systématiques des droits humains, des violences faites aux femmes et aux enfants, des exécutions sommaires, des amputations et traumatismes psychologiques irrémédiables, bref des traitements indignes de la personne humaine, au mépris des instruments juridiques internationaux. La RDC en appelle d’ores et déjà à des enquêtes par des instances internationales compétentes en matière de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Par ailleurs, les dispositions sont prises par le gouvernement sous le leadership du Président de la République, pour accélérer les réformes des services de sécurité afin de doter à moyen terme notamment notre pays d’une armée forte, dissuasive et digne de tous les congolais Honorable Président ; Honorables Députés, Au mois de mai 2012, juste après l’investiture du Gouvernement, je m’étais rendu au front, où je fus du reste accueilli par le crépitement d’armes lourdes des forces du M23. L’objectif de mon déplacement était de me rendre compte de l’effectivité de cette mutinerie et de réconforter nos troupes loyalistes.

J’étais édifié sur le fait que nos forces armées regorgent tout de même de vaillants et courageux hommes de troupe, comme me l’a, du reste, témoigné le Commandant des Forces de la MONUSCO qui n’a pas tari d’éloges sur la bravoure dont les FARDC ont fait montre pour la défense de Rutshuru et Bunagana où aucune exaction sur la population n’avait été signalée.

Je voudrais témoigner au nom du Gouvernement de la sympathie aux familles de tous les soldats qui sont tombés sous le drapeau. La nation leur restera reconnaissante. Aussi suis-je convaincu qu’avec la réorganisation au niveau de la hiérarchie de nos Forces armées, l’utilisation rationnelle des ressources affectées, une logistique appropriée et un bon encadrement, ces vaillants combattants soldats sont à même de défendre le territoire national. Cet engagement de réorganisation a été affirmé à travers le lancement du processus de changement de la chaîne de commandement militaire.

Ce processus engagé par le Chef de l’Etat, Commandant Suprême de nos Forces armées, requiert l’appui de l’ensemble de la classe politique et de toutes les forces vives de la Nation.

En effet, en ce temps d’agression de notre chère patrie, il est requis de nous tous un sens élevé de dignité et de solidarité nationale. Nous devons donc taire nos ambitions personnelles et privilégier la défense des intérêts supérieurs et inaliénables de la nation. La postérité nous en sera ainsi reconnaissante.

Honorable Président de l’Assemblée nationale ; Honorables Membres du Bureau ; Honorables Députés, Selon les dernières informations nous communiquées par les services, le M23 aurait commencé son retrait de la ville de Goma. Si le calendrier tracé à cet effet, est respecté, et si ces informations se confirment notre gouvernement devra avoir dans les meilleurs délais le total contrôle du chef-lieu !de la province du Nord Kivu.

Avec ces quelques éléments de réponse, j’ose croire avoir rencontré les préoccupations majeures de la Représentation Nationale sur l’épineuse question de la sécurité dans l’Est de notre pays. Que Dieu protège et bénisse le Congo.

Je vous remercie de votre aimable attention.