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Interpellation rejetée de Matata PONYO : L’Opposition attend une nouvelle occasion pour prendre sa revanche

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Le Premier ministre Matata Ponyo Mapon ne va pas s’expliquer de sitôt devant l’Assemblée nationale sur la gestion de ses quatre mois passés à la tête du gouvernement. Démarche inopportune, ont répliqué les députés de la Majorité, à la motion d’interpellation introduite par le député MLC Jean-Lucien Bussa Tongba. La Majorité a pesé de tout son poids pour que le chef de gouvernement ne se soumette pas à cet exercice. Mais, ce n’est pas une raison pour le chef du gouvernement de dormir sur ses lauriers. Les députés de l’Opposition qui ont été déboutés attendant certainement une nouvelle occasion pour prendre leur revanche.

Démarche à la fois inopportune et inappropriée. Ce sont là les raisons brandies, hier lundi 1er octobre, par les députés nationaux de la Majorité pour barrer la route à la motion d’interpellation introduite par le député MLC, Jean-Lucien Bussa. Voilà le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, qui échappe à l’interpellation quatre mois après son investiture devant la représentation nationale.

Le débat animé par le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, s’est déroulé suivant les us et coutumes parlementaires. Chaque camp s’est exprimé pour défendre sa position. Au finish, c’est la Majorité qui a eu gain de cause – ses députés ayant estimé qu’il était prématuré d’interpeller le Premier ministre sur sa gestion d’à peine quatre mois, alors qu’il s’apprête déjà à présenter devant le Parlement, le projet de loi des finances pour l’exercice 2013.

Le Premier ministre peut donc continuer à s’atteler à la mise en œuvre du programme du gouvernement adopté en mai dernier, devant l’Assemblée nationale. Entre-temps, il doit affûter ses armes pour le projet assaut du Parlement, où il sera appelé dans les prochains jours à présenter son projet de loi financière pour l’exercice 2013.

Autant dire que la motion d’interpellation du député Jean-Lucien Bussa n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau – l’exercice s’étant avéré tout à fait inadéquat pour la plupart des députés réunis hier lundi en plénière au Grand Hôtel Kinshasa. Mais, ce n’est pas une raison pour le chef du gouvernement de dormir sur ses lauriers. Les députés de l’Opposition qui ont été déboutés attendant certainement une nouvelle occasion pour prendre leur revanche. Le dépôt du projet de loi des finances 2013 en sera une.

Réputé pragmatique, le Premier ministre ne manquera pas à l’occasion de présenter le bilan de ses quatre mois de gestion, avant de se projeter vers l’avenir avec, notamment, le projet de loi financière 2013. C’est pour ainsi dire que le duel par lequel il serait face aux députés de l’Opposition n’est qu’une partie remise. Le rendez-vous est pris pour le débat sur le projet de loi des finances publiques, édition 2013.

Lutundula juge « inopportune » la démarche de Bussa

Pendant plus d’une vingtaine de minutes, l’auteur de la motion d’interpellation a motivé sa démarche. Selon lui, la situation générale du pays n’est pas satisfaisante. « Les populations manifestent de plus en plus des signes d’inquiétude et de perspectives de paix et du bien-être ne semblent guère rassurantes », souligne-t-il. Et d’ajouter : « les politiques mises en œuvre ne mettent pas en évidence l’efficacité nécessaire à la production des services publics de qualité. Ils subsistent toujours et à grande échelle, le règne de la corruption, l’impunité et la mauvaise gouvernance ».

Jean-Lucien Bussa démontre par la suite que les réformes enclenchées aussi bien dans le secteur de la défense nationale, de la sécurité, de la justice et de la décentralisation peinent à décoller. « La conduite de l’économie nationale ainsi que la gestion des finances publiques restent dépendantes des influences politiques et ne mettent pas en exergue la volonté du pays à introvertir son économie et à placer les citoyens au cœur de la politique budgétaire », a-t-il argumenté, avant d’articuler clairement ses questions.

Par ailleurs, le schéma du bureau de l’Assemblée nationale sous la houlette de son président, Aubin Minaku, quant à cette interpellation, a prévalu sur la motion incidentielle du député MP Christophe Lutundula. Ce dernier juge « inopportune » la démarche de Bussa, après avoir relevé le risque d’anticipation. Selon lui, les questions de sécurité et défense reprises dans l’interpellation font déjà l’objet d’une motion de défiance à l’endroit du vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants. Aussi, a-t-il jugé prématuré de débattre, au stade actuel, des questions socioéconomiques, parce que bientôt le gouvernement devra déposer le projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2013.

Dépourvu d’arguments

Le débat ouvert sur l’opportunité ou non de l’interpellation du Premier ministre a été plus caractérisé par des attaques personnelles que par des arguments de fond, obligeant ainsi le président de la Chambre basse du Parlement à des gymnastiques de rappel à l’ordre à l’endroit des orateurs.

Dans une ambiance chaude, six députés sont intervenus à raison de trois pour chaque camp (Majorité et Opposition).

Le député PPRD Ramazani Shadari s’est attardé sur les notions qu’il a qualifiées de « classiques » au sein d’un Parlement. « Le rôle classique qui n’est pas exclusif, qu’on attribue à l’Opposition c’est celui de contrôler et de lutter pour remplacer la Majorité. Cette dernière a pour rôle de légiférer… », a-t-il déclaré sans trop de conviction.

« Je ne suis pas à l’Assemblée nationale comme député de la Majorité pour faire des cadeaux à l’Opposition… », a renchéri le député Pius Muabilu. Ce dernier termine son intervention par une insinuation : « Je ne dis pas que c’est une interpellation commerciale ». Le député Matadi Wamba, dernier orateur de la Majorité,a déclaré que l’interpellation s’appuie sur les généralités.

De leurs côtés, les députés de l’Opposition, à savoir Franck Diongo, Kambinga et Mayo ont appelé les uns et les autres à dépassionner le débat. Arguments avancés pour soutenir l’initiative de Bussa : « le Premier ministre n’a jamais envoyé comme promis à la représentation nationale, le chronogramme de l’action du gouvernement. Il s’est arrogé le pouvoir de modifier une loi budgétaire votée à l’Assemblée nationale », a indiqué Me Mayo. Avant de préciser : « La finalité est que le Premier ministre sache qu’il y a une Assemblée nationale devant laquelle il doit répondre de sa gestion ».

Alexandre Luba dans le viseur

Si le Premier ministre a pu, avec le soutien de la Majorité, se soustraire des griffes de l’Opposition, l’un de ses deux adjoints, enl’occurrence le vice-Premier ministre etministre en charge de la Défense et Anciens combattants, Alexandre Luba, est dans le viseur de l’Opposition qui attend lui régler ses comptes au regard de l’enlisement de la situation de guerre menée dans l’Est par les troupes rebelles du Mouvement du 23 mars.

Le n°3 du gouvernement doit faire face à une motion de défiance dirigée contre lui par le député Fabrice Puela, élu de Matadi, dans le Bas-Congo. Alexandre Luba est à son deuxième oral devant l’Assemblée nationale. La première fois, il devait s’expliquer sur la situation de guerre dans l’Est du pays, au tout début du déclenchement de la rébellion du M23.

Son oral s’est déroulé loin des caméras de la télévision à cause du huis-clos décrété par la plénière. Pour cette deuxième convocation par la représentation nationale, sa tête est mise à prix.

Echappera-t-il à la guillotine ? Seule l’Assemblée nationale en décidera dans les tout prochaines heures.

[Le Potentiel]