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RDC : Majorité - Opposition, un mariage d’intérêt !

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Le rapprochement entre la Majorité et l’Opposition en RDC, ne tient pas de la sauvegarde des intérêts du pays, il est juste le fait d’un calcul politique. C’est un mariage d’intérêt où la raison a fini par céder le palace au pragmatisme. N’est-ce pas que la politique a aussi ses raisons que la raison ne connaît pas, surtout quand entre en ligne de compte des intérêts des uns et des autres.

Mariage d’intérêt ou mariage de raison, qu’importe le mobile, au bureau définitif de l’Assemblée nationale, l’Opposition aura également droit au partage.

N’en déplaise au Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) qui a juré de jouir pleinement des résultats des élections législatives du 28 novembre 2011. La composition du bureau définitif de l’Assemblée nationale est la préfiguration de ce que devra être le gouvernement, c’est-à-dire un mélange majorité et opposition.

Pourtant, le secrétaire général du PPRD, le professeur Evariste Boshab, a promis de remuer ciel et terre pour ne partager le gâteau qu’avec le gagnant, excluant toute compromission avec une quelconque frange de l’Opposition. Il doit déchanter. Car, l’ouverture promise par le chef de l’Etat, le 20 décembre 2011 lors de sa prestation de serment, semble bel et bien effective durant cette mandature. Des signes précurseurs de cette ouverture viennent d’être donnés au terme du compromis autour de la composition du bureau définitif de l’Assemblée nationale.

Même si l’Opposition est reléguée au second rôle, ses représentants – en tout cas ceux qui prétendent l’être encore – siégeront au bureau définitif de la Chambre basse du Parlement par rapport au quota lui réservé. Deux postes sont à pourvoir à son nom, à savoir la 2ème vice-présidence et le rapporteur adjoint. Mais, de quel opposant s’agira-t-il ? Seule la Majorité en détient le code secret. Car, en cette matière, c’est la Majorité qui s’est choisi ses opposants, ceux avec qui elle pense gérer les cinq ans de l’actuelle législature.

LE NŒUD DU PROBLEME

Ainsi, là où le secrétaire général a voulu faire cavalier seul, les réalités politiques du moment ont contraint les deux camps à la cohabitation ; question, pense-t-on, d’atténuer la crise politique née du scrutin de novembre 2011. Mais, pour quelle raison la Majorité a-t-elle finalement accepté de partager son «gâteau» avec l’Opposition ? C’est la clé de l’énigme. La réponse à cette question permettra peut-être de décrypter les vrais raisons de ce rapprochement que nul, en tout cas, n’espérait après la sortie fort médiatise du PPRD lors de la célébration de ses dix ans d’existence à La Fikin. L’autre question est de savoir ce qui a finalement motivé la Majorité à s’ouvrir à l’Opposition.

La première hypothèse est que dans la Majorité, même si l’on fait semblant d’ignorer la crise, on est bien conscient de la difficulté de gérer seule. Dans les laboratoires politiques de la Majorité, la crise est prise en compte dans différents scenarii de gestion de la pseudo-victoire législative du 28 novembre 2011. S’ouvrir à la frange la plus modérée de l’Opposition paraît la voie à suivre pour atténuer les tensions ; question d’inféoder par la suite les nouveaux adhérents à cette logique.

Ce n’est donc pas pour rien que, parmi les noms qui circulent, la Majorité a pris le soin de n’inclure que des opposants facilement malléables et flexibles en même temps. C’est le cas de l’UDPS Timothée Kombo Nkisi, actuel président du bureau provisoire de l’Assemblée nationale, qui a fait preuve de flexibilité dans ses agissements. Le deuxième nom cité est celui d’un député issu des rangs de l’ADR de François Muamba. Après avoir été défenestré du MLC, François Muamba s’efforce, sans convaincre vraiment, de porter l’étoffe d’opposant. Mais, pour combien de temps encore ? Certains le trouvent très proche de la Majorité.

Ainsi, pour la Majorité, les deux membres, triés avec minutie dans ce qui reste encore de l’Opposition, joueront bien le jeu, sans provoquer des tensions au sein du bureau.

La deuxième hypothèse, c’est le nœud gordien dont la Majorité n’a pas pu se défaire. Il s’agit de l’engagement à l’ouverture promis par le chef de l’Etat lors de sa prestation de serment. Malgré son arrogance à gouverner seul, à côté de ceux avec qui il a gagné, le PPRD a dû finalement se plier à la volonté de la Majorité, dont il fait d’ailleurs partie.

Au bureau définitif de l’Assemblée nationale, l’Opposition sera donc partie prenante - peu importe le point de vue contraire de principaux ténors du parti présidentiel.

TRANSHUMANCE POLITIQUE

Cependant, le drame est qu’on risque de se retrouver avec une Opposition non seulement atomisée mais sérieusement fragilisée en raison du vent de débauchage qui souffle sur ses côtes. L’informateur en est déjà fait mention lors de la restitution de ses consultations en faisant savoir que des partis, jadis frappé du sceau de l’Opposition, ont décidé de rejoindre le camp de la Majorité, ouvrant ainsi le bal des chauves à une véritable transhumance dans le microcosme politique congolais. Mais, le danger est qu’à la limite, on risque de se retrouver face à une Assemblée nationale qui ne battra qu’à un seul rythme. L’autre danger est évidemment l’émiettement de l’Opposition.

Le rapprochement entre la Majorité et l’Opposition ne tient pas de la sauvegarde des intérêts du pays, il est juste le fait d’un calcul politique. C’est un mariage d’intérêt où la raison a fini par céder le palace au pragmatisme. N’est-ce pas que la politique a aussi ses raisons que la raison ne connaît pas, surtout quand entre en ligne de compte des intérêts des uns et des autres.

[Le Potentiel]