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RDC : Au Katanga, c'est la guerre entre les luba et les pygmées

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Les communautés luba et pygmées sont loin de fumer le calumet de la paix, au Nord de la province du Katanga, où elles continuent à  s’entredéchirer et à se donner  des coups sur fonds de tueries et d’incendies des villages. 

Réagissant à la dernière attaque des miliciens pygmées, des combattants de la milice luba dénommés  »Eléphants » ont lancé en représailles aux offensives du groupe Maï Maï pygmée, tuant six miliciens du groupe armé adverse, dernièrement, a-t-on appris hier mercredi 11 mars, au cours du point de presse hebdomadaire conjoint des Nations Unies à Kinshasa.

Sur le terrain, confirme la Mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), l’environnement sécuritaire reste marqué par des attaques lancées par des miliciens pygmées contre les villages des ressortissants Luba, situés dans les régions du Nord-est du territoire de Manono et de la partie méridionale du territoire de Nyunzu.

Le bilan de cette incursion des pygmées fait état de trois civils luba tués et trois  villages incendiés. Suite à cette attaque, des  déplacements de populations civiles ont été observés.

Comme indiqué ci-haut, le 8 mars courant, des miliciens pygmées ont fait incursion au village Kinsunkulu, située respectivement à 60 et 135 kilomètres au Sud de Yemba et à l’Ouest de Kalemie,  tuant 12 individus, dont le chef du village et blessé plusieurs autres personnes.

Quelques jours auparavant, soit au mois de février dernier, les deux communautés se sont affrontées dans la localité de Sengatchimbu, dans le territoire de Manono. Les premières sources avaient avancé un bilan de 6 personnes tuées.

Un jour après, le  conseil de sécurité du territoire de Manono a revu ce bilan à la hausse, en portant le nombre des personnes tuées à sept contre douze blessés. L’administrateur du territoire de Manono, avait clairement indiqué que c’étaient des pygmées armés de flèches qui avaient attaqué la localité. Sans toutefois donner  les raisons de cette attaque.

 » Les pygmées ont attaqué, ils avaient des flèches. Sur place, ils avaient tué six personnes. Ils sont allés dans un autre village de Kyadia où ils ont tué une personne « , avait déclaré l’administrateur du territoire de Manono.

Plusieurs missions de bons offices mais en vain

Le conflit entre les communautés pygmées et bantous remonte en 2013. Elles s’affrontent régulièrement depuis plusieurs mois déjà dans ce territoire de Manono. Inévitablement, les différents combats entre les deux communautés ont toujours fait plusieurs morts et provoqué un important mouvement des populations.

Plusieurs missions de bons offices ont été menées pour amener les deux groupes en conflit à se réconcilier, mais en vain.  C’est le cas notamment du représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RDC, Martin Kobler, qui au cours d’une visite de travail en août dernier au Nord de la province du Katanga, a invité les deux communautés à mettre fin à ce cycle de violences.  » Personne n’a le droit d’utiliser la violence, ni les pygmées, ni les Lubas, pour résoudre des conflits. Il faut vivre  ensemble dans un même pays ensemble. Il faut résoudre les conflits pacifiquement « , avait-t-il conseillé.

C’est le cas également d’une mission gouvernementale, conduit par le ministre de l’Intérieur. Après avoir réuni les deux parties belligérantes, le chef de la délégation avait  exprimé la volonté du Gouvernement central de mettre un terme à ce conflit et d’arrêter les auteurs cités dans les différentes tueries et incendies des villages déplorés.

Selon des sources humanitaires, la situation sécuritaire devient de plus en plus tendu dans le groupement de Lukimbo, dans le territoire de Nyunzu, situé à 190 kilomètres à l’Ouest de Kalemie, où  les incursions récurrentes des miliciens pygmées dans les villages bantu portent énormément préjudice aux populations civiles.

D’ailleurs, une mission multisectorielle des agences du système des Nations Unies, vient de séjourner dans la zone pour l’évaluation globale de la situation.

Des habitants en fuite parvenus dans le secteur de Kalemie ont effectivement confirmé que la dernière attaque en date des miliciens pygmées a fait 12 morts et plusieurs autres blessés dans le village de Kinsunkulu. Deux d’entre les personnes blessés ont été conduites  en urgence dans la zone de santé de Nyemba.

Les autorités du district de Tanganyika ont organisé au lendemain de cette attaque une réunion d’urgence en conseil de  sécurité pour chercher certainement des voies et moyens pour arrêter ce conflit fratricide et inutile.

Dans la même optique, indique-t-on, la mission onusienne envisage de diligenter dans les tout prochains jours une mission d’évaluation sécuritaire dans le secteur de Kinsunkulu.

Dans l’entre-temps, les troupes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et celles de la mission onusienne déployées dans la province, rapportent des sources locales, sont déterminées à mettre un terme à l’activisme des groupes armés et assurer ainsi une protection efficace des populations civiles.

Offensive des FARDC contre les Maï-Maï Bakata Katanga dans la chaîne des montagnes de Kalenga

C’est dans ce contexte que les forces gouvernementales ont  lancé pendant la période sous examen, une offensive contre les positions du groupe Maï-Maï Bakata-Katanga, situées dans la chaîne des montagnes de Kalenga, séparant les territoires de Manono et de celui de  Pweto, au Sud-est du territoire de Manono et tué le chef rebelle dénommé Mujangi, avec trois  de ses éléments.

Dans le cadre des activités civilo-militaires, les casques bleus de la compagnie de génie du 8ème bataillon béninois des forces de la Monusco ont terminé les travaux de la nouvelle prison centrale de Manono, financés à hauteur d’environ 74000 dollars américains  par la section des Projets à Impact rapide (QIP) de la mission onusienne, 12000 de dollars américains par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et 11000 de dollars américains  par le gouvernement provincial du Katanga.

Pour conclure, soutient la mission onusienne, la réalisation de ce projet,  répond à un besoin majeur en termes de renforcement de l’autorité de l’Etat, ainsi que de l’Etat de droit dans cette partie du pays.

[Dovin Ntelolo Diasonga]