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RDC : Polémique sur la date exact du décès de l'ancien Gouverneur d'Equateur

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Louis-Alphonse Koyagialo s’en est allé, une année après la commotion cérébrale qui l’avait terrassé à Kinshasa et qui avait nécessité son expatriation pour des soins appropriés en Afrique du Sud. Sa dépouille a été ramenée à Kinshasa où des funérailles officielles ont été organisées. L’ancien gouverneur de la province de l’Equateur serait-il bien mort, et le 14 décembre 2014 comme officiellement annoncé ? 

Le ministre Lambert Mende en doute et attend d’en avoir la preuve. C’est ce qu’a semblé dire « la parole autorisée de la République » lors d’un de ses habituels et théâtraux « prêches ». A un journaliste qui a voulu savoir la date de l’élection du prochain gouverneur de l’Equateur, le porte-parole du gouvernement - lequel se réunit pourtant rarement - a répondu pince-sans-rire : « Nous attendons de recevoir le certificat de décès de Koyagialo et, aussi, que le gouvernement donne les moyens pour l’organisation de l’élection…». Le certificat de décès pour confirmer la mort du gouverneur ! Le corps inanimé dans le cercueil exposé au Palais du Peuple - que sa famille, ses proches et des milliers de Congolais ont vu et pleuré, et devant lequel se sont inclinées diverses autorités et personnalités du pays – n’a-t-il pas été celui de Louis Koyagialo ? 

Le transport par avion d’une dépouille mortelle d’un pays à un autre a toujours été l’objet de tatillonnes formalités. Pour le déplacement d’un voyageur endormi pour l’éternité, le certificat de décès, dûment établi, est exigé par les différents services et administrations (pompes funèbres, consulats ou ambassades, immigration,…). Ceux du pays de départ comme ceux de destination. En RDC, ce document est sans nul doute passé par les bureaux de la Rva (Régie des voies aériennes), de la Dgm (Direction générale des migrations) et probablement de l’Anr (Agence nationale de renseignement). Ces deux derniers services fonctionnent officiellement, il y a lieu de le souligner, sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. 

Le cadavre de Koyagialo aurait-il fait exception et serait-il arrivé en RDC sans ce document essentiel dont le gouvernement congolais déclare ne pas encore eu possession et qu’il « attend » qu’il lui soit apporté ? Mais Lambert Mende n’a pas dit de qui doit venir le funèbre papier que le ministère de…l’Intérieur et la Céni auraient pourtant et déjà dû recevoir ou demander (notamment aux services précités) avant ou aussitôt après la mise en terre du gouverneur. Il se confirme ici que le Congo n’est plus un Etat organisé. Il est devenu, depuis bien longtemps, un espace de la planète où les gestionnaires publics n’ont cure du timing légal dans leur fonctionnement. En effet, l’article 160 de loi électorale stipule : « En cas de décès, de démission, d’empêchement définitif, de mise en accusation ou de révocation du Gouverneur, le gouvernement provincial, sous la direction du Vice-gouverneur, expédie les affaires courantes. Un nouveau scrutin est organisé dans les trente jours par la Commission électorale nationale indépendante ». Depuis le 14 février, plus de soixante jours se sont écoulés à dater de la mort du gouverneur de l’Equateur survenue bel et bien le 14 décembre 2014. Et, curieusement, personne, ni au ministère de l’Intérieur ni à la Céni, ne semble se sentir lié par ce délai constitutionnel. On a, on prend son…temps. La coutumière irresponsabilité des dirigeants ou l’atavique lenteur administrative congolaise ? N’a-t-il finalement pas raison celui qui a dit que « l’Européen a la montre, l’Africain le temps » ?

Le comportement des responsables de la Céni au sujet de l’organisation de l’élection du gouverneur de l’Equateur montre, à petite échelle, celui qu’ils pourraient adopter pour l’organisation de toutes les futures élections. Et il y a lieu de s’inquiéter : si la Céni éprouve des difficultés pour organiser une « petite » élection qui doit se dérouler dans une (seule) salle - celle des plénières de l’Assemblée provinciale - et où il n’y aura que 108 votants - le nombre de députés provinciaux de l’Equateur -, scrutin qui ne nécessite qu’une (seule) urne, la présence de deux ou trois agents de la Céni et les témoins de candidats, que fera-t-elle et combien de temps prendra-t-elle pour l’organisation des « grandes » consultations électorales futures qui auront lieu, aux mêmes moments, sur tout le territoire national, pour un corps électoral chiffré en millions de citoyens et exigeant des milliers d’urnes ? Et avec, en plus, ce que tout cela entraînera comme logistique pour les déplacements des P.V., pour les opérations de comptage des voix et de publication des résultats ? Peut-on ainsi croire que l’élection présidentielle – scrutin essentiel, celui de tous les dangers, susceptible de faire chavirer la République – puisse s’organiser en novembre 2016 ? 

Les inquiétudes et la colère exprimées par les Congolais à travers les manifestations des 19, 20 et 21 janvier dernier – au cours desquelles une quarantaine de manifestants ont trouvé la mort et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés, au sujet de la nouvelle loi électorale dont la première formulation puait l’incommodante odeur de la volonté manifeste de la majorité présidentielle de ne pas respecter le délai constitutionnel de l’élection présidentielle - trouvent écho à travers la lenteur et les arguments développés pour retarder l’élection du gouverneur de l’Equateur. Et justifient également les doutes actuellement exprimés, par une frange de l’opinion nationale et par certains milieux diplomatiques, sur le respect du calendrier électoral « global » récemment publié par la Céni et sur la sincérité du pouvoir congolais de jouer franc jeu. 

Le certificat de décès de Louis Koyagialo n’est pas à chercher très loin. Il a été ramené d’Afrique du Sud et se trouve bien quelque part à Kinshasa. Les frais de mission du personnel de la Céni (deux ou trois responsables) qui doit se rendre à Mbandaka - pour un très bref séjour - afin de superviser l’élection du gouverneur ne devraient pas être énormes. Rien, alors rien, ne justifie qu’on n’ait pas pu, jusqu’à aujourd’hui, respecter le délai constitutionnel de 30 jours du vote d’un nouveau gouverneur. Délai constitutionnel que le ministre de l’Intérieur Evariste Boshab, docteur en droit…constitutionnel, aurait dû, avec la sévérité du juriste, veiller à faire respecter. 

La rigueur sur le respect et l’application de la loi serait-elle sélective au Congo ? La loi congolaise s’impose-t-elle, avec dureté et sans concession, sur certaines matières et à certaines personnes (suivez mon regard…) et pas à d’autres ? Le professeur Boshab n’enseigne-t-il pas à ses étudiants qu’un véritable Etat de droit est celui où les institutions publiques doivent – elles aussi et en premier – se soumettre aux lois du pays ? Ces derniers ne prennent-ils pas l’enseignant en défaut en le voyant bafouer ou en ne s’investissant pas (en sa double qualité de membre du gouvernement et de secrétaire général du parti du chef de l’Etat) à faire respecter les prescrits de la Constitution dont il leur enseigne la primauté dans la hiérarchie des normes et l’observance « scrupuleuse » de toute loi ? 

« Le gouvernement n’organise pas l’élection du gouverneur parce que, en réalité, la majorité présidentielle n’a pas encore trouvé un candidat de remplacement, confie un député provincial. On nous propose des noms, mais jusque-là, nous ne sommes pas d’accord avec certaines personnalités proposées ». Le délai constitutionnel de l’organisation du gouverneur de l’Equateur serait-elle ainsi lié à l’agenda et aux stratégies de la seule famille politique de Joseph Kabila ? Les Equatoriens doivent-ils s’en réjouir ? L’Etat congolais est-il encore un Etat neutre où la loi s’impose égalitairement à tous et où l’intérêt général prime ? Doit-on alors s’étonner que des Congolais s’offusquent de l’appropriation de leur pays – pour leur jouissance et leurs intérêts personnels - par un petit groupe de gens inconscients et l’expriment avec grande colère et bruyamment, dans la rue ?

[Wina Lokondo]