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RDC : Province Orientale, un no man’s land

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La coalition LRA et Mbororo vient de créer des no man’s land en Province Orientale, précisément à Dungu, Irumu et Niangara. Requinqués par leur nouvelle alliance, les éléments de ces deux groupes armés sèment mort, exactions, viols et vols auprès des populations autochtones obligées d’abandonner leurs villages et champs. Les FARDC et la Monusco ont du pain sur la planche !

Pendant que les Forces armées de la République démocratique du Congo s’évertuent à nettoyer la partie orientale de tous les groupes armés qui y pullulent, un nouveau front vient de voir le jour. Il s’agit du danger créé par les éleveurs Mbororo et les rebelles ougandais de la LRA. Ces deux catégories d’étrangers sont tolérées pour les uns et combattues pour les deuxièmes. 

Les Mbororo sont, en effet, des éleveurs nomades d’origine soudanaise, tchadienne… qui ont élu domicile sur de verts pâturages congolais. Il leur est reproché de s’être installés sans se soumettre à la législation en matière de migration. « Les Mbororo se sont quasiment imposés aux Congolais », note un spécialiste congolais des relations internationales. Sans solliciter une quelconque autorisation, ces migrants ont pris le contrôle d’importants espaces au Nord du pays. Une zone qui semble échapper au contrôle de l’administration, particulièrement des FARDC.

La terreur refait surface dans les territoires de Dungu et Niangara. Du fait du pacte que viennent de signer les éléments résiduels de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) et ces éleveurs qui se découvrent une nouvelle vision, à savoir de conquérants.

La nouvelle coalition a transformé les territoires de Dungu et Niangara en un espace interdit aux Congolais. Les nouveaux occupants perçoivent des taxes sur les populations qui se hasardent dans cette partie du territoire national occupée par des terroristes new look.

Il nous revient que des officiels de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et du ministère de l’Intérieur ont évité in extremis des embuscades du tandem Mbororo-LRA. Cela grâce aux  avertissements des rescapés.

La menace du duo Mbororo-LRA n’est pas une vue d’esprit. Elle devrait être prise au sérieux au niveau de Kinshasa. Le vice-gouverneur de la Province Orientale, Pascal Mombi, l’a reconnu mercredi dernier, lors d’un meeting populaire à Dungu. Il a, par ailleurs, confirmé que de nombreux habitants de Dungu et Niangara ont fui les exactions de ces groupes armés. L’autorité provinciale a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences négatives d’une telle situation sur les prochaines élections locales.

Quant au ministre provincial de l’Intérieur de la Province Orientale, Hubert Moliso Nendolo, il a estimé qu’il était difficile pour les chefs des chefferies de Dungu et Niangara d’organiser le recensement de leurs populations qui ont quitté leurs milieux naturels afin d’échapper aux griffes de ces hors-la-loi venus du Nord. 

L’énumération des localités passées sous le contrôle des Mbororo et LRA donne des sueurs froides. «Si la situation n’est pas rétablie, ces chefferies risquent de ne pas avoir d’élus dans leurs circonscriptions respectives pour pouvoir constituer des organes délibérants. Dans la chefferie Wando, il y a sept groupements occupés par les Mbororo. Dans le groupement Malingindo, ces éleveurs occupent cinq groupements. A Nyangara, c’est la même chose», a renchéri le ministre de l’Intérieur de la Province Orientale.

Ocha n’est pas en reste. L’organisme onusien en charge de l’humanitaire a aussi documenté toutes ces exactions qui sont à la base des déplacements massifs de populations. « Dans les districts du Haut et Bas-Uélé, les experts de la protection ont recensé au courant du mois de mai  31 incidents (attaques, pillages, vols, enlèvements, etc.) dont 17 attribués aux présumés combattants de l’Armée de résistance du seigneur (LRA). Cet activisme a occasionné la mort de quatre personnes et l’enlèvement de 70 autres, notamment sur l’axe Dungu–Duru  et Dungu – Ngilima – Bangadi – Doruma », lit-on dans un communiqué des instances onusiennes.

FARDC et USA interpelés

Pendant que la population de Dungu s’insurge contre un arrêté du gouverneur Jean Bamanisa, permettant le cantonnement des éleveurs Mbororo dans cette province, d’aucuns exigent plutôt le renvoi pur et simple de ces éleveurs envahisseurs chez eux. Au même moment l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en RDC, James Swan, a assuré le même mercredi les habitants de Dungu du soutien de Washington dans la traque des rebelles de la LRA.

Le diplomate américain s’était dit également préoccupé par « le phénomène Mbororo». Cependant, il n’a livré aucune information sur l’évolution de la traque de Joseph Kony lancée par son pays depuis plusieurs mois. Drones et forces spéciales sont mises à contribution du coté américain. Mais, entre-temps, la LRA, groupe armé donné pour être amoindri par les officiels congolais, vient de reprendre du service en s’alliant aux Mbororo.

Aurait-on relâché la pression au point de laisser ce groupe se reconstituer ? A cette interrogation, il appartient aux FARDC de sécuriser les frontières nationales ainsi que les populations et leurs biens. Cette menace étant réelle, ne pas prendre des mesures appropriées laisserait libre cours à son développement. Le nettoyage doit être intégral afin qu’aucun centimètre carré du territoire n’échappe à l’autorité de l’Etat.

Après l’Est, ne faudrait-il pas éviter d’embraser également le Nord ou livrer cette partie du territoire à la merci des inciviques et migrants qui ne respectent aucune loi de la République ? La RCA et le Soudan du Sud qui vivent des situations d’instabilité constituent des frontières à problème qu’il faut surveiller avec une attention particulière.

[lePotentiel]