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Refoulés de Brazzaville : Ils se disent Congolais... mais ils n'ont pas d'adresse en RDC

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Regroupés, depuis le 13 mai dernier, au centre d’instruction de la police à Maluku, après un premier transit à l’ex-stade du 24 novembre, les Rd congolais refoulés de Brazzaville regagnent petit à petit leurs milieux d’origine. Selon des sources humanitaires, ils étaient encore 3.218 à habiter ce camp avant le départ, samedi 21 juin, de quelques ressortissants du Bandundu et du Bas-Congo, organisé par l’OIM (Organisation internationale des migrations). Les Originaires de l’Equateur, les plus nombreux, ainsi que ceux de la Province Orientale attendraient un bateau de cinq barges pour les ramener chez eux. Au fur et à mesure que les départs s’organisent, la peur gagne ceux qui se disent " sans adresse " ou " sans famille ", craignant d’être contraints par la force à vider les lieux. Sur les visages de ceux-là, la détresse est réelle…

Maluku, samedi 21 juin 13 heures. Dans l’enceinte du centre d’instruction de la police, six minibus de plus ou moins 45 places assises, loués par l’OIM, attendent de ramener dans leurs milieux d’origine, les ressortissants des provinces du Bandundu et du Bas-Congo, refoulés de Brazzaville en avril dernier. Aidé d’un lance-voix, un agent de l’OIM, en uniforme de service, passe devant chaque tente ou dortoir pour appeler les originaires de Matadi, Boma, Kikwit, Kenge, Masimanimba, Idiofa, Bulungu, Bandunduville etc. qui souhaitent rentrer chez eux à embarquer immédiatement dans les bus stationnés à l’entrée du site. Ce travail de sensibilisation, l’agent de l’OIM assure l’avoir fait deux jours plus tôt. Mais à l’arrivée, les gens ne se bousculent pas pour autant au portillon de ces véhicules.

SANS FAMILLE

Le principe, c’est un retour volontaire. Originaire du Bas-Congo, Chantal Ngoma Ngoma, 35 ans, ne se sent pourtant pas concernée par cet appel de l’OIM. En fait, elle ne sait pas ce qu’elle irait faire dans ce coin du pays où elle n’y connait personne. " Je suis allée très petite à Brazzaville vers les années 80. Maman est morte là-bas ", raconte-t-elle larmes aux yeux. Fille unique, Chantal dit ne connaître ni la famille de son père ni celle de sa mère. 

A Brazzaville où Ngoma Ngoma vivait du petit commerce, elle a eu deux enfants, Kevin et Enock, respectivement 14 et 6 ans, avec un Congolais de Kinshasa qui l’a fuie depuis. "Je vais partir où ? Je ne connais personne. J’avais juste appris de ma défunte mère que je suis originaire du Bas-Congo. Je connaitrais quelqu’un que je serais déjà partie depuis", affirme-t-elle. Sur cette dernière parole, et Chantal se retourne et avec son index, désigne la tente où elle dort à même le sol avec ses deux enfants. Cette tente fait partie de 11 autres, appelées ici villages Unicef, montées par cette agence des Nations Unies pour les femmes et les touts petits refoulés de Brazzaville. Chaque tente abrite en moyenne 16 familles qui, pour la plupart, dorment à même le sol, du reste non nivelé. 

Camarade de fortune de Ngoma Ngoma, Christine Bafumbwa dit dormir avec ses sept enfants par terre. Par tente on peut retrouver trois à quatre matelas. Le service des Affaires sociales avait reçu un lot de 240 matelas qu’il avait distribués aux femmes enceintes et à celles qui avaient des bébés âgés de 0 à 3 mois. Des dures conditions que voudrait bien quitter Ngoma Ngoma qui se dit prête à tout faire. " Je cherche même à travailler comme domestique dans un foyer à Kinshasa. Si vous connaissez une famille qui en cherche une, pensez vite à moi ", supplie-t-elle. Ils sont nombreux, sur le site, les gens comme Chantal Ngoma Ngoma qui ne savent pas encore où aller. 

Rien qu’au village Unicef 1, du nom de la tente de Ngoma Ngoma, seules trois familles sur les seize vont voyager. Les treize autres sont " sans adresse ". Au fur et à mesure que les jours passent, ces " sans adresse " ou " sans famille ", sont gagnés par anxiété grandissante. Et ces " sans adresse", on en trouve même qui sont de Kinshasa, mais qui ne veulent pas quitter le camp. Vrai ou faux, ils disent être sous la menace d’une expulsion forcée après le départ du gros des effectifs, notamment ceux de l’Equateur pour qui on chercherait à louer un bateau de cinq barges pour les ramener eux et les ressortissants de la Province Orientale. Ce qui les mettent dans un état de détresse permanent. 

Selon Jacques Bokelo Vava Bova, du Secrétariat général aux Actions humanitaires et à la solidarité nationale, chargé d’assistance et appui à la réintégration des réfugiés, refoulés et retournés, " il n’y a jamais eu menace d’expulsion des " sans adresse ". Il pense que les intéressés interpréteraient mal "l’intensification de la campagne de sensibilisation au retour volontaire".

PROMESSE D’ARGENT

D’autres sources, sur le site, renseignent que ces " sans adresse " seraient en partie appâtés par une promesse d’argent du Gouvernement à tous ceux qui n’auront pas où aller après le rapatriement des autres refoulés. Une rumeur que dément le responsable du service des Affaires sociales qui assiste ces refoulés sur le site. Jacques Bokelo dit être au courant de rien de tel. En attendant, la vie sur le camp tient aux dons des Ong et quelques personnes de bonne volonté. Sinon, pour manger, certains vendent leurs effets personnels. D’autres vont jusqu’à vendre une partie d’aliments qu’ils reçoivent. 

" Ce samedi Caritas nous a donnés du riz et de haricot, comment faire pour avoir de la braise de l’huile si nous ne vendons pas une partie de notre ration !", justifie Yvette Pungu. Originaire de Bukavu née à Brazzaville, Yvette Pungu dit ignorer tout et de Kinshasa et de Bukavu. Elle compte cependant sur le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango, pour devenir citoyenne de Kinshasa. Elle et sa fille de 5 ans. 

Comme du reste Célestin, élancé poids plume, originaire de l’Equateur. Celui-ci porte sur son crâne rasé les traces du déchainement de violence des policiers de l’opération « Mbata ya bakolo » qui ont bondi sur lui en plein marché. Trois profondes lacérations d’objet tranchant dont une encore rougeâtre et une autre purulente au poignet gauche. Il explique que laissé pour mort, il est miraculeusement parvenu à gagner le Beach en échappant à une nouvelle attaque. Surtout, il a réussi à pénétrer à la force de son instinct de survie dans le bateau de la SCPT qui l’a ramené à Kinshasa, chez lui enfin… 

[Christian KASONGO (Stagiaire/Ifasic) et Didier KEBONGO]