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Frontières : FARDC - RDF prêts à en découdre à tout moment

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Une fois de plus, le Rwanda prouve qu’il ne s’est jamais départi de ses visées expansionnistes dans la région des Grands Lacs, principalement dans l’Est de la RDC. Malgré toutes les tentatives d’apaisement amorcées au niveau régional et international, Kigali ne cesse de créer des incidents qui pourraient lui permettre d’atteindre son objectif,  à savoir redéfinir  la frontière commune avec son voisin congolais. C’est la raison de la tension persistante constatée actuellement dans la localité de Kanyecheza, dans le Nord-Kivu.

Plus d’une semaine après les accrochages entre les Forces armées congolaises et rwandaises à Kanyecheza, la tension ne semble pas toujours baisser dans cette partie de la province du Nord-Kivu. Au cours de la conférence de presse qu’il a animée mercredi dernier, le lieutenant-colonel Félix-Prosper Basse, porte-parole militaire de la Monusco, a déclaré qu’« à ce jour, la situation sécuritaire dans la zone (NDLR : Kanyecheza) est jugée calme, mais demeure toutefois tendue ». Sur place, les Forces armées de la RDC et les forces rwandaises seraient sur pied de guerre et prêtes à en découdre à tout moment.

Selon Félix-Prosper Basse, la tension actuelle serait justifiée par un problème de délimitation des frontières entre les deux voisins. Aussi a-t-il appelé les deux parties à la retenue.

Pour prévenir de nouveaux affrontements militaires, la Monusco a, depuis le 11 juin, déployé ses troupes d’intervention rapide dans la localité de Kanyecheza.  Cela, dans le cadre de ses priorités dans la région. L’objectif poursuivi est « d’évaluer la situation sécuritaire à Kanyecheza, d’interagir avec les autorités locales ainsi que militaires, de rassurer et de protéger les populations locales ».

Dans les rapports préliminaires fournis par ses services, la Monusco a fait état du déplacement vers Goma des populations de la localité de Kabagana et celles habitant le long de la frontière, fuyant les accrochages entre les armées congolaise et rwandaise.

Les appréhensions de la Mission onusienne sont également partagées par la plupart des personnes déplacées vers le groupement voisin de Kibumba. Ces dernières affirment que la situation sécuritaire à la frontière avec le Rwanda reste précaire. Depuis le samedi 14 juin, les habitants des localités Kabagana 1 et 2, Kabuhanga, Kabuye, et Kitotoma ont commencé à rentrer chez elles, note la Monusco.  Sur son site Internet, radio Okapi indiquait que c’était d’abord les chefs qui rentrent pour évaluer la situation sécuritaire avant de ramener les femmes et les enfants.

Vendredi 13 juin, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en RDC, Martin Kobler, avait exhorté Kinshasa et Kigali à désamorcer la tension et à s'abstenir de tout acte de violence, craignant que ce conflit n’envenime davantage la situation sécuritaire, déjà précaire, de la région.

Redessiner les frontières, source de conflits

Et, comme si cela ne suffisait pas, la Monusco vient de faire des révélations qui risquent de compliquer l’équation pour une  sortie rapide de la crise qui oppose les deux pays. En effet, le spectre d’un conflit frontalier a curieusement refait surface.

Devant la presse qui l’interrogeait à Kinshasa, le lieutenant-colonel Basse a affirmé que cette situation précaire résulte « des problèmes frontaliers » qui se posent entre la RDC et le Rwanda, précisément au niveau de la colline (NDLR : de Kanyecheza). A son avis, les frontières entre les deux pays ne seraient « pas encore bien définies » dans cette zone.

Un pavé dans la mare ? Probable, soutiennent d’aucuns qui se disent frappés par cet angle d’analyse pris par la Monusco. Selon ces derniers, cette allusion rajouterait à la confusion, voire pourrait donner des idées et arguments au régime de Kigali mais aussi l’encourager dans ses réclamations oiseuses et infondées.

 Faire valoir cette thèse, comme semble le faire remarquer le lieutenant-colonel Basse de la Monusco, c’est donner des arguments au Rwanda pour continuer son travail de déstabilisation dans la partie Est de la RDC.

A dire vrai, le problème des frontières ne peut pas se poser entre les deux pays. Car, c’est depuis la Conférence de Berlin en 1885 qu’on a mis définitivement une croix à ce problème – du reste balayé lors des accessions de la plupart des pays africains à l’indépendance dans les années 1960. De ce point de vue, le Rwanda ne peut pas trouver prétexte de déstabiliser l’Est de la RDC pour raison de délimitation des frontières. La Monusco ne peut pas non plus l’appuyer dans cette analyse tout à fait tronquée.

En Afrique centrale, comme partout ailleurs sur le continent, les pays ont des frontières qu’ils sont héritées de la colonisation. Remettre en cause tous ces acquis, c’est dénaturer complètement l’histoire.

Toujours est-il qu’après les accrochages de Kanyecheza, la RDC et le Rwanda ont actionné leurs mécanismes conjoints pour mener, à cet effet, des enquêtes. En attendant les résultats de ces enquêtes, la Monusco se dit « prête à appuyer toute initiative visant la restauration de la stabilité dans cette zone frontalière ».

Pour les Nations unies, un compromis s’impose pour la délimitation des bornes frontalières entre les deux pays mais la Société civile du Nord-Kivu a prévenu qu’il n’y aura jamais de pourparlers avec le Rwanda s’il a la prétention de délester une partie du territoire congolais. 

Une diplomatie de l’hypocrisie

Entre le Rwanda et la RDC, les relations n’ont jamais été sincères. Elles sont basées sur la sauvegarde des     apparences, une attitude qui cache mal une hypocrisie entretenue par les deux voisins. 

Dans ce jeu d’échec, il doit y avoir un plus malin qui tire son épingle du jeu. Et, à y regarder de plus près, la balance ne penche pas en faveur de la RDC. A la longue, il faut craindre, par effet domino, que d’autres voisins de la RDC prennent plaisir à exiger la redéfinition des frontières qu’ils partagent avec la RDC.

Kinshasa doit user de la fermeté pour décourager le Rwanda dans son plan machiavélique qui ne vise rien d’autre que la déstabilisation perpétuelle de la RDC. La délimitation des frontières ne peut pas être une raison pour le Rwanda de déployer ses militaires dans l’Est de la RDC. 

A tout prendre, la résurgence de la question des frontières donne raison à ceux qui ont toujours soupçonné le Rwanda et tous ceux qui le soutiennent de travailler sans relâche à la balkanisation de la RDC.

[lePotentiel]