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RDC : FDLR sous pression

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Les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) sont sous pression internationale depuis un certain moment. Dans un communiqué diffusé dimanche 1er juin, les envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs de l'Onu, de l'Union africaine (UA), de l'Union européenne et des États-Unis d'Amérique ont appelé à la reddition "complète" des rebelles hutu rwandais des FDLR, actifs en RDC. Entre temps, la même communauté internationale ménage, dans un mutisme incompréhensible, Kigali à qui les FDLR demandent instamment d'ouvrir des négociations inter rwandaises. Une condition que les autorités rwandaises à laquelle elles n'ont jamais voulu accéder.

La reddition des rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda a été jugée timide par la communauté internationale qui appelle tous les combattants et hauts gradés des FDLR à une reddition complète dans les jours qui viennent. Ajoutant dans une menace à peine couverte que ceux qui "choisissent de ne pas se rendre, de ne pas renoncer à la violence, et de ne pas se soumettre à un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion continueront d'être passibles de l'action militaire des FARDC (armée congolaise) et de la Monusco". 

Processus DDR/RR

Pour encourager les rebelles hutu à mordre  à l'hameçon, les envoyés les envoyés spéciaux, auxquels se joint le chef de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), Martin Kobler, ont ajouté que ceux des éléments des "FDLR qui se rendent et souhaitent retourner au Rwanda pourront être rapatriés dans le cadre du processus DDR/RR (désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation) existant" dans leur pays.

Le 18 avril, les FDLR avaient annoncé vouloir se séparer d'"ex-combattants importants" afin de "se consacrer à la lutte politique" au Rwanda, qui refuse tout dialogue avec elles. Vendredi 30 mai à Kateku, à 220 kilomètres au nord de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, 105 hommes se sont rendus avec 100 armes. Seuls 97 d'entre eux ont pu être cantonnés dans un camp de la Monusco à Kanyabayonga, au sud de Kateku, certains ex-rebelles ayant changé d'avis.

Il s'agit d'un "nombre insignifiant de combattants subalternes (qui) se sont rendus dans le Nord-Kivu", ont estimé les envoyés spéciaux et le chef de la Monusco. Dans le Sud-Kivu, une opération similaire n'a pas pu commencer vendredi pour des raisons logistiques, ont expliqué les FDLR.

Pourquoi ce revirement de dernière minute ?

Pourquoi ce revirement des FDLR de dernière minute, alors qu'elles avaient décidé, en âme et conscience, quoique sous pression, d'abandonner la lutte armée ? La question mérite d'être posée, d'autant plus que dans cette campagne de sensibilisation menée conjointement par les FARDC et la communauté internationale, les autorités rwandaises ne sont soumises à aucune pression pour les pousser à accéder à la demande des FDLR, celle d'ouvrir un dialogue inter rwandais.

De là à se demander pourquoi les FDLR rechignent  à rentrer au Rwanda, la raison principale n'est pas difficile à trouver. Qui peut accepter de se rendre dans un pays, le sien propre soit-il, où les conditions d'accueil ne sont pas sûres ? Personne, y compris tout jihadiste, n'est pas prêt à aller dans un pays où ses jours sont en danger. Nous nous sommes toujours posé mille et une questions sur le refus catégorique de Kigali sur la demande des FDLR d'avoir un dialogue inter rwandais avec les autorités rwandaises. Alors qu'au plus fort de la crise en RDC en proie à la guerre contre la rébellion pro rwandaise, ces mêmes autorités, accusées de soutenir cette rébellion, estimaient que cette guerre était un problème congolo-congolais et que Kinshasa devait plutôt dialoguer avec les rebelles !

Aujourd'hui, alors qu'on perçoit des signes évidents de la volonté des FDLR de se rendre - bien que cette reddition souhaitée de longue date soit jugée timide - pourquoi ne pas encourager les rebelles hutus rwandais à rentrer chez eux, par ricochet, résoudre le sempiternel problème de ces FDLR.

Un nombre surestimé des FDLR !

Pour le Rwanda, le nombre des rebelles hutu rwandais, qu'il a toujours accusés d'avoir participé au génocide de 1994, s'élèverait à quelque 4 000 personnes ; un nombre surestimé. Le problème des FDLR est un véritable casse-tête, une quadrature du cercle, dont la solution implique tous les acteurs de la crise : la RDC, le Rwanda, la communauté internationale.

Si Kigali accuse les FDLR d'avoir trempé dans le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda, qui a fait au moins 800 000 morts, selon l'Onu, que peut-il dire de tous ces enfants nés après le génocide ? Sont-ils considérés comme génocidaires au même titre que leurs parents ou leurs grands-parents ?

Mais la grande question reste de savoir pourquoi il refuse d'ouvrir les négociations avec les FDLR, une position suicidaire sur laquelle la communauté internationale ferme les yeux. Alors que, lorsqu'il s'est agi du dialogue inter congolais de la RDC, qui paie aujourd'hui un lourd tribut de sa générosité pour avoir accepté dans son territoire tous ces réfugiés rwandais, sous la pression de cette même communauté internationale, elle a souvent tenu un ton ferme.

Pour l'instant, pour la problématique des FDLR, l'homme fort de Kigali reste autant une solution qu'un problème. Les alliés traditionnels du Rwanda, les Etats-Unis d'Amérique en tête, ont le devoir de le pousser à être plutôt une solution.

Kléber Kungu