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RDC : Des bruits de bottes en Province-orientale

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Après le Front Est, ça sent mauvais dans la Province-orientale, au Nord-Est de la RD Congo. Des bruits de bottes sont signalés dans cette partie de l'immense territoire congolais. Il ne Ce ne sont plus de soldats rwandais qui marchent sur l'Ituri. Il s'agit plutôt des troupes ougandaises. Selon Radio okapi qui a livré cette nouvelle hier lundi, plus de 300 militaires ougandais ont envahi, depuis dimanche 25 août, la localité congolaise de Sisi, en territoire de Mahagi, en Province Orientale. La société civile de Mahagi, citée par la même source,  affirme que les agents des services de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), de la Direction générale de migration (DGM) et de la police des frontières se sont retirés de Sisi.  

Par ailleurs, la Société civile de Mahagi contactée par la radio onusienne en RD Congo, précise que ces éléments de l'armée régulière ougandaise ont foulé le sol de Sisi vers 18 heures, avec deux chars de combat. " Aussitôt qu'ils arrivent  sur le territoire congolais, les militaires ougandais avaient lancé un ultimatum de 48 heures au service douanier, sommé d'enlever la barrière ", déclare Jacques Unyuti, secrétaire-rapporteur ce la société civile de Mahagi. 

Les faits sont à prendre au sérieux. Même très au sérieux. Aussi, les responsables de la Société civile de Mahagi dénoncent-elles cette incursion, avant d'inviter le pouvoir de Kinshasa à sécuriser les frontières du pays dans cette zone.  "Ils ont fait leur incursion avec deux chars de combats et des armes lourdes. La barrière de la localité de Sisi a été tamponnée par des chars des Ougandais qui avaient  donné un ultimatum  de 48 heures  pour que la partie  congolaise puisse enlever cette barrière qui, pour eux, constitue une provocation. Ils sont allés à Sisi, c'est en pleine RDC, où ils sont basés depuis hier", affirme Radio Okapi qui prend le soin de citer Jacques Unyuti. 

LES LARMES DE DEO RUGWIZA EN MAI 2009

La situation actuelle dans le district d'Ituri est loin d'être fortuite. Pas du tout du hasard. Depuis plusieurs années,   certains actes posés par Kampala suggéraient une crise frontalière imminente entre la RD Congo et l'Ouganda. A ce titre, la radio de la Fondation hirondelle émettant de Kinshasa, se rappelle le constat très amer de Deo Rugwiza, patron de la douane en RD Congo. " A l'issue d'une mission qu'il avait effectuée en mai 2009 à Mahagi en Ituri, Deo Rugwiza avait constaté que la borne frontalière avait été ramenée à plus ou moins  neuf kilomètres à l'intérieur de la RD Congo ", rapporte Radio okapi. . Bien évident que ce nouvel emplacement de la barrière douanière, par ailleurs très éloignée de la frontière naturelle entre la RD Congo et l'Ouganda, ne pouvait que susciter indignation et regrets de Deo Rugwiza qui n'avait que ses larmes pour pleurer.

En son temps, le numéro un de l'Ofida avaitt voulu que cette barrière soit rapprochée de la frontière réelle qui sépare les deux pays. Cependant selon lui, son initiative avait été butée à un obstacle. " Aujourd'hui, le bureau de la douane se trouve à pratiquement plus ou moins 9 kilomètres de la frontières avec l'Ouganda. L'idéal, c'est de rapprocher ce bureau de la frontière. Mais j'aimerais au passage signaler qu'il m'a été rapporté que la borne qui fait frontière entre nos deux pays, l'Ouganda et la RDC, a été déplacée de la frontière naturelle qui est d'ailleurs un ruisseau qui sépare nos deux pays, vers l'intérieur de notre pays. Je le dis pour que les autorités qui vont m'entendre puissent vérifier ce cas. Parce que, sinon, ce serait accepter le fait accompli, de dire, voilà, là où se trouve le bureau de l'Ofida, c'est là la réelle frontière, alors que je viens de vous le dire, la borne a été déplacée. L'idéal serait de résoudre cette question très rapidement, avant que nous ne puissions construire nos bureaux à la frontière, réelle et effective. "

Il ne fait l'ombre d'aucun doute qu'en plus de son entretien avec la radio de la Monusco, Deo Rugwiza avait rédigé un rapport écrit adressé au Gouvernement. Il va de soi, tant il s'agissait d'une matière sensible, liée à l'intégrité du territoire national. Mathématiquement, cinq ans se sont écoulés. Et nous y voilà. L'Ouganda vient donc de concrétiser son plan. Quel usage le pouvoir de Kinshasa avait-il fait du rapport (on l'espère) de Rugwiza ? Ce ne serait peut-être pas le temps du procès. Plutôt d'action concrète. On devra donc agir et bien agir. 

PLUSIEURS ANNEES DEJA

C'est une tension vieille de plusieurs années et qui monte à la frontière entre la RDC et l'Ouganda à Mahagi, en  En juin dernier, les autorités congolaises avaient déplacé la barrière douanière congolaise d'Assina de 400 mètres, la rapprochant de la frontière. Elles affirmaient vouloir ainsi lutter contre la fraude douanière. Accusant la RDC d'avoir violé la frontière, l'armée ougandaise a déployé des militaires dans le secteur.Les autorités du district ougandais de Zombo, frontalier au territoire congolais de Mahagi, avaient donné aux autorités congolaises jusqu'à vendredi 23 août pour replacer ce poste frontière à sa position initiale. De son côté, l'administrateur du territoire de Mahagi, Jean Bosco Ngamubiem Essese, a affirmé que cette nouvelle position se trouve bel et bien sur le territoire congolais. 

QUID DE LA COMMISSION DE VERIFICATION DES LITIGES FRONTALIERS ?

Il y a exactement un peu plus de trois ans, soit précisément en mars 2010, la RD Congo et l'Ouganda avaient engagé des discussions au sujet des barrières dans leurs frontières communes. Un communiqué final a sanctionnant lesdites discussions qui avaient eu lieu un certain mardi jusque tard la nuit, à Aru, en Ituri, entre les autorités  congolaises de la  province Orientale et  celles de 4 districts frontaliers de l'Ouganda, prévoyait la mise en place d'une commission de vérification permanente des litiges frontaliers.

La partie congolaise était conduite par le gouverneur de la Province Orientale d'alors, Médard Autsayi Asenga, et de l'Ouganda par Ibrahima Abigira de la région de West Nile et commissaire du district ougandais de Arua. Les deux parties avaient accordé leurs violons sur un certain nombre de points. La partie congolaise, par exemple, s'était engagée, entre autres, à mettre fin au trafic de véhicules volés en Ouganda et vendus sur le territoire congolais dans cette partie du pays. Aussi, avait-elle indiqué avoir déjà saisi et restitué plus de dix véhicules volés en Ouganda. Qui plus est, la partie congolaise avait relevé que les auteurs du trafic des véhicules volés en Ouganda sont des Ougandais-mêmes. Sans doute en complicité avec certains sujets congolais.

Côté ougandais, la délégation de Kampala avait demandé avec insistance aux autorités ougandaises l'arrestation des chefs de groupes armés congolais qui résident en Ouganda et s'organisent en vue de déstabiliser le district de l'Ituri. C'est à ce juste titre que la délégation ougandaise avait d'ailleurs  annoncé l'arrestation de certains de ces chefs rebelles congolais que les autorités ougandaises entendaient transférer sur le territoire congolais. Parmi eux, Tcheni Andrionzi, leader de l'Union des révolutionnaires congolais ", arrêté en son temps depuis près d'une.

Bien d'autres points figuraient parmi les points d'accord conclus entre les deux parties, notamment leur volonté commune de mener une lutte contre la fraude des minerais et du bois congolais. Trois ans après, qu'en est-il de cette commission ? La partie congolaise était-elle en droit de compter sur la bonne foi de la partie ougandaise ? Sinon, qu'est-ce qui explique la présence de ces militaires ougandais sur le sol congolais ? Kinshasa doit agir. Le plus tôt serait le mieux pour libérer les autochtones de cette partie du territoire national du traumatisme de l'intrusion des militaires ougandais. Rien à faire.

[Laurel KANKOLE]

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