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Nord-Kivu : L'armée congolaise est en train de prendre l’avantage sur l’ennemi

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Les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) par le biais de son  porte-parole militaire, le colonel Olivier Hamuli, ont appelé mercredi 17 juillet 2013, la population au calme après une panique observée mardi à Goma (Nord-Kivu). Cet appal au calme intervient après des tirs à l’arme lourde entendus et qui ont fait craindre un rapprochement des combats vers la ville de Goma : «Nous sommes en train de prendre l’avantage de jour en jour sur l’ennemi avec des positions confortables, il n’y a pas à s’inquiéter. La ville de Goma est calme. Les détonations entendues dans cette ville sont celles de nos armes lourdes et ce n’est pas le M23 qui pilonne à côté de la ville», a confié à radio Okapi, le colonel Hamuli. Les FARDC font également face à la résurgence dans cette même province frontalière d'une vieille rébellion ougandaise qui y aurait reçu un soutien des islamistes shebab somaliens.

Le colonel Hamuli a indiqué que «les rebelles du M23 n’ont pas vu, cette nuit, la lumière de la ville de Goma». Selon radio Okapi, la ligne de front s’est déplacée à Kibati, situé à environ 20 km au Nord de Goma.

Le porte-parole militaire des FARDC au Nord-Kivu, rassure que les otages capturés sur le champ de bataille seront traités comme prisonniers de guerre, en vertu de la convention de Genève de 1949.

Selon les autorités gouvernementales, les FARDC auraient tué 120 rebelles, depuis la reprise des hostilités dimanche 14 juillet 2013. La reprise des combats au Nord-Kivu préoccupe les Nations Unies.

La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo (Monusco) avait ainsi, exprimé lundi 15 juillet 2013, sa préoccupation concernant l'attaque du Mouvement du 23 mars (M23) contre des soldats des FARDC dans la province du Nord Kivu et lancé un appel à la retenue afin d'éviter une escalade de violences.

« Je lance un appel pour le respect de l'Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération afin de permettre au processus politique en cours d'aller de l'avant », avait dit le Représentant spécial par intérim de la MONUSCO, Moustapha Soumaré, dans un communiqué de presse. « J'invite tous les signataires de l'Accord-cadre à user de leur influence pour éviter une escalade de la situation », avait-il ajouté.

La Monusco se dit prête à défendre les civils suite à une nouvelle attaque du M23.

LES FARDC AFFRONTENT AUSSI LES ISLAMISTES OUGANDAIS ET SHEBAB SOMALIENS

Depuis une dizaine de jours, rapporte l’AFP, cinq localités du Nord-Kivu ont été attaquées et pillées par l'ADF-Nalu (Forces alliées démocratiques). Ces violences ont poussé 65.000 Congolais à chercher refuge en Ouganda voisin, selon la Croix-Rouge ougandaise citée par la source.

La semaine dernière, nouveau coup d'éclat, les mêmes rebelles ougandais ont brièvement occupé la localité de Kamango, avant d'en être délogés par les troupes congolaises.

Selon l'armée régulière, les rebelles sont alors repartis vers le mont Ruwenzori, chaîne de montagnes qui marque la frontière entre l’Ouganda et la RDC et dont ils occupent les contreforts depuis des années.

Ces violences touchent la région du « Grand nord », partie nord de la province du Nord-Kivu, frontalière de l'Ouganda entre le lac Albert et le lac Edouard, et fief de l'ethnie Nande.

UNE REGION DEVENUE UNE "POUDRIERE"

La zone est devenue « une poudrière », s'alarme, sous couvert d'anonymat, un expert militaire occidental, redoutant que cette rébellion ne devienne un nouveau foyer de troubles qui s'appuierait sur des revendications des Nande qui s'estiment aujourd'hui délaissés par Kinshasa.

L'ADF-Nalu est né au milieu des années 1990 de la fusion de deux groupes armés opposés au président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. La composante Nalu (Armée nationale pour la libération de l'Ouganda) a depuis lors disparu, mais le mouvement conserve cette appellation d'ADF-Nalu.

Soutenu pendant un moment par le Soudan, l'ADF était à l'origine composé essentiellement de militants du Tabliq, un mouvement missionnaire musulman. Au fur et à mesure des années, ces combattants se sont radicalisés.

Uniquement composée aujourd'hui d'islamistes, l'ADF-Nalu est dirigé depuis 2007 par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l'islam.

Les Etats-Unis l'ont placé sur leur liste d'organisations terroristes dès 2001 et Jamil Mukulu est visé par des sanctions de l'ONU depuis 2011 et de l'Union européenne depuis 2012.

Ses combattants ont toujours trouvé un abri au Zaïre, devenu RDCongo en 1997, sur les pentes verdoyantes de la chaîne volcanique du Ruwenzori, qui culmine à plus de 5.000 mètres. Ils y cultivaient du café, échangeaient et pactisaient avec les populations locales.

L'ADF-Nalu a très longtemps bénéficié de la bienveillance de Kinshasa, dont les relations avec l'Ouganda ont souvent été houleuses, selon un rapport de décembre de l'International Crisis Group (ICG).

Le groupe rebelle a été visé pour la première fois en 2005 par une offensive conjointe de l'armée régulière et de la Mission de l'ONU (Monuc, devenue Monusco).

En 2010, l'armée a lancé une nouvelle offensive contre le mouvement, dont plusieurs camps ont été détruits. Les combats  actuels dans le Nord-Kivu ont déjà fait des dizaines de milliers de déplacés en grande partie vers l’Ouganda.

Depuis un an, cependant, l'armée congolaise s'est surtout mobilisée contre le mouvement rebelle M23 également implanté au Nord-Kivu, mais plus au sud, autour de la capitale provinciale Goma.

"LES SHEBAB SONT CHEZ NOUS!"

Si l'ADF-Nalu a surtout combattu le régime ougandais de 1996 à 2001, le mouvement est toujours brandi comme une menace par Kampala, qui l'accuse régulièrement d'être lié aux islamistes somaliens shebab.

En 2011, des membres de services de renseignements ougandais soutenaient ainsi que des membres de l'ADF avaient été formés à la confection de bombes par des shebab.

L'Ouganda compte une importante communauté musulmane (environ 10% de la population), et déploie depuis 2007 un contingent de plusieurs milliers d'hommes en Somalie pour y lutter contre les shebab.

Lundi, le porte-parole du gouvernement de Kinshasa, Lambert Mende, a lui aussi assuré que l'ADF-Nalu était associé aux « combattants shebab » et l'a présenté comme « une menace majeure contre la sécurité et l'intégrité de la RDC ».

« Les shebab sont chez nous », a insisté Lambert  Mende. Il a par ailleurs assuré que la présence de mercenaires somaliens avait été signalée il y a deux mois dans les rangs de ce mouvement.

Pour ICG, l'ADF-Nalu est le seul groupe armé de l'Est congolais à « être considéré comme une organisation terroriste appartenant à la nébuleuse islamiste d'Afrique de l'Est ».

Cependant, le groupe de réflexion jugeait que l'existence d'une coopération directe entre les shebab et les ADF restait « une hypothèse, d'autant plus que le gouvernement ougandais instrumentalise la menace terroriste à des fins intérieures et extérieures ».

Dans un rapport daté du 20 juin, des experts de l'ONU sur la RDC écrivaient: « deux anciens combattants de l'ADF et les services de renseignement ougandais affirment que l'ADF a reçu des virements en provenance de Londres, du Kenya et de l'Ouganda, rassemblés par des intermédiaires congolais à Beni et Butembo », au Nord-Kivu.

Les mêmes sources citées par les experts onusiens soutenaient que l'ADF se finançait aussi par un réseau de taxis opérant dans la zone frontalière et tirait profit de l'or et de l'exportation de bois en Ouganda.

L'ADF-Nalu continue de tenir « tête à l'armée congolaise », constatait en décembre ICG. Cette « résilience » du mouvement « tient à sa position géostratégique, son insertion dans l'économie transfrontalière et la corruption des forces de sécurité ».

Pour autant, l'ADF-Nalu « ne constitue pas une menace déstabilisatrice comme le M23 », dont les combattants sont stationnés aux portes de la ville de Goma.

LE M23 RESTE CONFRONTÉ À L’OPPOSITION DES GROUPES ARMÉS PRÉSENTS À RUTSHURU

Le porte-parole militaire de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation au Congo (Monusco), le colonel Félix Prosper Basse, a affirmé mercredi 17 juillet 2013, à Kinshasa, que « le mouvement rebelle du M23 reste confronté à l’opposition de divers groupes armés mineurs présents dans le territoire de Rutshuru, ainsi qu’aux attaques récurrentes de ces derniers contre ses positions déployées dans la région susmentionnée ».

C’est le cas, dit Félix Prosper Basse, « de la dernière offensive des éléments supposés appartenir à l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), sur les positions M23 basées à Kanyaruchina ».

Il a souligné que dans le Grand Nord, plus précisément dans la région de Beni et Lubero, « les groupes armés s’emploient à constituer un front uni sous la houlette des Mayi-Mayi Hilaire et du groupe armé de l’Alliance des forces démocratiques (ADF), dans le but de mettre en place de nouvelles stratégies face à l’intention d’autres mouvements armés d’adhérer au processus d’intégration au sein des FARDC ».

Les tensions persistent entre les Rahiya Mutomboki et les Mayi-Mayi Kifuafua 

Cependant, indique le porte-parole militaire de la Monusco, les tensions persistent entre les Rahiya Mutomboki et les Mayi-Mayi Kifuafua dans le territoire de Walikale.

« Des heurts liés aux conflits ethniques entre les communautés Nyanga et Hunde continuent d’être rapportés dans les régions situées autour de la localité de Pinga. Ils ont été exacerbés par le soutien des éléments Rahiya Mutomboki aux Mayi-Mayi Cheka et celui des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ainsi que ceux des Forces de défense des droits humains (FDDH) aux rebelles de l’APCLS, pour le contrôle de cette zone », a affirmé le colonel Basse.

Par ailleurs, rassure-t-il, la Force de la MONUSCO continue de déployer ses patrouilles intensives aériennes, motorisées et à pieds dans les régions occupées par le M23, dans le but « de dominer le terrain, relever les violations des Droits de l’Homme, et assurer la protection des populations civiles ».

Selon Félix Prosper Basse, cette Force poursuit également « sans relâche » par le biais de sa Brigade du Nord-Kivu, ses six opérations unilatérales dénommées : « Wide awake » (Réveil total), « Formidable », « Forteresse bleue I & II», « Flanc rigide», « Aigle bleu», « Armes silencieuses» et « Marteau bleu», dans le but de sécuriser les populations civiles, dissuader et contrer toute menace des groupes armés contre la ville de Goma, notamment le M23.