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M23 menace : Les hommes de MAKENGA veulent reprendre la ville de Goma

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La ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, est toujours en proie aux hommes du général Sulutani Makenga décidés de reprendre la capitale provinciale, une manière pour eux de manifester leur refus contre l'envoi de la brigade d'intervention proposée par l'Onu, pour neutraliser les forces négatives dont le M23.

Ainsi, hier mercredi 3 avril courant, au cours de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole militaire de la Monusco, le lieutenant-colonel Prosper Félix Basse, a exprimé son inquiétude sur les menaces sécuritaires qui pèsent sur la ville de Goma.

Pour lui, la déclaration faite par les responsables du M23 désapprouvant le déploiement de la brigade d'intervention est un signal qu'il faut prendre au sérieux. Il s'agit d'une campagne, ajoute-t-il.

Ainsi, pour faire face aux menaces du M23 de reprendre la guerre pour reconquérir la ville de Goma, la Monusco a déployé les casques bleus à Munigi, position stratégique occupée par le M23 avant de se scinder en deux factions.

" La Monusco a renforcé son effectif et a pris une position offensive à Munigi, position stratégique jadis occupée par le M23, pour empêcher les rebelles d'avancer vers Goma ", dit-il.

Au cours d'un point de presse tenu à Bunagana, quartier général du M23, le président de ce mouvement rebelle, Bertrand Bisimwa, a fustigé la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, autorisant l'envoi de la brigade d'intervention dans la partie Est de la RDC, pour traquer les forces négatives.

Pour Bertrand Bisimwa, tout doit provenir de Kampala et non de la " brigade d'intervention ". Parmi ces groupes opérant dans l'Est de la RDC et au-delà de ses frontières, le M23, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les Forces démocratiques alliées, l'Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) et les maï-maï sont accusés par le Conseil de graves atteintes aux droits de l'homme, notamment des exécutions sommaires, des violences sexuelles et le recrutement et l'emploi à grande échelle d'enfants.

La création d'une brigade d'intervention répond à une recommandation du secrétaire général. Le Conseil se prononcera sur le maintien de sa présence en fonction des résultats qu'elle aura obtenus et des progrès que le gouvernement congolais aura accomplis dans la création d'une " force de réaction rapide " congolaise capable de prendre le relais de la brigade d'intervention et dans la mise en œuvre de l'Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en RDC et dans la région. 

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Pour rappel, le 24 février, 11 pays de la région avaient signé ce document qui les engagent à protéger la souveraineté territoriale de la RDC et à préserver la paix et la stabilité dans ce pays. Le Conseil de sécurité a exigé des États signataires qu'ils honorent leurs engagements de bonne foi.

Pour s'en assurer, il encourage la mise en place rapide d'un mécanisme de suivi régional " 11+4 " impliquant les dirigeants de la région, sous les bons offices des quatre garants de l'Accord-cadre, qui sont les Nations Unies, l'Union africaine, la Conférence internationale de la région des Grands Lacs et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

Le Conseil de sécurité préconise en outre un " mécanisme national de contrôle " afin d'accompagner et de superviser la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de la réforme de la RDC.

Nommée par le secrétaire général de l'ONU, l'envoyée spéciale pour la région des Grands Lacs, Mary Robinson, est chargée par le Conseil de diriger, coordonner et évaluer l'application des engagements pris au titre de l'Accord-cadre, et invitée à conduire un processus politique global ouvert à toutes les parties prenantes en vue de remédier aux causes profondes du conflit dans la région.

Les signataires de l'Accord-cadre sont notamment tenus de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures des pays voisins; de ne tolérer aucun type de groupe armé ni fournir d'aide ou d'appui à ces groupes; et de ne pas offrir de refuge ou de protection de quelque type que ce soit aux personnes accusées de crimes graves.

Dans une déclaration transmise par son porte-parole à l'issue de cette réunion du Conseil, le secrétaire général Ban Ki-Moon a salué l'adoption de cette résolution " importante ", " qui propose une approche nouvelle et globale en vue de s'attaquer aux causes profondes de l'instabilité dans l'Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs ".

" Le secrétaire général espère que le renforcement du mandat de la MONUSCO, qui prévoit également la création d'une Brigade d'intervention pour répondre au problème des groupes armés, contribuera à la restauration de l'autorité de l'Etat et au retour à la stabilité dans l'Est de la RDC ", a indiqué son porte-parole.

Kigali envoie un signal fort

La ministre rwandaise chargée des Réfugiés, Séraphine Mukantabana, a annoncé mardi 2 avril 2013 que Kigali vient d'éloigner de sa frontière avec la République démocratique du Congo (RDC) 682 rebelles congolais du M23, fidèles à Bosco Ntaganda, réfugiés sur le territoire rwandais. Ils ont été envoyés à une centaine de km à l'Est de la capitale Kigali.

Séraphine Mukantabana a affirmé à l'AFP que "la décision de les délocaliser émane de l'application des conventions internationales (...) qui disent que les réfugiés doivent être à plus de 50 km de la frontière" de leur pays d'origine. Selon elle, les membres du M23 sont désormais dans un "centre d'internement" dans le district de Ngoma.

Ces miliciens s'étaient réfugiés au Rwanda vers mi-mars après avoir été défaits par une faction rivale du M23 dirigée par Sultani Makenga. Jusqu'à lundi 1er avril dernier, ils se trouvaient à une quinzaine de km de la frontière congolaise.

L'accueil réservé par Kigali à ces centaines d'hommes du M23 ont, pour des analystes, confirmé les soupçons de soutien à la rébellion.

Mais selon Mukantabana, le Rwanda a simplement répondu à un principe humanitaire. A leur arrivée, les militaires ont été désarmés et soumis à une procédure d'"internement", a-t-elle assuré, estimant même que cet accueil et ce désarmement étaient "une preuve tangible que le Rwanda n'a rien à voir avec le M23".

"Ce ne sont pas des prisonniers, ce sont des gens qui sont entrés dans un territoire en quête d'asile (...) ils ont une restriction de mouvements, mais à l'intérieur de leur camps d'"internement ils ont leur liberté", a-t-elle précisé, ajoutant qu'ils pouvaient recevoir des visites et allaient obtenir un soutien psychologique.

Toujours selon la ministre, il est désormais demandé à ces soldats s'ils veulent ou non renoncer à leur statut militaire "de manière définitive et volontaire". S'ils y renoncent, une procédure débutera pour qu'éventuellement le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) leur accorde le statut de réfugié.

Si certains refusent, ils n'auront en revanche "pas droit à l'asile dans notre pays", a assuré la ministre, ajoutant que  "dans ce cas, la procédure d'internement continuera, et le Rwanda avisera de la procédure à suivre ".

Interrogée sur le sort qui serait plus particulièrement réservé aux membres du M23 sous le coup de sanctions de l'ONU, comme l'ex-responsable politique du mouvement Jean-Marie Runiga et l'un de ses chefs militaires Baudouin Ngaruye, la ministre a estimé qu'il était "prématuré" de se prononcer, tant que la question ne serait pas tranchée, pour eux aussi, d'un éventuel statut de réfugié.

En attendant que les rebelles soient éventuellement pris en charge par le HCR, le Rwanda n'exclut pas de lancer un appel à la communauté internationale pour obtenir une aide matérielle et financière, a-t-elle encore dit.

Les observateurs comprennent de manière claire le comportement adopté par Kigali à ces " réfugiés " qui ont fait couler le sang des Congolais durant plusieurs mois. Au lieu de les considérer comme des criminels, voilà qu'on tente de les tirer d'affaires et les pousser même à renoncer à leur statut de militaire.

Une impunité qui ne dit pas son nom. On comprend dès lors que c'est l'histoire d'un enfant qui revient chez ses parents après une mission délicate, et que ces derniers lui réservent un traitement de gratitude voilé, de manière à flouer la vigilance de son environnement immédiat.

[Godé Kalonji Mukendi, Lefils Matady]