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M23 : La communauté internationale fait l'autruche et épargne le vrai agresseur

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Pacification des Grands Lacs, la communauté internationale se trompe de coupable. En multipliant des déclarations et des condamnations contre le M-23, Washington, New York, Paris, Bruxelles, Londres ou Addis Abeba font l'autruche et épargnent le vrai agresseur qu'est le Rwanda. Ils assurent ainsi de beaux jours à la guerre et à la grave crise humanitaire dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Le regain de violence qui s'observe au Nord-Kivu pourrait déboucher sur une déflagration qui embraserait à nouveau l'ensemble de la région des Grands Lacs. Pendant ce temps, la communauté internationale, qui observe la dégradation de la situation depuis le début, se fourvoie dans des déclarations et des condamnations cosmétiques qui passent à côté du vrai problème. Le plus étonnant dans cette situation, c'est que cette même communauté internationale est parfaitement informée de la situation pour prendre les mesures qui s'imposent.

Le début du pogrome

C'est depuis février 2012 que des bruits de botte se faisaient entendre avec véhémence dans la région. Ce, à la suite des revendications d'un groupe de militaires des Forces armées de la Rdc (Fardc) issus de l’ex-rébellion du Cndp (Congrès national du peuple) de Laurent Nkunda.

Sous prétexte de réclamer l'application des accords ayant conduit à leur intégration dans l'armée, ce groupe s'est refusé, de son côté, d'appliquer les mesures qui leur incombait, notamment l'acceptation d'être déployés dans d'autres provinces du pays. En fin de compte, on constatera que la motivation de ces militaires se basait sur des raisons ethniques pour finir par dévoiler un plan machiavélique de balkanisation de la Rdc par la création d'un espace de peuplement tutsi dans la région des Grands Lacs, plus particulièrement sur les territoires orientaux du géant au cœur de l’Afrique.

Tous les appels à la raison qui leur furent lancés par le Gouvernement n'ont jamais eu d'écho. Le Chef de l'Etat, Joseph Kabila, fit personnellement le déplacement de Goma pour adresser des mises en garde à tout le monde, soulignant, d'une part, qu'il n'y a pas d'armée ethnique et que le temps des négociations sous pression militaire est révolu. Rien, cependant, ne fit reculer les concernés qui déclencheront alors une mutinerie avant de la transformer en mouvement politico-militaire, le M-23 puis l'ARC.

L'agresseur est le Rwanda

Dans la foulée, on se rendra aussi compte qu'en réalité, ce mouvement rebelle n'est qu'une nébuleuse créée par le Rwanda pour assouvir ses visées annexionnistes sur la RDC. Très vite, en effet, des preuves se sont accumulées pour étayer ces soupçons : le Gouvernement et la Monusco ont recueilli ces preuves pour les contre-vérifier avec les rwandais qui se débineront en refusant de contresigner le procès verbal de constat. Human Rights Watch produira un retentissant rapport, suivi de celui des experts des Nations Unis, rapport dont la version final est désormais disponible depuis la mi-novembre 2012.

Entre-temps, le comité des sanctions du Conseil de sécurité a eu le temps d'auditionner les représentants de la RDC et du Rwanda. La conclusion fut sans appel : les arguments de la partie rwandaise n'avaient pas convaincu du tout. Même constat lors de la réunion de haut niveau convoquée par le Secrétaire Général de l'ONU, Ban Ki-Moon, en marge de la session de l'Assemblée général de l'ONU. Paul Kagamé, président du Rwanda se permis de quitter la table en plein réquisitoire de Didier Reynders, Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, qui accablait le Rwanda, preuves à l'appui.

Des sanctions cosmétiques

Dans la foulée de ces évidences progressivement accumulées, certains pays prendront des sanctions légères contre le Rwanda en guise, certainement, de pressions pour le contraindre à mettre fin à son agression contre la RDC. Rien n'y a fait. Et après une trève de trois mois sur les lignes de front, les combats ont à nouveau repris, déclenchant également des récriminations de la communauté internationale, alors que Washington et l'ONU venaient de prendre des sanctions contre Sultani Makenga, chef militaire des rebelles à la solde du Rwanda.

Malgré toutes ces démontrations faites aussi bien par la RDC que par la Communauté internationale, celle-ci semble de vautrer dans des attermoiements funestes en faisant fausse piste sur le ciblage des auteurs du drame des Grands Lacs. Tout le monde, en effet, trébuche sur le M-23 comme pour faire croire que c'est ce mouvement qui est le problème. La réalité est bien connue : le problème c'est Kigali et c'est à Kigali que se trouve la solution. Il avait même été dit sporadiquement, voici quelques trois mois, que le Rwanda avait intérêt à se mettre dans le camp de la solution.

Haro sur la politique de l'autruche

D'où vient, alors, que tout le monde se rue sur le M-23? On est là entrain d'assister à des tirs croisées sur une ombre alors que le vraie cible se trouve juste à côté. Le Conseilde sécurité, les pays occidentaux dont la France, l'Union Africaine, l'Union Européenne, tout le monde donc joue à l'autruche alorsque la situation humanitaire a atteint des niveaux inacceptables.

Dans toute cette situation, la RDC aura fait montred'un sens remarquable de responsabilité en abordant la question avec honneur et dignité. De toute l'histoire de l'instabilité dans les Grands Lacs, la RDC et ses autorité auront tout donné pour le rétablissement de la paix, de l'unité nationale et pour le respect de la souveraineté de ce pays. Ils ont donc tout donné, et même un peu trop aux yeux de certains Congolais qui crient d'ailleurs à la trahison.

Aujourd'hui, si la solution à la crise se trouve à Kigali, il faut retenir que la paix dans les Grands dépend désormais de la communauté internationale qui dispose de toutes les données pour identifier le vrai problème et administrer la thérapeutique qui s'y rapporte. Dans tous les cas, cette paix et cette solution àla guerre ne viendra pas des déclarations et autres appels, même les plus fermes, mais d'une action claire et musclée.

On s'étonne, en effet, de ne pas assister un des ballets diplomatiques comme ce fut le cas dans les années 1998. Les Congolais et les peuples de la région des Grands Lacs s'étaient habitués à des visages tels que Bill Richardson, Susan Rice, Condolezza Rice, Janday Frazer, Derlin Zinsou, Bouteflika, Thabo Mbeki, Olusegun Obassanjo, Katumile Masire et tant d'autres, preuve d'une véritable prise en charge de la crise de l'époque dans les Grands Lacs. Et aujourd'hui, plus qu'hier, la paix ne se rétablira pas avec des déclarations et des condamnation lancées des bureaux capitonnés de Washington, New York, Paris, Bruxelles, Londres ou Addis Abeba.

Pascal Debré MPOKO