Home | RDC | Echos des Provinces | Guerre aux Kivu : Controverse autour des « négociations » entre M23 - Gouvernement

Guerre aux Kivu : Controverse autour des « négociations » entre M23 - Gouvernement

image

Le président du M23 Jean Marie Runiga a appelé à des « négociations directes » avec le Gouvernement de la RDC. « Au lieu de faire la guerre sans merci, nous appelons le gouvernement congolais à avoir des négociations directes avec nous le plus tôt possible avant qu'il ne soit trop tard. Nous avons entamé les négociations préliminaires indirectes avec le gouvernement de Kinshasa à Kampala, en ce qui concerne les accords de paix du 23 mars 2009 à Goma, mais nous demandons aussi que la société civile, la diaspora, et l'opposition congolaise puissent participer aux négociations d'ordre général, notamment les résultats des urnes, la question des droits de l'homme. Il y a trois mois, nous étions à la porte de Goma, les forces gouvernementales avaient même abandonné la ville mais nous avons cessé notre avancée vers cette ville, par respect à Yoweri Museveni, président de l'Ouganda et président en exercice de la CIRGL. Nous avons passé trois mois en Ouganda pour discuter d'une manière indirecte, maintenant nous voulons que le dialogue soit direct, ce que M. Kabila refuse », a-t-il déclaré.

La tension monte de nouveau au Nord-Kivu où les FARDC (Forces armées de la RD Congo) et le M23 (Mouvement du 23 mars) s’entraccusent d’avoir rompu la « trêve acceptée » à l’issue du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs) du 7 août à Kampala (Ouganda), en tuant des « gens » et des « civils » depuis jeudi 8 novembre.

« Depuis deux jours, l'armée congolaise nous attaque. Vendredi, elle a tué dix civils et des policiers du M23 sur l'axe de Kitagoma, à 90 kilomètres de Goma, à la frontière avec l'Ouganda », a déclaré samedi 10 novembre son porte-parole, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, à la presse française à partir de Bunagana, un autre grand poste-frontière avec l'Ouganda.

« Le M23 ne peut pas tolérer une telle situation. Le M23 a accepté la trêve. Par conséquent, il ne peut pas accepter que des gens soient tués et surtout les attaques sur nos positions. Nous mettons en garde le gouvernement de Kinshasa que nous allons riposter », a-t-il menacé.

« Nos troupes ne sont pas engagées dans un quelconque combat dans la zone. Nous savons que ce sont eux qui ont tué ces gens, plus de sept personnes, vers Kitagoma. Nous sommes juste ici, à Ishasa. Kitagoma, c'est en direction de Bunagana, et ce sont eux qui contrôlent la zone là-bas », a réagi un officier supérieur des FARDC à Ishasa, un important poste-frontière avec l'Ouganda.

Controverse autour des « négociations »

Samedi 20 octobre, le président du M23 Jean Marie Runiga a appelé à des « négociations directes » au cours d'un point de presse à Bunagana (à 80 km de Goma), où il s'est installé.

« Au lieu de faire la guerre sans merci, nous appelons le gouvernement congolais à avoir des négociations directes avec nous le plus tôt possible avant qu'il ne soit trop tard. Nous avons entamé les négociations préliminaires indirectes avec le gouvernement de Kinshasa à Kampala, en ce qui concerne les accords de paix du 23 mars 2009 à Goma, mais nous demandons aussi que la société civile, la diaspora, et l'opposition congolaise puissent participer aux négociations d'ordre général, notamment les résultats des urnes, la question des droits de l'homme.

Il y a trois mois, nous étions à la porte de Goma, les forces gouvernementales avaient même abandonné la ville mais nous avons cessé notre avancée vers cette ville, par respect à Yoweri Museveni, président de l'Ouganda et président en exercice de la CIRGL. Nous avons passé trois mois en Ouganda pour discuter d'une manière indirecte, maintenant nous voulons que le dialogue soit direct, ce que M. Kabila refuse », a-t-il déclaré.

Après avoir « fait une évaluation des décisions antérieures adoptées lors des Sommets d’Addis Abéba, de Kampala I (8 août) et Kampala II (8 septembre) relatives à la consolidation de la paix et de la sécurité dans l’Est de la RDC et entendu la présentation du rapport du Comite interministériel régional (CIMR) et du Comité des ministres de la Défense », le 4ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL a décidé le 8 octobre à Kampala que « le président Yoweri Kaguta Museveni, président en exercice de la CIRGL, poursuit ses initiatives diplomatiques et politiques auprès de tous les acteurs concernés en vue de trouver une solution durable à la crise dans l’Est de la RDC ».

Depuis le début des hostilités en mai dernier, le gouvernement congolais a maintenu sa position de ne « pas négocier » avec le M23. « Tous les groupes armés opérant dans la partie Est de la RDC, à savoir les FDLR, le M23 et le CNDP, doivent déposer leurs armes et se rendre aux FARDC ou à la Monusco (Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo), au risque de subir la puissance du feu. Le gouvernement n’entend pas négocier avec eux », ne cesse de répéter son porte-parole, le ministre des Médias Lambert Mende Omalanga en charge des Relations avec le parlement et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté.

« L’armée ne pourra en aucun cas reculer devant l’ennemi. Depuis le mois de mai 2012, elle a systématiquement pris les positions alors occupées par les rebelles. Ce qui a d’ailleurs motivé le gouvernement à suspendre toutes les opérations militaires dans cette partie du pays », selon le général Didier Etumba, chef d’état-major général des FARDC.

«Moi, je comprends bien l’attitude du gouvernement de ne pas vouloir négocier avec le M23 qui est en fait une machine rwandaise comme les FDLR, le CNDP et d’autres rébellions qui ont sévi dans cette province», a eu à commenter un habitant du territoire de Rutshuru, principal fief du M23 au Nord-Kivu.

[Angelo Mobateli]