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Est de la RDC : Des forces spéciales en actions

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Compte tenu de l’urgence et surtout de cette situation inquiétante de non-Etat qui prévaut actuellement en République Démocratique du Congo (RDC), les voisins de l’Est ont décidé de prendre les choses en main en mettant en place des opérations ponctuelles grâce à des forces de frappes mobiles capables d’atteindre des cibles précises en minimisant les effets collatéraux sur les populations civiles. Il y a quelques temps, les populations du Nord-Kivu parlaient d’infiltrations nocturnes des soldats de l’armée rwandaise sans que l’on sache exactement leur objectif et le temps qu’ils mettraient sur le sol congolais.

Dernièrement, nous avons appris que le Département d’Etat/USA, dans un communiqué daté du 12/01/12, a émis une notice d’inquiétude "Travel Warning" sur la RD Congo, interdisant tout déplacement, en cette période post-électorale, de ses ressortissants dans notre pays. Les régions de l’Est et du Nord-Est du pays ont été les plus déconseillées dans ce communiqué. Et ce sont les groupes armés locaux et étrangers tels les Fdlr et les Lra et même les Forces Armées Congolaises (Fardc) qui sont pointées du doigt comme menaces essentielles à la sécurité en RD Congo surtout dans les provinces de l’Est du pays.

En effet, et cela depuis plus de deux mois, il y a des affrontements entre les Fardc et les rebelles Hutu rwandais dans plusieurs villages de Walikale, Masisi et Rutshuru avec des effets collatéraux sur les populations civiles. Ces derniers temps des informations bien orientées parlent de combats entre des Forces d’autodéfense congolaise (initialement connues sous l’appellation de Maï-Maï Guides) sans que l’on sache exactement qui les arme et qui les entraine pour ces actions déstabilisatrices dans les rangs de ces rebelles Fdlr. Malheureusement, ces opérations ciblées risquent fort de provoquer une catastrophe humanitaire car des mesures d’accompagnement et d’assistance des populations déplacées ne sont pas prises au même moment.

Les raisons de ces opérations clandestines

Il y a plus de 15 ans que les rebelles Hutu rwandais ont élu domicile dans les provinces du Kivu et y font la loi depuis qu’ils avaient collaboré avec les régimes Kabilistes. Ils s’y sont incrustés socialement et durablement en se mariant à des congolaises avec lesquelles ils ont eu de nombreux enfants. L’équation est devenue assez compliquée car ces rebelles bien structurées ont su exploiter les richesses de la région pour s’alimenter en armes/munitions en mettant en place une organisation pour la sécurisation et l’administration des populations. En l’absence d‘un pouvoir politique suffisamment fort, ils se sont comportés en conquérants en s’alliant à certains groupes armés locaux pour s’attirer la sympathie des autochtones. Dans ses conditions, il était difficile de penser les déstabiliser à travers des opérations conjointes Fardc-Monusco d’autant plus que certains soldats congolais, sous payés, ont souvent collaboré avec eux. Avec le temps, l’Est du pays est donc devenu un bastion des miliciens et rebelles étrangers soutenus par la pègre internationale qui entretient des réseaux d’achat/vente des minerais congolais. Et c’est à partir de cet instant que les Occidentaux ont compris qu’il y avait danger pour leur démocratie car des groupes terroristes pourraient également s’inviter dans le deal. 

Une récente étude des services américains, menée en collaboration avec Kigali et Kampala, a essayé de comprendre les raisons de la terreur implantée dans cette région de la RD Congo et surtout comment se recrutaient ces jeunes combattants disposés à mourir. Il serait illusoire de croire que cette jeunesse est pathologiquement suicidaire ou seulement assez faible pour obéir à des maitres diaboliques. Si elle s’est laissé entrainer vers l’extrémisme, c’est d’abord en raison d’une faille très profonde dans la gestion de la RD Congo. Dans l’hypothèse où les dirigeants congolais avaient une réelle volonté de combattre cette violence, une stratégie classique aurait permis de : déployer d’abord une masse de forces proportionnés à la résistance et aux obstacles qu’on doit rencontrer ; calmer les passions populaires par tous les moyens possibles ; les user par le temps ; déployer un grand mélange de politique, de douceur et de sévérité, surtout une grande justice ; tels sont les premiers éléments qui auraient pu conduire à un succès évident.

En l’absence d’un Etat de droit en RD Congo, les services américains ont mis au point une série de mesures techniques capables d’éradiquer le danger aux frontières respectives de leurs alliés de la région. Pour ce faire, il a été prévu d’initier des opérations d’infiltrations et d’actions clandestines afin de :

- Promouvoir le renseignement et sa coordination afin d’aboutir à une connaissance aussi précise des éléments sur terrain

- donner la priorité à l’élimination de la subversion politico-militaire (liquidation des chefs présumés de ces milices et rébellions)

- provoquer la séparation physique entre la population et les combattants en veillant à fournir aux hameaux (groupes de personnes) stratégiques des conditions économiques viables

- n’entamer une campagne militaire que sur des bases et des renseignements solides

- entamer, sitôt ce processus réussi, des réformes permettant de modifier les conditions socio-économiques, dont la dénonciation à nourrir les rébellions.

Ces opérations devraient, en principe, être menées par les soldats gouvernementaux malheureusement l’inexistence d’une armée républicaine en RD Congo à donner l’occasion aux pays voisins d’organiser eux-mêmes des actions ponctuelles sur le sol congolais en vue de neutraliser le danger près de leurs frontières avec notre pays.

Des forces spéciales en actions

Compte tenu de l’urgence et surtout de cette situation inquiétante de non-Etat qui prévaut actuellement en RD Congo, les voisins de l’Est ont décidé de prendre les choses en main en mettant en place des opérations ponctuelles grâce à des forces de frappes mobiles capables d’atteindre des cibles précises en minimisant les effets collatéraux sur les populations civiles. En fait, il s’agirait d’actions de renseignements dans la profondeur des lignes ennemis en vue de porter des coups ciblés et contrôlés, limités dans le temps, sur les points névralgiques de l’adversaire. Ce qui implique des équipes réduites, capables d’user graduellement de la violence directe ou à travers des collabos manipulés, en ayant systématiquement recours à la ruse et au secret. Actuellement, les armées occidentales utilisent la même stratégie en s’appuyant sur leurs Forces spéciales pour venir à bout de certaines poches de résistance en Irak, en Afghanistan et récemment lors des assassinats ciblés des chefs terroristes à travers le monde.

Il y a quelques temps, les populations du Nord-Kivu parlaient d’infiltrations nocturnes des soldats de l’armée rwandaise sans que l’on sache exactement leur objectif et le temps qu’ils mettraient sur le sol congolais. Depuis un mois, des informations recoupées font état d’une perte importante dans les rangs des Fdlr et de leurs supplétifs et cela au niveau du commandement opérationnel. La disparition récente de 4 officiers de haut rang des Foca (la branche armée des Fdlr) a été possible grâce à des actions surprises et à la manipulation des proches de ces chefs rebelles (évidemment que les Fardc ont comptabilisées ces prouesses à leur actif). Ce boulot de fond a permis de paralyser le mouvement rebelle rwandais et d’éloigner momentanément le danger des frontières rwandaises. Le travail de récupération progressive de la situation aurait permis au gouvernement congolais de limiter les dégâts en recadrant ces actions dans le temps et l’espace voulu : ce qui n’a pas été le cas. Dans l’entretemps, des groupes de défenses populaires à la solde des infiltrés sont restés actifs sur terrain pour faire diversion et malheureusement en portant atteinte à la sécurité des populations civiles et de leurs biens.

Dans le Nord-Est de RD Congo, les services américains sont à pied d’œuvre pour récolter un maximum de renseignements sur les mouvements et les capacités militaires des LRA en vue de coordonner des opérations à mener par des équipes mobiles de l’armée ougandaise. Là également, les Fardc feront office de figurants comme d’habitude car personne n’en veut comme partenaire même sur leur propre sol. Cependant, dans cette vaste région, les choses tardent à démarrer à cause de la complexité du problème : il  y a d’abord le Darfour et ensuite l’apparition de nouvelles rébellions dues au conflit entre le Soudan et le Sud Soudan qui pourrait compromettre la stabilité souhaitée par Washington.

Bien plus, la rivalité entre Kigali et Kampala sur le leadership dans la région est en train de réapparaitre malgré les bonnes intentions et les multiples gestes de rapprochement visible entre les deux capitales. L’élément déclencheur d’un nouveau conflit pourrait être le parrainage du Sud Soudan, un pays aux richesses énormes et à la limite du monde musulman et judéo-chrétien. Pour les Ougandais, ils ont toujours servi de pays de front lors de la lutte pour l’indépendance de ce jeune Etat et devraient donc jouir des retombés de son développement. Quand aux services américains, la priorité c’est de consolider l’indépendance de cette nouvelle démocratie afin de la rendre solide pour stopper l’expansionnisme des Etats voyous de la Corne de l’Afrique. Pour les Américains, l’armée rwandaise bien structurée et disciplinée a fait ses preuves au Darfour et Washington souhaiteraient que Kigali assiste le Sud Soudan dans la réforme des services de sécurités : ce qui inquiète les stratèges ougandais. Washington est au courant de ce dilemme et essaye de le minimiser en cherchant à rallier les deux frères rivaux à lutter ensemble contre le terrorisme. En cas de mésentente éventuelle, la RD Congo pourrait (encore une fois) être l’une des victimes de cette rivalité fratricide d’autant plus que ce pays semble marcher à contre courant des évènements stabilisateurs de la région.

Au lendemain des élections contestées, l’épouvantable tragédie en RD Congo (des populations sans repères ni défense) devrait être une nouvelle occasion pour les intellectuels congolais de s’interroger sur l’énigme de la condition humaine : que vaut la vie si elle peut se réduire à ce que l’on voit…

[Marcellin SOLE, Consultant, Bureau d’Etudes et de Développement (BED)]