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RDC : Les cours d’eau de Kinshasa offrent un spectacle de pollution à rendre malade

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Tous ceux qui circulent dans la ville de Kinshasa en observateurs sont sidérés par ce qu’ils voient lorsqu’ils regardent du côté de nombreux cours d’eau qui traversent cette mégalopole. Les cours d’eau naturels et artificiels (collecteurs) qui baignent la région de Kinshasa offrent en effet un spectacle de pollution à rendre malade n’importe quel écologiste. 

La République Démocratique du Congo est souvent présentée comme l’un des pays les plus opulents de la planète. Certains n’hésitent même pas à parler de pays potentiellement le plus riche du monde. Généralement, toutes ces personnes, spécialistes en diverses matières, font allusion, en s’extasiant ainsi sur les richesses de la RDC, aux immenses possessions de son sol et de son sous-sol. Mais certains d’entre eux, plus avisés, considèrent également la richesse aquatique de la RDC. En tout cas, c’est l’un des pays de la terre qui comptent le plus des cours d’eau.

Qu’il s’agisse du fleuve, le 2ème d’Afrique après le Nil par sa longueur et le 2ème plus puissant au monde, de par son débit, après l’Amazone ; de ses immenses lacs ; de ses rivières, dont certaines sont très importantes comme l’Inkisi, la Kasaï ou la Ruzizi, et la liste est loin d’être exhaustive ; ou de simples ruisseaux, ce pays est très béni par la Providence. Car la RDC compte plus de quatre mille cours d’eau.

Un célèbre dicton populaire congolais dit que généralement ceux qui ont des colliers manquent de cou où les poser. La richesse potentielle tant vantée de la RDC a rendu les Congolais d’un côté fainéants, de l’autre négligents. Car ils croient qu’ils ont tout, que Dieu est Congolais, et qu’ils n’ont qu’à jouir des incommensurables richesses dont ils sont dotés. Cela a créé, bien conséquemment, une certaine race de jouisseurs.

L’eau est l’un des éléments les plus précieux pour la vie, qu’elle soit humaine, végétale ou animale. Tout comme beaucoup ne saisissent la véritable importance des parents que lorsque ceux-ci ne sont plus en vie, les habitants des pays désertiques appréhendent mieux que nous, Congolais, par exemple, la véritable portée de l’eau.

Il y a des pays qui n’ont de richesse que d’eau. Mais cela ne les empêche pas de s’en sortir aisément. L’exemple le plus expressif est celui du Japon. Le milieu naturel du Japon est pauvre et hostile. L’eau est la seule richesse naturelle de l’Empire du soleil levant. C’est elle, notamment, qui autorise les cultures irriguées, permettant au Japon de surpasser les meilleurs rendements agricoles mondiaux (le Japon couvre à lui seul 71% de ses besoins alimentaires). C’est encore elle qui entretient la couverture forestière et qui a permis au pays de se doter d’un potentiel hydroélectrique systématiquement exploité. Les ressources minérales sont extrêmement limitées.

Notons que les réserves d’eau de la RDC sont de loin supérieures à celles du Japon. Comparaison n’est pas raison, sans doute, mais nous pouvons parier que si les Congolais avaient la même détermination, le même goût du travail et la même fureur de vaincre que les Nippons, avec toutes les autres potentialités qui sont les leurs, ils auraient déjà fait de ce pays un véritable paradis.

Les cours d’eau sont tellement nombreux, en RDC, que plusieurs compatriotes relativisent leur véritable valeur. Ils font alors, de ces eaux, ce qu’ils veulent, y déversant n’importe quoi.  » Les mots me manquent, dit une fois L’écrivaine Emilie Flore Faignond, en larmes, pour exprimer la douleur que je ressens lorsque je vois la quantité d’ordures que charrie régulièrement le fleuve Congo «.

Des habitations aux bords des rivières

D’après la recommandation de l’autorité publique, il est interdit de construire une habitation à moins de cinquante mètres d’une rivière. Mais cette réglementation n’a jamais été respectée. Aux bords de la rivière Kalamu, les gens construisent allègrement. Les bords de la rivière N’djili, du moins dans la partie qui baigne Kinshasa, sont en grande partie occupés par des champs. C’est après le pont jeté sur le boulevard Lumumba, aux quartiers Salongo, dans la Commune de Limete, et Abattoir dans la Commune de Masina, que les rivages sont habités. Mais à chaque période de crue, ce sont des pleurs, dus aux inondations, qui sont enregistrés, particulièrement du côté de Limete.

C’est bien entendu vers les autorités étatiques que les flèches empoisonnées sont lancées, alors qu’en allant y habiter, ces riverains savaient pertinemment bien qu’ils enfreignaient la règlementation en vigueur. Les riverains des rivières kinoises construisent des latrines juste à la limite de leurs concessions. Ils s’affranchissent ainsi de la charge de se construire des fosses sceptiques. A la place, ils installent simplement des tuyaux PVC souterrains. Ainsi, leurs déjections sont directement déversées dans la rivière. Mais plus loin, en aval, bien de compatriotes entrent en contact avec cette eau ainsi polluée en traversant ces rivières, en s’y baignant ou en y faisant la  lessive.

Matuba, habitant le quartier Kimbangu, dont la maison est installée juste à côté de la rivière Kalamu, parle avec une franchise déconcertante :  » Que voulez-vous, mon frère ? D’abord, le sol ici est très boueux. Il n’est pas facile de construire une fosse sceptique ici. Ensuite, puisque la rivière est là, pourquoi nous donner cette peine ?  » Lorsque nous lui faisons remarquer l’interdiction qu’il y a de construire là-bas, il répond avec outrecuidance qu’il a acheté ce terrain en bonne et due forme. No comment.

Au Quartier Mokali, à Kimbanseke, l’eau de la Régideso est tellement rare que les ménagères ne font la lessive que dans la rivière éponyme. Or, elles ne peuvent y aller sans leurs enfants à bas-âge. Pendant que leurs mamans font la lessive, et même la vaisselle, ceux-ci se baignent allègrement dans cette rivière. Et un enfant qui se baigne ne peut pas ne pas avaler quelques gouttes d’eau. Les génitrices elles-mêmes ne se privent pas de ce besoin primaire après leur besogne. Mais en amont, il y a des inciviques qui ne se privent pas de pisser ou de déféquer carrément dans cette rivière.

Au niveau du pont Bongolo sur la rivière Kalamu, sur l’avenue qui porte le même nom, Bongolo, d’incroyables immondices, dont d’innombrables bouteilles plastiques, jonchent la surface de la rivière et forment une couche de saleté répugnante. Or l’eau, cela est de notoriété publique, est un bon conducteur des microbes.

Ce spectacle désolant est également visible sur la rivière Bitshakutshaku, dans la Commune de la Gombe. Les immondices de toutes sortes ne sont pas les seules à être jeté dans nos rivières. Il y a plus grave, car des fœtus ont plusieurs fois été découverts flottants dans nos cours d’eau. Inhumaines, des jeunes filles aux mœurs dépravés s’arrangent, en effet, lorsqu’elles tombent enceinte, de se débarrasser du fruit de leur délinquance en le jetant dans l’eau après avoir avorté.

Les rivières, pourvoyeuses du sable fin

Il y a un peu plus d’une année, notre journal avait fait l’écho de la mort d’un jeune homme, qui habitait le quartier Kimbangu, dans la Commune de Kalamu. Les causes de ce décès n’ont pas pu formellement être établies, mais tout porte à croire que le gars a vraisemblablement perdu sa vie à la suite des maladies hydriques, car il passait pratiquement toutes ses journées dans la rivière Kalamu d’où il sortait du sable fin.

Cette activité s’est en effet fortement développée à Kinshasa depuis quelques années. La crise économique n’épargnant aucune tranche d’âge, de plus en plus des jeunes sont fatigués de chercher un emploi qui se cache imperturbablement dans des régions impénétrables. Et comme ils ne peuvent pas continuer à se croiser les bras, ils se livrent à des activités diverses, même celles pour lesquelles ils n’ont aucune compétence. C’est ainsi qu’on trouve des moutons noirs dans le théâtre et même, malheureusement, dans la presse.

Plusieurs hommes, tous âges confondus, se rendent chaque matin dans pratiquement toutes les rivières kinoises, leur nouveau lieu de travail. Ce job consiste à sortir, moyennant une pelle, du sable fin des rivières. Ce sable est ensuite vendu aux bâtisseurs car très prisé dans le bâtiment.

En amont, rappelons que tous les cours d’eau de la RDC sont poissonneux. Le lac le plus poissonneux au monde se trouve même dans ce pays. Les richesses, on les gère afin d’en profiter au maximum. L’Etat devrait penser à la création d’une véritable industrie de pêche. Il est anormal que ce pays importe du chinchard. Il devrait au contraire bien nourrir sa population avec du poisson frais et riche en protéine avant de penser à son exportation.

Toujours en amont, rappelons également que l’eau potable est encore un luxe pour plusieurs Congolais, même dans la capitale. L’entreprise nationale chargée de la distribution d’eau dans le pays accuse encore beaucoup de lacunes. Ce qui conduit de nombreux compatriotes à boire encore l’eau des puits ou carrément des rivières. En plein 21ème siècle.

[Jean-Claude Ntuala]