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A visage découvert : Le Rwanda décide de rentrer en guerre contre la RDC

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Le jeu est clair : il faut montrer à la communauté internationale que le Rwanda est capable de signer un « apocalypse now » et que, pour cette raison, il faudrait coopérer avec lui et non l’affronter au risque d’embraser la sous-région des Grands Lacs toute entière. Pour des observateurs avisés, cette série d’attaques ne serait qu’un tas de pilules amères qui ne peuvent plus être gobées aussi facilement. Par ces manœuvres dilatoires, le régime de Kigali visant à faire pression sur le Conseil de sécurité en rappelant sa capacité de nuisance. Son combat consiste à empêcher l’organe exécutif de l’Onu de prendre des sanctions contre lui.

Commencés dimanche, les affrontements armés entre les FARDC et la coalition M23/RDF ont repris lundi au milieu de l’après-midi et se sont intensifiés jusqu’au début de la soirée. Comme on le voit, le Rwanda a décidé de rentrer en guerre contre la RDC, à visage découvert. L’enjeu étant la chute de la ville de Goma, dans le Nord-Kivu. Du coup, la communauté internationale se trouve défiée. Est-ce qu’elle va se laisser s’attendrir par les faux-fuyants et se couvrir de ridicule en prenant parti pour un pays  qui agresse son voisin ? C’est la question.

La torpeur vécue par les habitants de Goma dimanche est revenue au galop hier lundi au milieu de l’après-midi. Des tirs à l’arme lourde ont eu droit de cité dans ce chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Aucun bilan n’a été livré à l’opinion publique, mais que de hauts le cœur !

En début de soirée, des sources sur place à Goma ont fait état d’une accalmie. Comme pour dire que ce dernier bastion, aussi bien de la Monusco que de Kinshasa, n’était pas encore tombé entre les mains de l’ennemi. Mais pour combien de temps ? Difficile à dire pour l’instant.

Toutefois, c’est ici que se joue la crédibilité de la communauté internationale qui, par l’entremise du Conseil de sécurité, devrait prendre ses responsabilités. Le Rwanda a été désigné par un rapport des experts de l’Onu comme le principal instigateur de l’insécurité qui sévit dans le Nord-Kivu. Cela au même titre que l’Ouganda. La structure de l’Onu chargée du régime des sanctions serait à pied d’œuvre et pourrait livrer ses conclusions incessamment.

Sentant l’étau se resserrer autour de lui, le Rwanda a opté pour le baroud d’honneur. Toutes retraites coupées, il joue son va-tout. L’offensive de ses troupes qui battent pavillon M23/RDF a commencé dimanche. Elle a été stoppée grâce à l’appui offert par la force de la Monusco aux FARDC.

Tel un fauve enragé, quasiment au désespoir, le Rwanda est revenu à l’attaque lundi en prenant pour prétexte la chute d’un obus tiré à partir de Goma et qui serait tombé sur son territoire (Gisenyi). Il a ouvert deux fronts ; l’un sur le territoire congolais, avec son pantin de M23, qui siège non loin de l’aéroport de Goma ; l’autre à partir de son propre territoire (Gisenyi). Entre-temps, il est fait état de la traversée des troupes de RDF (Rwanda Defense forces) pour renforcer celles qui sont déjà positionnées sur le territoire congolais.

Le jeu est clair : il faut montrer à la communauté internationale que le Rwanda est capable de signer un « apocalypse now » et que, pour cette raison, il faudrait coopérer avec lui et non l’affronter au risque d’embraser la sous-région des Grands Lacs toute entière.

Pour des observateurs avisés, cette série d’attaques ne serait qu’un tas de pilules amères qui ne peuvent plus être gobées aussi facilement. Par ces manœuvres dilatoires, le régime de Kigali visant à faire pression sur le Conseil de sécurité en rappelant sa capacité de nuisance. Son combat consiste à empêcher l’organe exécutif de l’Onu de prendre des sanctions contre lui.

Dans le même ordre d’idées, des sources bien informées ont indiqué que le Rwanda a tenté en vain depuis le week-end à dissuader la Monusco dans sa mission de protéger les populations civiles, laquelle protection passe par le verrouillage de Goma. Il aurait même proféré des menaces, sans succès.

Par ailleurs, des sources proches des chancelleries occidentales à Kinshasa et Goma laissent entendre que Kigali s’est servi de la CIRGL pour plomber l’efficacité des FARDC sur le terrain. Par le canal des initiatives, entre autres le Mécanisme conjoint de vérification et le « Joint fusion  intelligence » (fusion des services secrets), le Rwanda a réussi à infiltrer la pyramide institutionnelle de la RDC.

A l’épreuve du temps, ces initiatives se sont révélées de la poudre aux yeux des Congolais et de la communauté internationale, qui s’est laissé longtemps séduire par un régime pyromane qui cachait sa véritable nature en se revêtant de l’accoutrement de sapeur-pompier. Tel un faux chauve, le Rwanda voit son pelage repousser sans qu’il ait le temps ni de se raser ni s’épiler.

Il ne reste plus qu’aux grandes puissances d’en tirer toutes les conséquences et de compatir au drame congolais en adoptant des sanctions. L’impunité, tout le monde le sait, ne profite à personne ; au contraire, il encourage le mal et le consolide. Elles devront, au moins pour une fois, montrer aux Congolais qu’elles ne sont pas les complices du Rwanda dans la décimation de plus de 6 millions de Congolais et le projet d’éclatement de la RDC, pourtant membre à part entière de l’Onu.

[Le Potentiel]

Dernières Infos : L'aéroport de Goma tombe aux mains du M23 selon l'ONU

L'aéroport de Goma, la capitale régionale du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, est tombé mardi matin sous le contrôle du mouvement rebelle M23, annonce un responsable des Nations unies à Goma. Des tirs de mortiers ont été entendus et des scènes de pillages ont été rapportées.

L'aéroport est contigu à la ville adossée au lac Kivu et à la frontière rwandaise au nord. L'aéroport était jusqu'alors défendu par des membres de la garde républicaine, une troupe supposée d'élite. Lors de l'avancée des rebelles, plusieurs hélicoptères d'attaque des Nations unies étaient intervenus dimanche matin pour protéger l'aéroport et dissuader les rebelles de s'en emparer.

La rébellion congolaise du Mouvement du 23 mars (M23), qui a lancé une offensive depuis jeudi et débordé l'armée congolaise, avait stoppé son avance dimanche à quelques kilomètres du centre de Goma, apparemment sans chercher à prendre la ville. Lundi les mutins ont lancé un ultimatum au gouvernement congolais, lui demandant de démilitariser d'ici vingt-quatre heures la ville et d'ouvrir des négociations. Devant le refus de Kinshasa, la rébellion a repris dans l'après-midi ses tirs d'artillerie.

MAINTIEN DES CASQUES BLEUS PRÉSENTS DANS LA VILLE

Dans le même temps, la tension monte avec le Rwanda voisin, qui a accusé la RDC de l'avoir "délibérément" bombardé, ce que Kinshasa a aussitôt démenti. "Le Rwanda n'a pas l'intention de répondre à la provocation venant de la RDC. Les enjeux [en RDC] sont trop sérieux pour être soumis à ce petit jeu, a déclaré la ministre des affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo. Le Rwanda s'efforcera d'aider la RDC, comme nous l'avons fait depuis le début de la crise."

L'ONU a annoncé l'évacuation pour mardi de ses employés "non essentiels", les casques bleus devant rester dans Goma pour assurer leur mission de protection des civils. Environ 6 700 soldats de l'ONU sont basés dans le Nord-Kivu. Capitale de la région, Goma compte environ 300 000 habitants, plus de nombreux déplacés. La ville a déjà été occupée à deux reprises en 1996 et 1998 par des rébellions.

RÉGION RICHE EN RESSOURCES

Le M23 a été créé début mai par des militaires, qui après avoir participé à une précédente rébellion ont intégré l'armée en 2009, à la suite d'un accord de paix. Ils se sont mutinés en avril, arguant que Kinshasa n'avait pas respecté ses engagements. Ils réclament notamment le maintien de tous les officiers dans leurs grades et refusent "le brassage" (affectations dans d'autres unités et d'autres régions) que veut leur imposer Kinshasa, ce qui les éloignerait de leur zone d'influence dans l'Est.

La région composée des provinces des Nord et Sud-Kivu est aussi le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis une vingtaine d'années en raison de ses richesses en ressources minières (or, coltan, cassitérite) et agricoles, que se disputent le gouvernement congolais, divers mouvements rebelles et les pays voisins de la RDC, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Kinshasa refuse catégoriquement de négocier avec le M23, qu'il qualifie de "forces fictives mises en place par le Rwanda pour dissimuler ses activités criminelles en RDC", selon le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.