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RDC : Terminator HONORE NGBANDA, mémoire sélective

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Quand les anciens espions rédigent leur autobiographie, c’est pour deux raisons majeures. Si ce n’est pas pour apaiser leur conscience tourmentée par tous les coups tordus qu’ils ont accomplis, ce sera alors pour régler des comptes avec ceux qu’ils ont servis. Honoré Ngbanda, 68 ans, a déjà deux livres à son actif. Dans aucun des deux livres cependant, l’espion devenu auteur n’a pas levé le moindre voile sur la gestion calamiteuse sous le règne de Mobutu. Ni non plus sur la brutalité et la répression qui ont caractérisé la 2ème République. Ses cibles étaient plutot ailleurs : « les envahisseurs  » ou  » occupants. » Soit. De toute évidence, Honoré Ngbanda ne nous pas encore gratifié de son autobiographie. Son parcours d’espion ne sera donc pas connu de sitôt. Devrions-nous en déduire qu’il n’est pas encore temps pour lui  » d’apaiser sa conscience  » ? N’est-ce pas lui qui avouait à Jeune Afrique Economie que  » l’on ne peut pas gérer pendant vingt ans et pourtant garder les mains propres  » ?

Honoré Ngbanda, ni Zorro ni Robin des Bois

Sous d’autres cieux, il n’est pas rare qu’un ancien des Renseignements se mette à table pour écrire dans les mois ou les années qui suivent son exit des Services spéciaux.

Et quand les anciens espions rédigent leur autobiographie, c’est pour deux raisons majeures. Si ce n’est pas pour apaiser leur conscience tourmentée par tous les coups tordus qu’ils ont accomplis, ce sera alors pour régler des comptes avec ceux qu’ils ont servis.

Aussi des livres tels  » Un agent sort de l’ombre  » de Pierre Martinet, (Ed. Privé, 2005),  » 25 ans dans les services secrets  » par Pierre Siramy, (Flammarion, 2010) ou  » L’espion aux pieds palmés  » de Bob Maloubier, (Ed. du Rocher, 2013) sont les œuvres d’anciens espions Français. Aux USA, les anciens espions sont même vus comme héros et les éditeurs s’arrachent leurs souvenirs.

Mais dans nombre de pays, de par tout ce qu’il détient comme information sensible, un ex- flic court le risque au mieux, de ne pas enchanter son ancienne hiérarchie. Au pire, cet ancien espion  » trop bavard  » pourrait être accusé de «  violation de secret défense « .

L’Occident et les pays en voie de démocratisation n’ont pas la même conception des services des Renseignements. Pour les premiers, quel que soit le changement de régime, l’objectif est constant : protéger la nation. Pour les autres, il s’agit de focaliser leurs efforts en vue de consolider le pouvoir d’un seul homme.

Emmanuel Dungia, un ancien espion «  trop bavard.«  Emmanuel Dungia (1948-2006), après avoir œuvré pendant onze ans comme espion et diplomate, quitte le pays en 1991 et sollicite l’asile politique en Belgique qu’il obtint. L’année suivante il publie Mobutu et l’argent du Zaïre : les révélations d’un diplomate, ex-agent des Services secrets (éditions L’Harmattan).

Véronique Kessel du Soir de Bruxelles écrira à l’époque au sujet de ce livre  » dans lequel l’auteur fait tout une série de révélations sur la façon dont le président zaïrois, pris par la folie des grandeurs, dilapide les ressources nationale et gère sa vie privée. »

Aussitôt publié, le maréchal Mobutu assigne l’éditeur en justice devant le tribunal de Paris dans le but d’obtenir l’interdiction du livre. Mais c’était sans compter avec l’indépendance de la justice. C’est pourquoi Le Monde daté du 9 février 1992 titrait :  » Rejet de la demande du livre Mobutu et l’argent. » Le magistrat avait estimé que les motifs invoqués par l’ancien dictateur ne se justifiaient pas.

Considéré par certains zélés comme  » traitre « , l’auteur s’en défend au quotidien belge Le Soir.  » Bien sûr, j’avais prêté serment comme membre des services secrets zaïrois. Je m’étais engagé à défendre mon pays contre des attaques extérieures. Mais quand après le 24 avril 1990, je me suis rendu compte que le président, qui affichait publiquement des volontés démocratiques continuait pourtant à nous donner des consignes de sabotage des partis d’opposition, j’ai refusé de servir plus longtemps ce dictateur qui plonge depuis tant d’années notre beau pays dans la pire des misères. »

Que déduire d’autre de ces propos, sinon la volonté d’en découdre (ou  » régler ses comptes « ) avec l’ancien dictateur en dévoilant ses frasques? Mais en même temps, il n’est pas exclu qu’il ait voulu  » apaiser sa conscience  » du fait d’avoir longtemps servi l’homme qui avait ruiné son pays.

Honoré Ngbanda, l’ancien flic aphone. Honoré Ngbanda, 68 ans, a déjà deux livres à son actif. Dans le premier, il était question des  » derniers jours du Marechal Mobutu « . Quel document historique !

A part la fin du livre qui fait du prêchi-prêcha, sans lui, il nous aurait été impossible de comprendre les dessous des cartes ayant conduit à la chute de Mobutu. Tout le mérite revient donc à celui qui ne s’est pas tu, à l’instar de tant des  » témoins silencieux  » de notre Histoire…

A propos du second, intitulé Crimes organisés en Afrique, Jeune Afrique écrivait que ce livre de 450 pages (Editions Duboiris, 2004) est en fait  » une violente charge contre les présidents rwandais Paul Kagamé et ougandais Yoweri Museveni, accusés d’avoir fait main basse sur l’Est de la RD Congo, avec l’assentiment des Etats-Unis. »

Dans aucun des deux livres cependant, l’espion devenu auteur n’a pas levé le moindre voile sur la gestion calamiteuse sous le règne de Mobutu. Ni non plus sur la brutalité et la répression qui ont caractérisé la 2ème République. Ses cibles étaient plutot ailleurs : « les envahisseurs  » ou  » occupants. » Soit.

De toute évidence, Honoré Ngbanda ne nous pas encore gratifié de son autobiographie. Son parcours d’espion ne sera donc pas connu de sitôt. Devrions-nous en déduire qu’il n’est pas encore temps pour lui  » d’apaiser sa conscience  » ? N’est-ce pas lui qui avouait à Jeune Afrique Economie que  » l’on ne peut pas gérer pendant vingt ans et pourtant garder les mains propres  » ?

Une chose est tout de même sûre : si Honoré Ngbanda écrivait sur la 2ème République, son livre ne subirait pas le sort de celui d’Emmanuel Dungia. S’il en faisait, de ces  » révélations « , personne ne l’accuserait aujourd’hui, de  » violation du secret défense. » La 2ème République, comme un château de cartes, est tombée depuis le 17 mai 1997.

Et ce n’est pas le régime au pouvoir à Kinshasa qui s’en plaindrait, ou l’inquièterait. Bien au contraire. Ils se frotteraient les mains !

Mais le faire serait très risqué d’abord pour … lui-même ! Ayant été au centre de beaucoup de coups tordus, les informations rendues publiques (pour peu qu’elles soient dignes de foi), auraient un effet boomerang. On ne peut que comprendre pourquoi sa mémoire est sélective…

Jouer au Zorro pour créer un mythe. Bien des congolais nés dans les années 60 ou même avant ont vu des films qui mettaient en scène Zorro, personnage de fiction de film américain. Zorro était un justifier masqué vêtu de noir et qui servait habilement de son épée.

En portant le masque, le héros voyageait incognito. Les metteurs en scène le faisaient surgir subitement dans la nuit pour porter secours aux infortunés. Avec lui donc, la surprise et le mystère étaient garantis.

Honoré Ngbanda a quelque chose du Zorro en lui. Comme ce héros masqué, il a choisi depuis quelques années d’aller dans  » la clandestinité. » De ce fait, ni son adresse ni ses faits et gestes ne sont pas connus. En 2011, il déclarait à ReveilFm.com :  » Quand je quitte ma maison, même mon épouse et mes enfants ne savent pas où je vais ni où je séjourne. »

Avec  » les tueurs africains, arabes, européens et américains gracieusement payés par des lobbies maléfiques pour m’abattre  » comme il le dit, on peut comprendre le pourquoi de la chose. Portant  » un masque  » (la vie dans la clandestinité suppose vivre sous une fausse identité), l’ex-flic peut ainsi être introuvable pour quiconque lui en veut.

Mais il est à se demander quel crédit accorder à cet homme qui a fait le choix de mener sa  » résistance  » politique à partir de l’extérieur.

L’Occident est considéré par beaucoup d’objecteurs de conscience comme  » terre des libertés. » Aussi beaucoup d’opposants politiques aux régimes répressifs du monde entier y ont vécu. Certains y résident encore. C’est afin d’y bénéficier d’une relative sécurité, compare à ce qu’ils subiraient chez eux. Même l’Ayatollah Khomeiny y a résidé avant de renverser le Shah d’Iran. Ne parlons pas des extrémistes musulmans recherchés dans leur propres pays. A la limite, tous ces hommes  » en danger  » étaient protégés par des garde-corps. On n’a pas entendu ces hommes libres parler de  » clandestinité  » tout en étant à l’étranger. S’ils le faisaient, ils n’en disaient mot.

Plus près de nous, Etienne Tshisekedi a mené sa lutte politique sous un des régimes les plus brutaux qui soient. Le déni des droits élémentaires sous la 2ème République (1965-1997) dépassait tout entendement. Il eut été plus facile pour Tshisekedi d’œuvrer à partir de l’extérieur. Il a préféré faire le contraire. Au pays, il aurait pu, à bon droit, aller vivre  » dans la clandestinité « , tant il était l’ennemi numéro un du Marechal. Cependant, son adresse était connue de tous. D’ailleurs, à la longue, elle est devenue emblématique aujourd’hui : avenue Pétunias sur la 10ème rue à Limete.

Si le Marechal Mobutu l’a épargné alors qu’il en a éliminé physiquement beaucoup, ce n’est pas puisqu’il craignait son rival. Ce n’est pas non plus puisqu’il … l’aimait ! Loin s’en faut. C’est que, acompte tenu de son aura et son charisme, en le tuant, l’ancien dictateur risquait d’embraser le pays. Et précipiter sa propre chute !

Les choses mises ainsi en perspectives, il est évident qu’en se décidant d’aller  » vivre dans la clandestinité, » Honoré Ngbanda veut créer un mystère autour de sa personne. Et rendre ses  » retours  » à la Zorro plus impressionnants et surprenants ! Les politiciens ne sont-ils pas à la recherche de haut faits à même d’accroitre leur prestige ?

Un Robin des Bois «  intéressé.«  Robin des Bois est un héros légendaire anglais qui incarne le défenseur des pauvres et le hors-la-loi au gros cœur.

Peu de congolais soucieux de voir un jour leur pays se relever économiquement seront insensibles à la démarche de monsieur Ngbanda. Beaucoup par contre applaudiraient ses efforts en vue de dénoncer  » la maffia sous forme de pieuvre dont la tête se trouve à Kinshasa et à Kigali, tandis que ses tentacules sont déployées partout à travers le monde. »

Mais Honoré Ngbanda n’est pas un Robin des Bois, et donc son altruisme affiché n’est qu’apparent. En tant que politicien, il tient à recueillir (seul) les dividendes de cette croisade. Quitte à rappeler (ou faire rappeler par ses lieutenants) en lieu et place des historiens qu’il serait le  » père de la résistance congolaise contre l’occupation « …

Et puisque l’homme ne fait jamais dans la mesure (on l’a vu du temps de Mobutu surgir sur le plateau de TéléZaïre comme bon lui semblait), il n’hésite pas non plus à faire savoir à quel point il pêche en haut lieu.  » N’oubliez pas que j’ai des antennes au sein du système Kabila, » avait-il affirmé à Freddy Mulongo peu avant les dernières élections !

Ces affirmations ne peuvent pas ne pas susciter des interrogations de la part des observateurs attentifs. Comment un homme soucieux d’avoir des informations sensibles sur ce que trame son ennemi juré peut-il ostensiblement révéler qu’il possède  » des antennes  » parmi les proches de celui-ci ? En recherche en sciences sociales (autant qu’en journalisme), l’adage selon lequel  » celui qui cite ses sources les tarit  » est de rigueur. Ainsi, comment monsieur Ngbanda peut-il faire identifier ses sources sans les tarir ? Et si un simple chercheur ne peut citer ses sources, comment celui que Jeune Afrique Economie qualifiait de  » spécialiste es Renseignements  » le ferait-il allègrement ?

Est-ce alors juste une intox en vue de déstabiliser le régime Kabila ? Est-ce plutôt la volonté de se transformer en cible privilégiée du régime de Kinshasa, sachant qu’il en tirerait les dividendes politiques (sympathie des populations) ? Serait-ce plutôt chercher à attirer l’attention sur soi ? A moins que ce ne soit pure arrogance…

[Emmanuel Ngeleka]