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Belgique : Pourquoi la communauté congolaise n’arrive pas à créer son propre parti ?

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Pourquoi la grande communauté congolaise évaluée de 70.000 n’arrive pas à créer son propre parti? Est il nécessaire pour un belgo congolais, pour se faire élire adhérer dans un parti politique Belge?

Belgo-Congolaise, native de la Province Orientale, Ghislaine Molaï Kwakaïbi est ce qu’on pourrait appeler «un vétéran» des compétitions électorales dans le microcosme politique bruxellois. Le 25 mai dernier, les Belges ont élu les députés au niveau régional (Bruxelles-Capitale, Flandre, Wallonie-Bruxelles), fédéral et européen. Une vingtaine de Belges d’origine congolaise faisaient partie des prétendants. Les élus se comptent sur les doigts d’une main. La Rédaction de Congo Indépendant a sollicité l’"expertise" de «Mama Molaï» pour diagnostiquer les causes de ce mauvais résultat. Avec près de 70.000 âmes, la communauté congolaise de Belgique est le groupe communautaire le plus important pour l’Afrique subsaharienne.

Comment expliquer votre absence aux dernières consultations politiques…

(Rires). Il ne faut pas être candidat pour être candidat. Je me suis déjà présentée à l’élection régionale sous les couleurs du parti socialiste flamand (SP.a). Etant maintenant au parti socialiste francophone (PS), la loi m’interdit de changer de régime linguistique au niveau régional.

Le «vagabondage politique» est donc impossible ici… 

Le «vagabondage» est toujours possible à condition de rester dans le même régime linguistique. 

Passons en revue échelon par échelon. Combien d’élus belgo-congolais à la Chambre ?

Il n’y avait pas de candidats effectifs au niveau fédéral. Par contre, nous avons Laetitia Kalimbiriro comme 4ème suppléante. Elle a toutes ses chances de «monter». Tôt ou tard. 

Et la Région ?

Il y a trois élus : Bertin Mampaka, Joëlle Kapompole et Pierre Kompany. Je note que Gisèle Mandaïla n’a pas été élue. C’est vraiment dommage ! A titre comparatif, on comptait, à la dernière législature, une dizaine de députés régionaux et une députée fédérale d’origine congolaise.

Suivant votre expérience personnelle, quelles sont les causes qui expliqueraient la «débâcle» des prétendants d’origine congolaise ?

C’est une opinion personnelle qui n’engage que moi. Il y a, à mon avis, deux raisons majeures. Primo : la communauté congolaise est très divisée. Secundo : les électeurs votent par affinité. 

Qu’entendez par «division» ?

Prenons l’exemple du mot d’ordre de « boycott » qui a été lancé par les «combattants» à l’encontre des partis traditionnels francophones que sont le cdH, l’Ecolo, le PS et le MR. Les candidats d’origine congolaise ont été 

«pénalisés» par la compagne médiatique menée dans ce sens à travers les radios communautaires émettant à Bruxelles. 

Selon vous, que reproche-t-on aux formations politiques dites traditionnelles ?

Je ne voudrai pas m’engager sur ce terrain. Sauf pour dire que cette situation a débuté au lendemain des élections du 28 novembre 2011. Et pourtant, les députés régionaux ne sont nullement concernés par la politique étrangère de la Belgique Celle-ci relève du gouvernement fédéral. C’est au niveau du gouvernement fédéral que sont traités les questions diplomatiques et celles relatives à la coopération. En clair, les initiateurs de ce boycott se sont trompés de front et d’adversaires. Ils se sont tiré une balle dans le pied en s’en prenant à ceux qui ont pour tâche de légiférer pour améliorer le quotidien des Belges au sens large, au niveau régional. 

Les spécialistes en communication disent que «le premier facteur qui fait gagner une élection, c’est le candidat lui-même. Qu’en dites-vous ?

Je suis tout à fait d’accord ! Je considère, cependant, qu’il y a d’autres paramètres à prendre en compte. A titre d’illustration, j’ai été chargé d’encadrer certains postulants. Malgré que le slogan de campagne du PS était 

«Plus fort, ensemble», j’ai eu à constater que chacun battait campagne de manière solitaire. 

Qu’auraient dû faire les candidats, selon vous ?

Je crois, à titre personnel, des candidates comme Lydia Mutyebele et Nicole Bomele qui ont obtenu respectivement 2100 et plus de 1800 voix auraient pu travailler ensemble. A deux, elles auraient pu « sortir » au moins une députée régionale. 

Que devaient-elles faire concrètement ?

Elles devaient mener ensemble un travail de terrain. 

Que répondez-vous à ceux qui reprochent aux candidats d’origine congolaise de ne se manifester qu’en période électorale ?

Il vrai que certains candidats acceptent facilement de figurer sur des listes en dernières minutes. C’est une erreur évidente. Je tiens, cependant, à relever qu’au PS, toutes les personnes reprises sur des listes sont avant tout des militants. C’est le cas par exemple de Nicole Bomele qui tient des permanences chaque semaine en sa qualité de conseillère communale à Anderlecht. Elle reçoit tout le monde. 

Revenons sur le mot d’ordre de boycott. S’il vous était donné de rencontrer les «combattants», que leur direz-vous ?

J’ai déjà rencontré un des «combattants». Il s’agit d’Aubin Kikonka qui m’a fait part de leurs revendications…

Quelles sont ces revendications ?

C’est un secret de Polichinelle : tout tourne autour du « départ de Kabila du pouvoir ». Ils reprochent à certains personnalités politique de "soutenir" le chef de l’Etat congolais. 

Les félicitations que le Premier ministre Elio Di Rupo avait adressées à  «Kabila» au lendemain des élections du 28 novembre 2011 n’ont pas été digérées par des membres de la communauté congolaise… 

Non ! Non! Non! Le Premier ministre belge avait adressé ses félicitations aux "institutions congolaises". Ce n’est pas la même chose. Entendons nous bien: «Joseph Kabila» est reconnu par la communauté internationale comme étant le chef de l’Etat du Congo. Si on l’ignorait, avec qui va-t-on traiter au plan diplomatique ?

Il faut bien reconnaître qu’il y a eu des «déclarations malheureuses» au lendemain des consultations politiques précitées. On a entendu le ministre Didier Reynders reconnaître les "fraudes" et les "irrégularités" ayant entaché les opérations électorales tout ajoutant que «l’ordre d’arrivée n’a pas changé...».

Je laisse la responsabilité au ministre Reynders. Il est connu que les libéraux francophones entretiennent des relations particulières avec certains milieux congolais. Tout compte fait, mes préoccupations sont centrées plus sur les affaires belgo-belges que belgo-congolaises. Ce qui m’intéresse c’est le bien-être des gens qui vivent en Belgique. Je me bats pour que nos compatriotes ne soient pas discriminés à l’emploi et au logement. Je me bats également pour qu’ils bénéficient des soins de santé de qualité.

Que répondez-vous aux Congolais qui soutiennent que les ressources naturelles du Congo ayant contribué à l’essor de la Belgique, ils s’estiment 

«légitimes» d’être «bien traités» dans le Royaume ? 

Je suis tout à fait d’accord ! D’ailleurs en France, les ressortissants des anciennes colonies françaises sont généralement bien reçus dans le pays. En revanche, ici, les Congolais sont très peu considérés. 

Selon vous, quelle en est la cause ?

La cause me paraît simple : la communauté congolaise de Belgique n’est pas structurée.

C’est-à-dire ?

Les membres de la communauté congolaise paraissent incapables de privilégier l’intérêt général. Il y manque un brin de solidarité. Chacun agit pour son propre intérêt. J’ai eu à le constater récemment lors de la campagne électorale. 

Quel message pouvez-vous adresser à tous les « candidats malheureux » aux dernières élections ?

Ce ne sont pas des candidats malheureux. Je leur donne un seul conseil : il faut repartir en «campagne électorale» dès maintenant. L’objectif est de se faire une notoriété. Il ne s’agit pas uniquement d’être présent aux veillées mortuaires...

Que répondez-vous à ceux qui allèguent que les candidats belgo-congolais ne sont que des «attrape-voix»…

On doit arrêter de dire que les Africains sont des «attrape-voix ». Ce sont les électeurs qui décident. Le plus important, c’est de faire gagner le parti…

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi