Home | RDC | Armée/Police | Viol : L'armée de RDC mise en cause

Viol : L'armée de RDC mise en cause

image

Un rapport onusien à paraître fait état de cas de viol dont des soldats congolais auraient été auteurs après la débâcle du M23. En attendant d’en connaître le fin mot, les Congolais se disent étonnés par ces accusations qui portent sur une période où les FARDC opéraient conjointement avec les casques bleus, ce qui aurait permis à la Monusco de dénoncer progressivement ces cas de viol supposés. On en vient à croire que la communauté internationale voudrait émousser la fierté des Congolais sur les performances des FARDC pour exercer des pressions politiques sur le pouvoir en cette période de grosses supputations autour des perspectives de 2016…

Le Bureau des droits de l’homme de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) a bouclé une enquête sur ces questions. Le rapport ad hoc doit être publié récemment. Mais déjà, l’on observe une levée de boucliers au sein de l’opinion congolaise en raison d’accusations que contiendrait ce rapport contre des militaires des FARDC qui auraient été auteurs de viols.

Ce ne sera pas la première fois que pareille accusation soit portée sur des éléments FARDC. En effet, un précédent rapport, qui avait couvert la période du décrochage des FARDC de la ville de Goma, avait porté les mêmes accusations pour des cas recensés à Minova, dans le Sud-Kivu. A la suite de ce rapport, le Gouvernement mena une contre-enquête qui aboutira à des arrestations de soldats et officiers qui font actuellement l’objet d’un procès dit « procès de Minova ». A ce stade plusieurs condamnations ont déjà été prononcées sur la trentaine de personnes poursuivies, et cela à la grande satisfaction aussi bien des Congolais que de la communauté internationale.

Pour le nouveau rapport, les Congolais se disent sereins quant à la nature finale de ces accusations, la période couverte et les événements qui s’y seront déroulés. En attendant, l’opinion congolaise demeure quelque peu circonspecte par rapport à ces allégations – les accusations ne sont pas encore confirmées dans un rapport officiel – au regard de la collaboration entre les FARDC et la brigade onusienne d’intervention pendant les opérations qui furent lancées après les dysfonctionnements qui avaient conduit à la chute de la ville de Goma. Au terme de la mise en déroute du M23, les partenaires militaires de la RDC, en ce compris la Monusco, avaient salué le comportement exemplaire des éléments de l’armée régulière. Ce comportement était la résultante d’une moralisation régulière des troupes durant les opérations. Et à chacune de leurs avancées, ces soldats étaient accueillis en héros par la population qui, de temps en temps, arrivait jusqu’à collecter des cotisations à offrir à ces vaillants combattants.

Par ailleurs, durant ces opérations, aucun rapport d’étape ne faisait état d’écarts de comportement des soldats congolais. La Monusco tient, en effet, des points de presse hebdomadaires qui lui auraient permis de faire état des cas de viol et autre entorse aux droits de l’homme. Il n’en a pas été le cas. D’où viennent alors ces cas de viol qu’évoque le rapport de l’ONU sur la situation des droits de l’homme à l’Est de la RDC ?

En attendant de répondre à cette question, il est utile de rappeler qu’à plusieurs reprises, il était apparu des divergences de vue quant à la démarche à mener face aux restes des groupes armés après. Alors que les FARDC voulaient s’attaquer aux ADF-NALU dont les activités étaient plus meurtrières, la Monusco entendait prioriser la traque des FDLR qui ne constituait plus une menace majeure contre les civils. En ces moments là de flottement, les FARDC opérèrent seules, bénéficiant de temps en temps de seuls appuis logistiques de la Monusco.

Dans tous les cas, la Monusco, qui opéraient directement ou indirectement avec les FARDC, avait tous les moyens pour constater des cas d’entorse aux droits de l’homme, les dénoncer et appeler au réajustement du comportement des soldats au front. En l’absence de ces alertes, on en vient à considérer la dimension politique de l’enjeu de la pacification de l’Est pour constater que, froissée assez régulièrement par les positions du Gouvernement qui mettaient à mal ses choix, la communauté internationale, au travers la Monusco, peut bien chercher à mettre les bâtons dans les roues de l’appareillage militaire congolais afin d’émousser les ardeurs du Gouvernement.

Le contexte, sur cette hypothèse, s’y prêterait bien, en ce moment de vives tensions autour des rumeurs de l’opposition qui attribue à la Majorité l’intention de contourner l’article 220 de la Constitution pour offrir un troisième mandat au Président Kabila. En cette matière, en effet, toutes les stratégies sont bonne pour infléchir les choix de la majorité, y compris titiller le Gouvernement sur son point de fierté actuel que constituent les performances des FARDC.

Si tel est le cas, il faut dire alors que les auteurs de cette forme de pression jouent avec le feu, car ils toucheraient à un point très sensible qui peut déboucher sur la démoralisation des troupes et les pousser, justement, à poser des actes contraires à leur serment. Il y a encore du travail sur terrain, et l’heure n’est pas du tout indiqué pour ce genre d’incartades…

Pascal Debré Mpoko