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Syrie : Bachar AL-ASSAD reste «droit dans ses bottes»

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"Cette crise n'est pas une crise interne. C'est une guerre extérieure menée par des éléments internes", a déclaré le président syrien, qui semblait détendu. "Si nous travaillons ensemble, je confirme que la fin de cette situation est proche." Il a parallèlement offert le dialogue aux opposants n'ayant pas pris les armes ou qui ne sont pas appuyés par l'étranger.

Le président syrien Bachar al Assad a énergiquement condamné dimanche le massacre de Houla qui a fait plus de 100 morts il y a dix jours et a appelé les Syriens à s'unir pour mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis 15 mois.

Le chef d'Etat syrien, qui s'est rarement montré ou exprimé en public depuis le début de l'insurrection dans son pays, à la mi-mars 2011, a prononcé un discours d'une heure devant le Parlement, dans lequel il a redit qu'il continuerait à réprimer ses opposants décrits comme des terroristes chargés de mettre en oeuvre un complot étranger.

Il a parallèlement offert le dialogue aux opposants n'ayant pas pris les armes ou qui ne sont pas appuyés par l'étranger.

La veille, l'émissaire de la communauté internationale Kofi Annan avait estimé que la Syrie, en proie à une escalade de la violence qui menace de déstabiliser son voisin libanais, était en train de basculer dans un "conflit généralisé avec une dimension confessionnelle alarmante". Le monde doit agir et ne pas se contenter de mots, a dit Kofi Annan.

"Cette crise n'est pas une crise interne. C'est une guerre extérieure menée par des éléments internes", a déclaré le président syrien, qui semblait détendu. "Si nous travaillons ensemble, je confirme que la fin de cette situation est proche."

Le 25 mai, le massacre de 108 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, dans la bourgade de Houla, dans le centre du pays, a suscité un tollé international et fait craindre un embrasement de la région.

"Ce qui s'est passé à Houla (...) et ce que nous décrivons comme des massacres horribles et abominables, ou de véritables monstruosités, même des monstres ne commettent pas ce que nous avons vu", a déclaré Bachar al Assad.

Les puissances occidentales estiment que les forces armées syriennes et les milices pro-Assad sont responsables de la tuerie.

TERRORISME

Pour Bachar al Assad, la Syrie subit une escalade du terrorisme en dépit des réformes politiques, comme la tenue d'élections législatives le mois dernier, et affronte une guerre venue de l'étranger.

"Nous n'affrontons pas un problème politique parce que, si c'était le cas, ce parti proposerait un programme politique. Ce que nous affrontons est une (tentative de) semer le conflit intercommunautaire et l'instrument en est le terrorisme", a dit Assad.

"Le problème auquel nous faisons face est le terrorisme. Nous avons devant nous une vraie guerre venue de l'étranger".

Les pays musulmans sunnites, notamment les monarchies du Golfe, soutiennent le soulèvement contre Bachar al Assad, un alaouite proche de l'Iran chiite et du Hezbollah.

Le chef de l'Etat syrien s'est dit prêt à renouer le dialogue avec les opposants, "s'ils ne se sont pas livrés à des actes de terrorisme" et s'ils ne sont pas soutenus par des puissances étrangères, a-t-il précisé.

"Nous allons continuer avec fermeté à faire face au terrorisme, laissant la porte ouverte pour tous ceux qui veulent y renoncer", a-t-il ajouté. "J'exhorte tous ceux qui hésitent toujours à y renoncer, à prendre cette décision. L'Etat ne se vengera pas".

Dans l'opposition, Abdelbaset Sida du Conseil national syrien, a estimé que le discours du président n'était que des paroles en l'air.

"Assad veut rester à tout prix le chef d'un système répressif. Il ne veut pas reconnaître qu'il a fait son temps et que le peuple syrien ne le veut pas", a-t-il déclaré à Reuters.

Selon les Nations unies, la répression par les forces syriennes a fait plus de 9.000 morts depuis mars 2011. La Syrie estime de son côté que les islamistes soutenus par l'étranger ont tué plus de 2.600 soldats et membres des forces de l'ordre.

La Syrie au programme d'un sommet entre la Russie et l'UE

Le président russe Vladimir Poutine accueille ce dimanche et lundi des dirigeants européens pour discuter de la situation syrienne et d'un renforcement des liens économiques entre la Russie et l'Union Européenne, mais la majorité des observateurs juge peu probable que le sommet soit le cadre d'avancées importantes.

Vladimir Poutine a choisi une résidence luxueuse dans les environs de sa ville natale de Saint-Pétersbourg pour accueillir Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne.

Un dîner dimanche soir et des discussions lundi marqueront le premier sommet entre la Russie et l'UE depuis le retour de Vladimir Poutine à la présidence russe, le 7 mai.

La crise syrienne, au cours de laquelle Moscou a régulièrement bloqué les efforts occidentaux pour que la communauté internationale condamne le régime de Bachar al Assad, risque cependant d'envenimer les discussions.

La Russie et l'UE ont chacune manifesté leur espoir que le plan de paix de Kofi Annan, soutenu par l'Onu, mette fin à 15 mois de violences meurtrières dont les puissances occidentales rendent responsable le régime de Bachar al Assad.

L'UE, qui souhaite le départ du président syrien, souhaite que la Russie, le principal allié de la Syrie avec la Chine, pousse Damas à arrêter ses attaques contre les rebelles et à retirer l'armement accumulé à l'intérieur des villes.

"Nous devons nous assurer que la Russie mette à profit toute son influence pour convaincre le régime de mettre en place (le plan)", selon un responsable européen. "Il est certain que le camp russe n'a pas beaucoup aidé à trouver des solutions pour permettre une issue politique."

Moscou, qui compte d'importantes installations militaires dans le port syrien de Tartous, a manifesté sa fermeté sur le sujet au cours des derniers jours. La Russie refuse notamment que le départ de Bachar al Assad soit un prérequis pour des négociations politiques en Syrie. 

Vendredi, à l'issue d'une rencontre avec le président français François Hollande, Vladimir Poutine a répété son opposition à des sanctions contre la Syrie et à une intervention militaire.

Le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergueï Lavrov, a lui-même affirmé "ne pas croire" à un rapprochement entre Moscou et l'UE sur le sujet.

PROFONDE INTERDÉPENDANCE

Pour les diplomates européens, la question syrienne ne doit cependant pas éclipser les discussions économiques au programme du sommet.

"Il s'agit de vérifier si nous avons la même vision - où nous voulons que notre partenariat stratégique nous mène", selon un responsable européen.

La Russie et l'UE, son principal partenaire commercial, sont profondément dépendantes l'une de l'autre sur le plan économique. L'Europe bénéficie des exportations énergétiques russes, tandis que la Russie importe une large gamme de produits européens, des voitures allemandes à l'huile d'olive italienne en passant par les meubles suédois de la marque Ikea.

Plusieurs désaccords, sur le plan de l'accès au marché russe, des approvisionnements en énergie, ou des droits de l'homme, ont cependant ralenti des discussions en cours depuis quatre ans pour installer un nouveau pacte économique.

"Vingt ans après la chute de l'Union soviétique, il n'y pas de stratégie commune", selon le politologue allemand Alexander Rahr.

L'UE a mis en place des régulations destinées à empêcher le géant énergétique russe Gazprom de contrôler les gazoducs de transit, ce que Moscou a condamné, les dernières critiques en date étant venues jeudi de l'envoyé russe en Europe, Vladimir Chizhov.

Les Européens souhaitent de leur côté que la Russie, qui doit rejoindre l'Organisation mondiale du commerce (OMC) cette année, réfrène la corruption et renforce l'Etat de droit, pour faciliter les investissements des entreprises occidentales sur le marché russe.

Depuis son retour à la présidence, Vladimir Poutine a cependant mis l'accent sur la coopération économique russe avec les anciennes républiques soviétiques, plutôt qu'avec l'UE. Sa première visite officielle s'est déroulée en Biélorussie, dont le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko est sous le coup de sanctions européennes.

[Reuters]