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Le chaos libyen a accéléré la migration massive vers l’Italie

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Impossible de rester de marbre face au nombre - sans cesse croissant - de migrants africains qui finissent leurs vies dans la Mer Méditerranée. Eu égard à l’ampleur de la tragédie, la bataille sur les chiffres quant au dernier naufrage paraît à la limite de la décence.  Vu d’Afrique, ces catastrophes à répétition renvoient brutalement à la figure à la fois le fameux ordre mondial et la mauvaise gouvernance au niveau des Etats du Continent. Ces milliers d’Africains qui cherchent désespérément à gagner l’Europe ne le font pas par simple snobisme. Par esprit d’aventure non plus. Tels des desperados des temps modernes, ces migrants fuient la misère et /ou la guerre.

Comble de paradoxe, un dénuement auquel l’eldorado européen n’est pas étranger ! L’Europe comme partie prenante de cet Occident qui régente l’ordre mondial. Un ordre qui, depuis la colonisation, impose sa loi aux pays africains dans tous les domaines. Du prix des matières premières aux conditionnalités de l’aide au développement, en passant par les fameux plans dits d’ajustement structurel. En somme un vaste dispositif pour figer l’Afrique à la fois dans sa situation d’exportateur net des ressources, sans la moindre valeur ajoutée et d’éternelle assistée ! 

Lorsqu’on n’impose pas la doxa économique aux pays du continent, on provoque des guerres. Ou tout au moins, on les alimente en participant à la déstabilisation de tel ou tel autre pays. Le cas de la Libye est, à cet égard, le plus parlant. C’est justement le chaos libyen qui a accéléré la migration massive vers l’Italie, principale porte d’entrée en Europe pour des Africains venant du no man’s land qu’est devenue la Libye post-Kadhafi. 

L’Occident drapé dans la nébuleuse appelée "Communauté internationale " n’est, cependant, pas l’unique responsable de la misère qui sévit sur le Continent. Les élites africaines, au premier rang desquelles, les dirigeants politiques sont aussi pour beaucoup dans la déglingue de nombre de pays du Continent. 

Comment fixer des jeunes sur leurs terres si aucune éclaircie ne traverse la grisaille ambiante ? Comment retenir des citoyens dans leur pays si le présent ne donne plus à espérer en un avenir meilleur ? Et comme pour donner l’exemple, les rejetons de beaucoup de dignitaires africains passent le plus clair de leur temps…en Occident. Eux, au moins prennent l’avion et on ne les appelle pas " immigrés ".

[José NAWEJ]

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L'Union européenne n'a plus d'alibi

L'Union européenne a reconnu lundi qu'elle devait prendre à bras le corps la question des migrants en Méditerranée, où les recherches étaient toujours en cours pour retrouver des survivants, après un nouveau naufrage qui aurait fait des centaines de morts.

"Nous n'avons plus d'alibi", a lancé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avant une réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur de l'UE. "Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, c'en est trop", a-t-elle martelé.

Seuls 24 corps et 28 survivants ont pu être repêchés après le naufrage d'un chalutier chargé de migrants dimanche, ont indiqué lundi les garde-côtes italiens en milieu de journée, confirmant un bilan qui n'a pas varié depuis dimanche, en dépit du nombre potentiellement élevé de disparus.

Les corps des 24 victimes ont tous été débarqués lundi matin sur l'île de Malte. Les survivants sont attendus de leur côté plus tard dans la journée à Catane, en Sicile.

Le navire en difficulté a chaviré à environ 70 milles (130 km) des côtes libyennes, probablement lorsque tous ses occupants se sont précipités du même côté en apercevant un cargo portugais venu porter secours. Selon le récit d'un survivant, il transportait quelque 950 personnes, dont une cinquantaine d'enfants et 200 femmes. Un autre survivant a fait état de son côté de 700 personnes à bord.

Les garde-côtes italiens ne confirment aucun de ces chiffres, mais précisent que ce chalutier de 20 mètres de long "a la capacité de transporter plusieurs centaines de personnes".

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dit "bouleversée", affirmant que l'Europe devait "trouver des réponses". Le pape François a appelé la communauté internationale à "agir avec décision et rapidité".

"On a besoin de mesures immédiates de la part de l'UE et des Etats membres", a assuré Mme Mogherini, citant le renforcement de l'opération européenne de surveillance maritime Triton, mais aussi une meilleure répartition de l'accueil des migrants au sein de l'Union, alors que l'Italie, la Grèce, Malte et l'Espagne portent la quasi-totalité du fardeau.

Les Européens sont très réticents à renforcer le secours en mer et à accueillir plus de migrants, craignant que cela ne crée un appel d'air alors que le flot de migrants n'a jamais été aussi élevé.

Selon le Haut commissariat aux réfugiés, 35. 000 migrants sont arrivés par bateau dans le sud de l'Europe depuis le début de l'année, et 1. 600 sont portés disparus.

Pas de solution magique

"La réputation de l'Union européenne est en jeu", a jugé le chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni. "C'est une urgence européenne, pas une urgence italienne".

A court terme, un renforcement de Triton semble acquis. "Il y a aujourd?hui 21 bateaux, quatre avions, un hélicoptère. Il faut des moyens beaucoup plus conséquents", a souligné le ministre français, Harlem Désir. "Quand c?est nécessaire", Triton devrait aussi porter "secours aux personnes qui sont menacées de naufrage".

L'UE veut renforcer la lutte contre les réseaux de trafiquants, "qui est une sorte d'esclavage du 21e siècle", selon M. Gentiloni.

Les Européens misent aussi sur la coopération avec les pays d'origine et de transit pour mieux réguler les flux.

Ils pèsent de toute leur force sur les parlements libyens rivaux, qui négocient la formation d'un gouvernement d'union pour mettre fin au chaos dans le pays. La stabilité dans ce pays semble en effet le seul moyen d'endiguer durablement les départs de migrants africains et de réfugiés syriens massés sur ses côtes.

Les trafiquants profitent de l'instabilité en Libye, où des groupes liés à l'organisation Etat islamique se sont implantés.

L'UE promet son "soutien" si un gouvernement d'union est formé, même si les différentes options --sécuriser des endroits stratégiques, surveiller les frontières, déploiement naval au large des côtes-- ne sont pour l'instant qu'à l'étude.

Les négociations s'annoncent en revanche très difficiles sur l'accueil des migrants. Mme Mogherini a reconnu qu'il "n'y a pas de solution facile, de solution magique", mais elle a en même temps appelé "tous les Etats membres" à la "responsabilité". "Tout comme avec les attentats de Paris et Tunis, on a décidé d'augmenter l'intégration en matière de terrorisme et de sécurité, on a besoin d'une véritable politique migratoire", a-t-elle plaidé.

Le commissaire européen en charge de la question, Dimitris Avramopoulos, doit présenter à la mi-mai une "stratégie" européenne.

Mais le chef du gouvernement italien Matteo Renzi veut porter le sujet au plus haut niveau politique, et réclame un sommet des 28 chefs d'Etat dès cette semaine, pour lequel des consultations ont été lancées dimanche soir par le président du Conseil européen, Donald Tusk.