Home | RDC | Echos des Provinces | RDC : La déstabilisation de «KABILA» en marche ?

RDC : La déstabilisation de «KABILA» en marche ?

image

C'est une erreur pour Kagame d'imaginer que seule l'insécurité en RDC peut garantir une paix durable au Rwanda. C'est pourquoi il ne perd rien à nous croire, le salut pour lui et pour son pays ne réside pas dans la déstabilisation de Kabila. Au contraire. Si le président RDcongolais est déstabilisé, c'est toute la sous-région, Rwanda compris, qui va basculer dans l'incertitude la plus totale.

Il n'est pas besoin d'être un sorcier pour deviner ce qui se cache derrière tous ces douloureux événements qui se produisent dans le Kivu. Il ne faut pas non plus recourir à des jumelles ultrasophistiquées pour constater que, de manière insidieuse et insistante, la déstabilisation de Kabila est aujourd'hui une opération déjà en marche.

La question en rapport avec cela : que gagne Kagame à discréditer et à mettre Kabila en position délicate, aussi bien vis-à-vis de son peuple que de la communauté internationale ?

Quand on sait que la RDC, malgré tous les hauts et les bas, fonctionne dans une démocratie ouverte, on a du mal à comprendre pourquoi Kagame fait tout pour faire perdre la face à Kabila. Il fait des promesses qu'il ne respecte pas. Et il parle comme si les événements du Kivu étaient en partie voulus par Kabila.

Entre nous, que gagnerait un chef de l'Etat à mettre le feu dans son propre pays ? Le dire, avec cette mauvaise foi qui déroute nombre d'entre nous, équivaut à inciter les Congolais à se méfier, sinon à se révolter contre leur chef.

Kagame n'ignore pas que malgré ses faiblesses plus que patentes, l'opposition politique en RDC n'est pas que folklorique. Elle a, si elle le veut bien, une capacité de nuisance qui peut bloquer le pays. Kabila prend, au plan politique,  des risques que dans les circonstances présentes Kagame ne s'autoriserait pas au Rwanda.

Accepter de bon cœur, par exemple, que les opposants claironnent partout et sur tout, des deux seul Kabila peut se le permettre. Et ça, ce n'est pas rien, croyez-moi.

Et pourtant, tout concourt pour que, avec un peu de réalisme et de bonne foi, la RDC et le Rwanda développent dans beaucoup de domaines une coopération exemplaire et bilatérale de grande qualité.

Je note, en attendant, qu'en dehors de ce qu'ils se disent en aparté, et de ce que veulent bien nous dire tous les communiqués signés à l'issue de toutes les rencontres, souvent infructueuses entre les deux pays, Kabila et Kagame sont engagés dans un jeu de cache-cache, et dans un duel sans merci.

Je demeure donc convaincu qu'à moins d'un énorme faux pas, ou d'un accident de parcours, toujours possible en politique, le temps, lui, joue malicieusement pour Kabila. Qui a plusieurs cartes entre ses mains. Il suffit simplement qu'il sache les jouer correctement. Que les Etats-Unis par exemple suspendent leur soutien militaire au Rwanda en est une des cartes. Et pas des moindres.

C'est ici le lieu de dire à Kabila que les guerres ne se gagnent pas que sur les champs de bataille. De manière heureuse et définitive, c'est autour de la table qu'elles se gagnent le mieux. J'ai l'impression, ce faisant, que le volet diplomatique censé jouer un rôle déterminant dans ce qui se passe dans le Kivu n'est pas suffisamment mis à contribution.

Comment le pourrait-il d'ailleurs si l'organe qui alloue les fonds à chaque structure de l'Etat n'a prévu, pour les affaires étrangères que moins de 3% dans le budget voté récemment par le Parlement. Kagame a tort de sous estimer Kabila. Et de croire qu'une paix durable aux frontières du Rwanda avec la RDC serait de nature à rallumer les sentiments tribaux, aujourd'hui en totale hibernation chez tous les Rwandais.

C'est une erreur pour Kagame d'imaginer que seule l'insécurité en RDC peut garantir une paix durable au Rwanda.

Kagame sait que le sentiment tribal enfoui dans le subconscient de beaucoup de ses compatriotes, constitue au jour d'aujourd'hui le plus grand talon d'Achille de son régime.

C'est pourquoi il ne perd rien à nous croire, le salut pour lui et pour son pays ne réside pas dans la déstabilisation de Kabila. Au contraire. Si le président RDcongolais est déstabilisé, c'est toute la sous-région, Rwanda compris, qui va basculer dans l'incertitude la plus totale.

[Mankenda Voka/l'Observateur]